DE LA GUERRE
Or avons devisé de l'ordre de justice : si faut deviser dé la guerre et de son estât, quiwest Pappuy et le baston, et aussi le soustenal, de la seigneurie et de la chose publique : car sans seigneur et sans seigneurie de seigneur ne pouvons nous vivre , et sans
SQiistenir le droict et l'autorité -du seigneur et de la seigneurie du pays : et faut aucunefois le soustenir par assaut, et aucunefois par deffence : et pource est nommée la guerre en l'arbre des batailles, ou nombre des branches de justice, et se nomme justice à main forte. Pourquoy en ensuy vant mon commencement, qui a esté du service de Dieu, en descendant de l'Eglise àla justice, je perseverrayparla tierce, qui est de la guerre, et par laquelle Dieu peut et doibt estre servy , entreprenant et faisant guerre justement, et en l'exécutant par forme deuë.
Le duc a quatre chevaliers ordonnez , devant lesquels se mettent les matières de guerre, pour en faire le rapport au duc; et se rassemblent iceux quatre chevaliers en la chambre du premier châmbellain, où se tiennent à conseil, et n'y entrent nuls que le premier chambellain, le chancelier, le grandmaistre, les quatre chevaliers, les maistres d'hostel, et mareschauxdel'ost et du logis, et le maistre de l'artillerie, le roy-d'armes de la Toison d'or, et deux secrétaires du nombre dessusdict , qui escrivent et mettent en forme les choses conclues, ordonnées et exposées : et sont iceux secrétaires nommez et ordonnez pour la matière de la guerre, et des choses adyisées et exposées; les quatre chevaliers en font rapport au duc, pour en faire son bon plaisir.
Et pour ce que grande chose, grand estât et grans affaires ne se peuvent conduire sans grans deniers et sans grandes finances, jç continuera* la matière de servir Dieu par la quarte voye, et monstreray comment le duc voyt et cognoist Testât de ses finances, et comment le service de Dieu y peut estre employé :
car un prince, par despendre sans sçavoir où les de* niers se prendent et treuvent , apprend à ses secrétaires de prendre le sien sans desserte , et retenir à ceux qui l'ont desservy, et à ordonner et distribuer les biens à leur plaisir et singulier proufit, et sans discrétion; dont le peuple porte grands faiz, grans cris et grandes plaintes devant Dieu : parquoy il appert que le prince qui a le regard et l'œil aux choses dessusdictes sert Dieu, et luy-mesmes en proufite, et en conscience.