‹ Les mémoires de messire Olivier de la Marche, augmentés d'un Estat particulier de la maison du duc Charles le Hardi, composé du mesme auteurChapitre 42 sur 45 · DU TIERS ESTAT · texte numérisé non relu

DU TIERS ESTAT

Pour le tiers estât, je parleray dé l'escuyer trenchant, et.pourquoy il doit estré le tiers nommé devant l'escuyer d'escuyrie, et des droits qu'il a. L'escuyer

(*) Huges : huches , coffres.

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5l4 ESTAT DB I,A MAISON

trenchant doit estre le tiers nommé, pourçe qu'il ensuyt le service de la bouche du prince, et doit estre nommé devant l'escuyer d'esckiyrie, ptiurce qu'en bataille le penon des armes du prince est ordonné es mains de l'essuyer trenchant; et y doit estre tout le jour à son pouvoir, où que le prince voye ou vië&nt auprès du prince, derrière luy le penon au poing déployé, pour donner enseigne et congnoissanee à chacun où est la personne du prince, et de là en atant tant que l'armée dure; et doit l'escuyer tren chant-avoir plat comme les roaistres d'hû&teLJEt pour ce que le penon estarmoyé des armes du prince ainsi comme la baniere, il doit aller devant l'escuyer d'escuyrie, lequel seroit nommé devant les deux dessusdits, ne fussent les causes que dessus. Et si a l'escuyer trenchant tel droit et telle auctorité, que si tous les charobellains estoient hors de l'hostel du duc par aucune adventice, le premier escuyer trenchant doit tenir le lieu du premier chambellain. Ce que je veux dire et maintenir pour deux raisons : la première si est, car le châni1 bellain est personne fort privé et secrette du prince, et appartient qu'en son lieu soit mise personne de grande privauté, et est nécessaire au prince d'avoir privauté plus grand à son escuyer trenchant qu'à nuls autres : car s'il vouloit estre en sa chambre se* creteirent, il se passeroit mieux h prendre son repas des autres trois éfc&ts que de l'escuyer trenchant, car l'escuyer trenchant peut bien servir d'eschansson et panetier, et alors ne faut au prince chevaux ny harivas : mais au contraire les autres ne sont communément addressez à treneher *> et ne sçœvtent ou cognoissent le goust du prince : ce que l'escuyer treo-

chant doit sçavoir. Parquoy il appert par nécessité que le prince a plus grande privauté à Testât de Tescuyer trenchant qu'à autre. Et la seconde cause, et la plus vrayè, est pource que Tescuyer tranchant porte le penon et les armes du prince comme dit est , qui aproche Testât de la baniere mise es mains du chambelkin ; et pour ce je conclus qu'il doit servir de chambellans avant tous les autres. Mais pourquoy est ce que Tescuyer trenchant a le penon devant tous autres, et que ne Ta aussi bien le panetier, qui est le premier nommé, ou Teschansson (car au regard de Tescuyer d'escuyrie j'en parleray cy après) : à ce je respons qu'il a esté anciennement ordonné pour départir à un chacun estât en besongnement , prérogative. Quant à Tembesôngnement , les autres trois estats rendent compte de despence , et Tescuyer trenchant n'en a nulle charge; et quant aux prérogatives d'honneur, le panetier sert en absence de maistred'hostel. L'eschansson sert du gobellet publiquement avec un duc ou un ceinte qui sert de drageoir, et sied en sale d'honneur au dessus du njaistreMd'hostel ; Tescuyer descuyrie a Testatidart du prince et l'enseigne, s'il convenoit que Tescuyer trenchant fut pourveu d'aucun bénéfice; et certes Tescuyer trenchant se doit premier nommer comme dict est, et doit marcher en armes et son estandart, puis que le pennon est desplôyé devaiat les autres escuyers, quels qu'ils soyent : et doit marcher à toutes entrées seigneu* rieuses, le pennon auprès de la bannière au dessoubs, et plus derrière de lannoictié de son chevah Voila ce que je puis sçavoir des prérogatives et droits de

Tescuyer trenchant. \

Sl6 ESTAT DELÀ MAISON

Doncques le duc a un premier escuyer trenchant, lequel, a cinquante escuyers trenchans soubs luy, et sont gouvernez et conduits à la paix et à la guerre par cinc chefs de chambre, et le tout soubs le premier, escuyer trenchant, en la forme et manière des autres cy dessus nommez. Le premier escuyer trenchant doit servir aux quatre nataux de Tan : il doibt à ses despens faire entretenir nets les couteaux; et a ceste cause l'escuyer qui sert a toute la viande qu'on levé de devant le prince : mais les couteaux se payent par l'argentier, soubs la certification de l'escuyer trenchant.

Or est besoin que je déclare comment l'escuyer trenchant sert , ne en quelle manière. Quand les estats sont appointés et la table parée , l'escuyer trenchant qui doit servir doit mettre son chapperon ou chappeau sur le buffet, es mains du somellier; et en doit le somellier prendre garde , et doit bailler à l'escuyer à laver, qui essue ses mains à la nappe du buffet; et ces choses ne doit-on souffrir ne laisser faire à autre que à l'escuyer trenchant. Et le prince assis, l'escuyer trenchant va devant luy, puis desveloppe le pain, et baise la petite serviette qu'il trouve enveloppée, et le mect entre les mains du prince, et puis prend celle où estoit le pain enveloppé ; il l'escoût (0 et la mect sur son col , et y met les deux bouts d'icelle devant luy : et la cause est telle, car l'escuyer trenchant doit tousjours veoir toutes les choses qui doivent toucher au pain, à la viande et aux couteaux dont il doit trencher , et doit toucher à ses mains et à sa bouche. Puis il prend le pain et

(0 // l'es coût : il la déploie.

DE CHARLES LE HARDY. 5lJ

le met en la main senestre, qui doit estre couverte de la serviette; et du plus grand couteau le doit partir en deux, et en doit prendre l'une, et la bailler au vallet servant pour faire son assay ; puis prend l'espreuve de la licorne en la petite nef, et touche le pain tout à i'entour, et puis trenche devant le prince; et quand il a servy de pain, il la remet sur la table entre luy et le panetier, et puis prend le petit Cousteau et baise la manche, et puis le mect devant le prince ; et tous les mects et toute la viande qui est sur là table, il la doibt descouvrir l'un après l'autre, et mettre devant le prince, soit fruict ou autrement; et quand le prince a mangé de l'un, il luy baille de l'autre, selon son appétit; et doit avoir discrétion de présenter au prince les mets comme ils doivent aller, c'est à sçavoir les potages premiers que le plat, et les œufs avant que le poisson; et quand il a mis chascun plat devant le prince, il le doibt descouvrir, et puis faire espreuve de la .licorne, et après faire son assay avant que le prince en mange; et si c'est viande qu'il faille trencher, il doit prendre un trenchoir d'argent, et mectre dessus quatre trenchoirs de pain, et les mettre devant le prince; et devant soy doit mettre quatre treiichoirs de pain, et sur iceux un autre, qui font le cinquiesme trenchoir de la crtwste* pour soustenir le fais du trenchoir et du ceusteau ; et doit l'escuyer prendre la chair sur son couteau, et le mettre devant le prince ; et s'il est bon compaignon, il doit tresbien manger, et son droit est de manger ce que luy demeure en la main en tren chant; et certes s'il mange bien , le prince luy en sçait bon gré : car en ce faisant il luy monstre seureté et ap-

Sl8 BSTAX M LA MAISON

petit; il peut aller boire «ubvffet, et ne luy peutr on refuser le vin de bouche ; toute la viande qui est devant le prince est sienne, pour en faire son plaisir, pourveu que le prince mange publiquement : car si le prinée mangeoit en sa chambre à privé , en ce cas la viande! est à ceux de la chambre, et n'en alleroit l'essuyer trenohant que par portion. Aux quatre nataux de Tan, le plat du prince est au prescheur qui pre&che; le jour Sainet Eloy, le plat est mu marescbal du prince qui ferre ses chevaux*; et le jour de Sainct George, pour i'armoyeur qui nettoyé les karnas; et ne leur doit-on point refuser. L'escuyer trencha&t doit nettoyer les cousteaux de 4a serviette en qudy estayent les tuetachoirs enveloppez, et les doit tenir net» sur toute chose, et doit: mettre; en, la nef pieses de bou|lis et de rosftîs-, ; afifin que les varlets d'anlmosne ne fàcent leur prouffits, mais lé donnent aux pauvres oom me il appartient; et l'escuyer trenchant doit donner <n schasctme pièce deux ou trois coups de Cousteau. Et quant le prince çstlservy d'oubliés, l'escuyer tren chant doit rassembler les cousteaux et lés envelopper, et couvrir i'alluraelle (l) de la serviette dont il les a nettoyé, et tenir la pointe en haut, et les rendre au varlet servant, qui les doit recevoir moult humblement en. sa main dextre; et en la senestre doit aVoir la gayne desdits cousteaux , et les rapporter en la paneterie ; eX l'escuyer reprend U serviette qui est devant le prince, et la rend au s*mellier de la paneterie ; et quand la table . est tarée, l'escuyer trenebant doit estre prest pour aller au .prince, et delà serviette qu'il a au* col luy nettoyer

; (0 Vallumelh ; la lame,

D* CaAKLSâ LB HARDY. BlQ

ta* myes de pain , ou d'autres choses qui luy peuvent çstre chÇuës dessus ; et puis va rendre 3a serviette au *pnnnejlier de la papeterie, ou au gfcrde + linge illec attendant; et par ainsi il achevé son service.

Or nous avons devisé du faict de L'eseuyer trenchant; fouiU maintenant que devisons de ce qui en despend, et premier de la cuysihe, L'eseuyer trenchant n'a nulle awctorité en la, cuisine, fors seulement qu'il peut par* 1er f>n la çujsine de la viande mal appointée, et le doit dire dM iOi^is^re d'hpstel, et le inaistre d'hostel en ad* vertist Je ;guetix ; toutefois c'est bien. raison décrire ^t réciter touchant Pestât de la cuisine , apnes avoir p^r4é de l'eseg y er trenchant. Et au regard dudit estât d&Jfequiline, il est gouverné et conduit par deux es* çuyer$;4e cuisine , qui sont comptez par termes l'un êpjfâg l'autre, et tiennent en reigle mue de. la cuisine, etdoibvejU sçavoir la viande, et comment elle est dispensée, et la despence qui se fait; et se délivre la bou«lier ie par marehans , par marché fait au bureau, et «e reaçuveUe iceluy marché tous les ans ensemble : le marché de houlengiers au mois de mars en plain bureau, et est le marché es mains des contrôleurs et #befe d'office. Et au regard du poisson, il se fait tous les joMrs par achapt , auquel achapt doit estre le contr«>lleur, l'eseuyer de cuisine, et le clerc de la chambre aux deniers, pour le payer; et doit toute la viande , mk ch^ir ou poisson, estre apportée devant le gueux, <jui choisit ce qu'il luy samble bon pour la bouche du prinee, et I4 départ et met es mains de ceux de la cCMsifte, chaseun à ce servant; et le surplus de la viande «st délivrée aux compaignons de la cuisine à ce ordonner, qui en une autre cuisine apportent la

520 • ESTAT DE LÀ MÀISOlf :

viande pour ceux qui doibvent avoir viande et plat à l'hostel du prince. L'escuyer de cuisine a droit sur les bestes grosses que Ton donne au prince : car il a le cuyr, et le gueux le sien; et quant où sertie prince, il va après la viande, comme j'ay escript cy dessus, et doit avoir tous les jours une petite torse (0, qui luy doit estre délivrée en la fruiterie; et quand le prince souppe, l'escuyer de cuisine doit avoir la torse allumée au poing, pour esclairer le dernier de la viande; et l'huissier de la chambre en doit aussi avoir une, pour esclairer le devant. Le duc a trois gueux pour sa bouche, chascun compté par quatre .mois; et doit le gueux en sa cuisine commander, ordonner j et estre obey, et doit avoir une chaiere entre le buffet et la cheminée, pour seoir et soy reposer si besoing est; et doit estre assise icelle chaiere en tel lieu qu'il puist veôir et congnoistre tout ce que l'on faict en ladîcte cuisine, et doit avoir en sa main une grande louche O) de bois, qui kiy sert à deux fins : l'une pour assayer potaigeet broûer^ et l'autre pour chasser les enfans hors de b cuisine j pour faire leur devoir, et ferir si besoing est. Le gueux a en sa garde les espices de garnison, et en rend compte à conscience et à discrétion , et luy sont baillées icelles espices*, comme sucre et autres choses, par le controlléur, qui en a le double ; et quant il est adverti que le prince veut aller à table, il doit faire couvrir son buffet par le saussier, qui doit apporter la nappe et la vasselle; et doit le gueux se vestir et parer d'un honneste habit, et avoir la serviette pendante à sonespaule dextre, et doit recevoir la

(l) Une petite torse : une bougie. — * (») Louche : cuiller.

DE CffÀIÛLES LE HARDY. 5ai

viande de ceux à qui il l'a mis en main, et leur* bailler à tous leur assay; et puis receuvre les plats, et reçoit l'assay que luy baille le maistre d'hosteï, comme est cy devant dict; et peut le gueux aportèr un mets devant le prince, et faire son assay luy mesmes, et aller boire au buffet; et luy doit-on bailler du vin de la bouche, comme à l'escuyer trencfhant: mais il ne se faict pas souvent, et le peut faire quant il a appointé nouvelle viande, comme de trutes et de herrencs fràiz pour la première fois en l'année; il doibt avoir touche ordinaire, comme l'escuyer de cuisine, tant pour visiter son rost que pour allumer au buffet, pour lever la viande. Et feray icy une question touchant le faict du gueux, et premièrement comment se doibt faire le gueux, et qui, donne Testât, et aussi qui doit servir de gueux en son absence; À ce je respons que quand il faut un gueux k l'hostel du prince, les maistres d'hostel doivent mander les escuyers de cuisine, et tous ceux de la cuisine l'un après l'autre; et par élection souveraine , après avoir reçeu le serment "de chascun , se doit créer le gueux : car ce n'est pas estât ou office commun, é'est mestier subtil et sumpttieux, et qui toute seureté serte, et test le proufit nécessaire du prince, et dont on ne se peut passer; et le prince, par le rapport des maistres-d*hostel , et de l'élection sur ce faicte, doibt donner le don au gueux. Et au regard de celuy qui servii^a en son absence , le hasteur (0 est le premier en la cuisine après le gueux r quand 4es gueux seront dehors ou malades; et sembleroit à ceste cause qu'il debvroit servir devant tous autres, et pareillement le pôtagïer

(*\Hasteur : rôtisseur.

5 M fWATïD* hk M4ISV»

qui est moult aprin$ du goust du prince, ,et Bêla sawceque le gueux ordonne à l'appétit d'àceluy. Mais je respous que l'un ny l'autre n'y a point de droit, sinon par élection comme le gueux; et le peuvent les niaistres-d'hostel ordonner, sains parler au prince.

lie duc a en sa c^ii^ine vingt cinq hommes, chaseun servait m son mestier et son office , et aussi plusieurs enfans de cuisine, qui sont sans gages, qui y «ont mis pour apprendre le meetier. Le hasteur tient le compte du rost avec aon ay de : Je potagier rend compte des potages et son ayde, et livre Je potagier tout» les potageries , comme de febrves , pois bleds , «t laicts, à faire fourmenter le persin .(0, et aussi le sel qui se dépense en la cuisine; et ce par un marché faict au bureau une fois l'an comme les autres raar* chans, et se compte tous les jours par la cuisine, à tel pris et somme que Ton doit payer par jour, Et s'il faut espiçes en, jceux potaiges, le gueux en fait la de* livrante. Les enfans de cuisine ordinaires plument, et nettoyent les poissons, et les H vent à ceux qui les doivent .appointer, Les souffeleurs font Bouillir la chaudière, et rendent compte. Les portiers « gardent la porte, et doivent prendre garde, quant on va tw champs, aux chariots qui portent les vasseaux de k cuisine, comme chaudières, paell es, grils, has tiers, et autres choses. Les bouchiers doivent livrer le bois et le charbon pour la cuisine, et ce pour le pris, et par le marché du hois qui se délivre en la fourrière, et se, compte par cent de bois, et par mandelles de charbon, soubs la despence de la cuisine. Ensuyvajit ce que le bussier se mesle de Te&tat de foucriere,U

(') Persin : persil.

D* ÇIU&LS& L,R BtAi^py. 5ta3

bussier doit loger et prendre logis pqur la cuisine; les gardes-mangers doivent garder toutes les viandes crues doot Ton faict provision, soit sallée ou autrement : les portiers doivent nettoyer tous les vaisseaux et le s habillemens de cuisine , et doivent tirer > toute l'eauë qui y sert. Les happelloppins (0, et les enfans nourris sans gai ge en la cuisine ., doivent tourner les rosts, et faire tous les autres services menus ^ui appartiennent en ladjçte cuisine.

Ert continuant Testât de la, cuisine, nous reviendrons à la sausserie. Le duc a deux $au$&iers, compte? par termes; et doit le haussier garder et rendre compte de toute la vaisselle d'argent en quoy l'on sert le prince; pour le faict de la cuisine , et aussi de toute la vas$eller soit d'argent ou autrement, dequoy on sert les es^ats pour icelie cause. Et quand le prince veut aller à la table, le saussier doit aller couvrir Je buffet devant le gueux d'une blanche nappe, et puis doit mettre la vasselle du prince par pilles de plats et par pilles d'^cuelles devant le gueux. ,Le haussier «doit livrer les sausses 4e verdure, et le fcwage des nappes pour le buffet, et des napperons pour nettoyer la vaisseUe ; et ce par un marché faict qui;$e compte tous k& jours ^oubs la despence de la cvû&ine; et aussi Je verjus de grain , le verjus de vin aigre semblableroent : et de ce <?n fait provision es mains du saussier, ctontle controlleur a le double, et se dispense, p^r nombre de lots en la cuisine, et en l'office de la sausserie. Soubs iceujt saussiers sont les aides, et les varlets de la. efaaudiere nettoyant la vaisselle , et la lavent; et quand la vi^de 4u(prinçe ^t levée poui^s^rvirà toblç, h sfcus-

(*) Happelloppins : marmitons.

5a4 ESTAT DE LA MAISON

sier doit présenter ses sausses au panetier toutes couvertes , et le panetier luy doit bailler son assay , comme ey dessus est escript. Le saussier doit estreen la salle où le prince mange, et recevoir toute la vaisselle par les mains du varlet servant, pour sçavoir qu'elle devient : car s'il y a perte , ce seroit sur luy. Et au regard de la vasselle pour la viande des estats, il la délivre au commis des estats, comme faict le gardè-huge la vaisselle du buffet, et se rend à chascune fois audit saussier. Le saussier doit livrer le sel qui se despend par les estats, et doit avoir le pain en chascun estât, sur quoy on met le sel pour faire la sàlliere.

Et combien que le faict de la fruiterie ne touche en rien le faict de la cuisine, toutesfois j'entresuivray continuant iceluy estât, pour ce qu'il sert à la bouche. Le duc a deux fruitiers comptez par termes, et a le fruitier telle auctorité, qu'il apporte le fruit devant le prince, et fait son assay. Il livre toutes manières de fruits, comme poires, pommes, cerises et roisins, et se compte tous les jours soubs luy et soubs son office, selon ce qu'il en a despensé, l'une fois plus que l'autre par jour. Il livre prunnes seiches, cappres, figues, dades, roisins, nois et noisettes : et ce s'achapte par provision et se despend par quantité , et pareillement il livre la cire qui se despend à Fhostel du prince, tant en flambeaux, torses, comme en deffroy d'obsèques de princes; et s'achapte la cire par provision de milliers et par cens, et se despendent par livres et par onces soubs iceluy office; et à la fin du mois l'on compte au fruitier bastons-luminons, pour les torses et flambeaux qu'il a despendu en iceluy

mois : et ce selon la quantité de sa despense. 11 a en garde les chandeliers d'argent à mettre les flambeaux, et doit asseoir lesdits flambeaux à la table du prince; et au buffet il a en garde la vaisselle d'argent pour servir le fruit, et doit estre icelle vaisselle trouvée en trois lieux, pour plus habillement laver son fruit; et Ton nomme en la maison de Bourgongne les flambeaux qui allument autour des mestiers : et se prent nom , parce que le fruitier doit estre homme de mestier, et doit faire luy mesme les torses et les flambeaux. Mais pourquoy se met le mestier de la cire es mains du fruitier, et non pas sur la cire, qui toutesfois est plus grande despence, c'est en effect pour ce que la cire est tirée par la mouche es fleurs, dont viennent les fruits; pourquoy a bien esté ordonné à ceste cause. Et quand le prince veut servir à l'église, comme à la feste Dieu devant le Corpus Domini, ou le jour du bon vendredy, le fruitier apporte la torse du prince et la baise, et puis la baille au premier chambellan, et délivre les autres torses aux princes, comtes et barons, aux chevaliers et aux seigneurs, par trois ou quatre douzaines. Et le jour de la Chandelier, pour aller à la procession , le fruitier baille pareillement la cierge du prince, qui est armoyé de ses armes et de sa devise , et pareillement de tous les princes et princesses, et prochains du sang; et à tous les autres sont délivrez chierges selon leur estât, et jusques au moindre vallet de Fhostel, comptez par les escroes; et ne se comptent pas par nombre de cent, ou de quatrons, mais par milliers; et tous suyvent le duc à la procession, le cierge allummé, par estât et par ordre, qui est moult grande chose à veoir. Le

5ft6 ESTA* Ï>È LA MAISON

fruitier livre torses, flambeaux, files, mortiers de cire et de chaiidelles de suif par tous les estats, selon qu'ordonnéluy est. En la fruiterie y a deux sommelliers qui délivrent lesdits choses, et y a six vallets de torses qui doivent tenir leurs torses à toutes heures, soit en chambre ou en salle : excepté que quand on tient conseil , les secrétaires tiennent les torses en la chambre dudi et conseil; et quand le prince va dehors de son hmtel, et qu'il convient avoir plus largement de torses^ comme par douzaines, pour allumer, le fruitier petit prendbe ggns aux d&pens du prince pour por* ter icelles torses, et luy est compté par les escroes soubs son office. Le fruitier livre torses et cire en la chappelle, et sont les grandes torses marquées par le contrôliez, et se rapportent les coupons des grandes torses au bureau, auquel lieu elles sont marquées; et rend ledit fruitier son compté par livres et par onces, etsé compte quatorze Onces pour la livre: Et au regard de la chandeiile de suif, le sommellier de la fruiterie la délivre à< l'argent, et seait combien il doit avoir de la livre, et est compté par les escroes par iceluy office. Et ati regard dés marëhans, tant boulengiers cojnm^ bouchietâ, ils doivent livrer le pain en la pa* neterie, et la chair et lespastez en la cuisine; et pour céste camuse ont certaines bouches comptez par les e> croes , pour châscurtfc trois sols par jour; et se compte à > U fin du mots les botïlengiers eti la pafceterie, et les bduchiers en la cuisine.

Ittm, lès pet&ea torses dont PesoUyet de cuisine et les autres gueux esclairent la viande sont marquées en cjlteuë, et ett rendant les> bouts ainsi marquées en ont d'autres.

DK CUAt\LBS TiÈ llAflDY. 5ûy

BU, QUÀTRIESME ESftAT,

Or ay-jc (k*visé la nianiere de servir la bouche du prince : faut que j'entre au quatriesme estât, qui est de lescuy rie, et prend iceluy estât et office à la labeur des autres, car les autres prennent leur nom et leur office par la manière que j'ay escript çy dessus, car le nom de l'escuy rie se prend sur le nom de re&Câyer pour ce que l'escuyer gouverne l'office , et n'y a estât en la maison qui' se puisse nommer eseuyer san& queue, sinon l'esoUyer d'escuyrie; et quand on dit J'ayrveu l'escuyer, c'efet à dire Teseuyer d'escuyrie^ et né desplaise à ceuk qui disent Z'^jr veu ou parlé à monsieur Pescwjrer d'escuyrie : car certes c'est mal usé de la manière de parler selon la coustume ancienne de la maison de Bourgongne, car l'on doit dire l'escuyèr seulement , et en Fraflce Ton dit? le grand escuyer, et non autrement. Mais je croys bien que nous avons aprins ceste itianietfe de parier aux. autres maisons de princes voisins^, et ne peut ^ on trop honnorer le nom et Testât, car il le vaut <, et est de grande magnificence.

Le duc a un escuyer d'escuyrie , lequel a sotittts* charge' cinquante, escuyers descuy râ* , et a potrvoir et auctoriïé sur eux1 , et sont gouverner par chatte brées et par esquadres , comme il est escript' éfc trote estats desausnommei ; et soubs hiy se rend compté par lesescroes^, et soubs sa certification; de toute la dêftpenoè faicte pour les chevtau*yde rembourure, dte médecine,. et autres choses nécessaires à la despetift» commune. Et c'est à la charge du maistre de la

chambre aux deniers, et au regard de pompeux billemens des chevaux et des pages, des painctures pour bannières et estandarts de harnas. Ces choses aussi se payent soubs certification par. la main de l'argentier.

L'escuyer d'escuyrie doit avoir trois proprietez, qui ne sont pas trop légères à racompter ensemble. Il doit estre puissant de corps, sage , juste, vaillant •et hardy. Premièrement je diray . pourquoy il doit estre vaillant : car force de courage est le principal point de vaillance, et la principale des quatre vertus cardinales. Il doit estre vaillant et hardy, pource que en armes il doit avoir l'estandart du prince et gouvernement , qui est l'enseigne qui tousj ours est portée et veuë , et que chascun sceut , et où chascun tient règle, et où l'on se rallie : et convient, que celuy qui le meine et conduit soit hardy pour emprendre, et vaillaftt pour soustenir; et doit estre telle sa renommée, pour donner à chascun courage de valloir,et honte de faire le contraire. Il doit estre puissant de corps, pource que luy mesme en personne porte à la bataille l'estandart du prince, qui est un puissant faix à porter : car l'estandart .du prince doit estre grand et esle vé par . dessus les autres , et se doivent toutes autres enseignes ployer et amendrir (0 là où est l'estendart du. prince; et toutesfois pour desployer la bannière du prince où sont ses propres armes, les bannières de ses subjects ne se reployent point ^ ains se desployent : et la raison est que les enseignes doivent reyerence à l'estandart , comme font les petits batteaux en la mer devant une ^arracque ou une

(0 Amendrir ; humilier. '*

grande nef. Et pour l'autre epseigne, qui est la bpnpWre, pn dpit aussi hommage et service; et poorce desplqye ohaïaun baïKcet la bannière de ses armes, pqu? monter qtfil açrt e» personne, et qu'il veut tenir s;* foy et loyauté, comme il doit mourir et vivre avw sqii prUoe.

L'est^ndart doit estrq painçt des couleurs et devise du prinee, afin d'estre recognu, et doit avoir un fer de lan#e au bout deTestandarfc en haut : car Fescuyer ( au beseàng ) peut coucher aon estandart, ai la banniare est 3 cette heure deaployée, et pareillement doit avoir fer la lance du penon, pource que Tescayer du prince est si près du prince ordonne en la bataille, qu'au besoing il le doit def fendre, et faire lance de &on pennon. Et ne seeus oncques, par escrit ou autrement , où le pennoà fut despleyé sans la baniere, ne la baniere sans le penon : mais j'ay bien sçeu et veu de bi^n grandes choses £oubs Testandart du prince seulement; et pour le tiers point, l'escuyer doit estr« ju,ste ; car il se naesle de toutes les pompes £t parures qui se font pour le prince, d'armer et a tin ter (0 le prince, spit pour la guerre, ou pour touxnoy , ou pour jowstes; et pource feut~il qu'il soit ^age et juste, comme j'ay dit L'escuyer doit avoir en Iq. guerre la première chambre après le prince , et en la pais la çfcrniere ; et la raison est pour ce qu'en la guerre ? toute heure il doit estre prest pour armer h prince , et tawtes. le* foi* que le prince chevauche en açmes à epUuodwt desployé doit avoir' plat comme le SQiwneilier de oe^ps; son . eatandart doit 'chevaucher en âmes le prerçuer 4e tous eacuyers, excepté quant

(?) Min fer : ajuster, parer.

53o ESTAT DE I.A MAISON

le penon est desployé, comme j'ay dit dessus : car chascune esquadre dpit accompaigner son enseigne. Or je demande, si le prince chevauchoit en armes par esquadre, et ne portassent que les cornets des esquadres, et que l'estandart n'y fut point, s'il venoit un effroy à laquelle des quatre cornettes se viendraient rallier les esquyers, je rèspons que ce seroit à l'escuyer d'escuyrie, et ce pour deux, raisons : la première , pource que Ton est plus, accoustumé que tous soient soubs la gouvernance de l'estandart et soubs la sientie, que des autres : et l'autre raison, pource qu'il est plus accoustumé de tenir enseigne que nuls des autres; et je cuy de bien juger de bailter l'autorité à l'escuyer <piànt à ce point. ' s ■

Nota qu'il y a guidon à l'estandart comme penon à la baniere, que jamais à la guerre on ne ployé: car c'est à quoy et soubs qui les archers se conduisent et rallient, et le gouverne le capitaine des archers du prince.

L'escuyer a jurisdiction sur ceux de son escuyrie, et peuvent demander leur renvoy au bureau de toutes matières qui touchent partie à partie. Et pource que deux personnes de l'escuyrie sèroient enseignez par plusieurs journées, et ne pourraient estre d'empres leurs chevaux , parquoy pourrait advenir que par maladie desray y fust , ou qu'aucuns chevaux se perdraient, pource sont-ils renvoyez devant l'escuyer. Mais si un homme de l'escuyrie estoit adjourné pour autre cause, et contre un autre que de l'escuyrie, il serait terili de respondre, et n'aurait point de renvoy; et toutesfois s'il a voit deservy d'estre mis en prison pour quelque cas, on le rendrait à l'escuyer

DE CHARLES LE HARDY. 53 t

chargé-de ses faiz, s'il le vouloit avoir,- et si la matière ne tbuchoit à l'encontre dû prince. I/escuyer idoit porter Tespée du parlement devant le prince à tôtites entrées honnorables, soit à pied ou à cheval , et le doit tenir, en sa main dextre entre la croix et le pommeau ; et doit porter icelle espée Couchée sur l'espaule, la pointe dessus, et doit estre l'escuyer avec Tespéè seul, et la première personne devant le prince. Soubs Pesçuyer sont trompettes, menestriers , et tous joueurs d'instrumehs , messagiers et chevaucheurs portans les armes du prince; et leur donne le prince la retenue y et l'escuyer leur me et leur boy te armôyéç. Il a en garde la coste-d'armes et l'estendart : maisJes pain très qui les font sont vallets de chambre, et n'ont que faire à luy que pour leur mestier. Les armuriers sont pareillement varlets de chambre , et respondent à l'escuyer seulement, et non à autre : pageswet varlets de pied sont soubs luy , et tous autres de l'escuyriè : et quand le prince jouste ou tournoyé, il doit avoir les parures du princeiet de son cheval , en quoy il a jouste et tournoyé pour chascune fois, quelque riche «qu'elle soit , xeservé l'or pur et la pierrie : car ce revient au prouffit du prince.

Les esçuyers d'escuyrie doivent mettre restrier au pied du prince, et l'ayder à monter et à descendre, et tenir la Ijride de son cheval ; et le varlet lacquay doit tenir l'estrier hors du montoir, et doivent éstre soigneux que le cheval soit prest à l'heure qu'il le demande. Les esçuyers d'escuyrie doivent estre bons chevaucheurs , et deux ou trois fois le mois ils doivent aller aux champs selon le temps , si l'escuyer ordonne de chevaucher les chevaux du prince*

53a ESTAT DB LA MAISON

Or est temps que nous devisons, du nombre die ceux qui sont en Fescuyrie, et quels gens. Le duc a douze pages, enfans de bonne maison, lesquels sont en la subjection et gouvernement de l'esouyer , comme dict est, et doivent chevaucher après le prince, ainsi que leur ordonne le palfrenier; et n'ont que faire ioeux pages autour des chevaux, sinon de brider chascun ton cheval, et les mener boire après le palfrenier, et par ordre de chevaucher après le prince, comme dict est; et doivent aller h la viande, et Fescuyer se sert d'iceu* pour les endoctriner. Ils ont vallets aux dépens du. prince, qui les pensent et nettoyent; et se doivent iceùx vallets tenir hors de la cuisine, pour garder les chevaux des pages quand ils vont à la viande du prince. Le plus grand et le plus puissant des pages doit porter l'estendart après le prince; et le prince, selon qu'ils viennent grans, les faict ses conseilliers, et servent en armes auprès de luy pour faire message, et pour courir là où il les envoyé.

Le duc a uti palfrenier, qui est le premier en F«ottyrie , et doit estra obey des autres au faict des die» vaux, et doit chevaucher après les pages , et porterie manteau du priùce , et non autre. Il a en garde tout» les selles qui appartiennent aug chevaux : il mectles chevaux et les pages en ordre après le prince, comme dict est.

Le duc a quatre laquais vallets, et doivent amener le cheval du prince au montoir, et le doivent aller quérir à l'escuyrie, et le mener par la bride, et non monter sus , et bien gaixier que nul homme approche ledit cheval; et depuis que le palfrenier leur a délivré es mains, nul ne doit attoucher le cheval sellé m

en harhassure, s'il n'est escuyer d'escuyrié; et doivent avoir lesdits Vallets de pied chascun un blanc baston €nh main, sans fer et sans glaive , ot oe pour reculler le peuple qu'il n'approche point du prince : et ne seroit iîeo séant que le pauvre peuple , qui amoureusement vient aptes le prince , et se tire près pour le vteoir, fust reculé ou féru de glaive ou de trenohant ; maïs doit estre rebouté par iceluy baston qui n'a ^oint de pointe. Les pages palfreniers ou valr Jets hquais doivent estre babillez pareils > et les vallets de pied ou palfreniers font les aumosnes avant les •champs, à tous les pauvres que le prince renconf tre; et vend compta en conscience celuy qui Met l'autnosne de ce qu'il a donné, et doivent les vallets de pied aller aux sales et entrées de toutes vfttes , et aller à pied autour de son cheval , comme dict est. En tceHe «scuym y a bien trente hommes à ceste cause> et chascun selon son estât; les vallets de corps nettoyant les chevaux d'estrilles et de flassars (0, et leur donne avaine, font les lictieres , fientent les chevaux^ et tiennent l 'escuyrie hornieste* Les maresebaux ferrent et medecinent les chevaux ; les bottelleurs livrent le foin , l 'a vaine et lîttiere ; les chevaucheurs font k despence et la pourvance, et les aydes d'iceux chevatt* çhetor* «ont fourriers de l'escuyrie, et prendent le logis. Les vallets des sommiers i dont il y a plusieurs , pensent les chevaux des sommiers, et les meinent avec leuir sommage : et oatne plus ils sont les chèvau* cfceurs mesâagiers , et n'en y a que dou&e ordinaires; Jet lesdits doaze «tessagîers ont un vartet aux despens du prince , et eux douée n'ont en fcscuyrie qwe quatre

(*) flassars t couvertures de chevaux.

chevaux , qui sont délivrez aux vallets des chevaueheurs chacun jour, et sont mis au proufict d'iceijx où qu'ils soyent : car selon leurs charges et leurs commissions, aucunefois tous.ysoRt, aucunefois néant et peu souvent, Tune fois deux, l'autre fois point; et sont payez , de leurs .voyages, quand ils vont dehors, par l'argentier. Les .officiers d'armes se créent et baptisent à l'hostel du duc ; et pour ce fut il ordonné qu'ils autoyent quatre livres par jour, et non. plus. Les.var- Içts des chariots pensent de leurs chevaux, et se compte le tout soubs la main du chevaucheur, qui fait la despçnce par les escroes , et en l'office d'escuyrie ; et doU vent estre dessoubs Tescuyer tous ceux qui portent esmaU du prince ou enseigne armoyé , excepté l'office d'anges» ,. -i

Et puis que nous avons parlé . de l'office d'armes , je deviseray d'iceux. Le duc a en son hostel six roys d'armes, huict heraux et quatre poursuyvans , et leur sont leurs cottes-d'armes délivrées et renouvellées par l'escuyrie; mais ils, ne sont pas subjects à Tescuyer, et n'ont à respondre qu'au duc et à, son premier chambellain, et «ont iceux comptez par les escroes , sinon quand ils vont es. voyages, -qui sont comptez par l'argentier. Les officiers d'armes se créent et baptisent à l'hostel du duc es grandes jours et es bonnes festes; et à faire un poursuy vant doit avoir deux heraux , qui doivent tésmoigner qu'il est personne honneste, qu'il a discrétion et renommée de vertu et dé vérité pour entrer en l'office d'armes, qui jadis furent nom* mez les yoirdisans. Le prince luy donne tel nom qu'il Juy plaist en le nommant, le baptise de vin que les heraux luy ont apporté en une tasse, et puis donne

la tasseau poursuyvant, et le racfaapt communément d'un marc d'argent; et puis les heraux luy vestent la cotte d'armes du long dés bras, et non autrement; et le doit ainsi porter tant qu'il sait poursuyvant, en différence des roys d'armes et heraux. Et si le pour* suivant se gouverne bien, et qu'il soit trouvé homme de vertu , il parviendra au noble office de héraut, et doit avoir en sa création deux roys d'armes et quatre heraux, qui doivent certiffier de sa première conduite , et qu'il a esté poursuivant sept ans , et qu'il est digne d'estre héraut. Si doit estre batizé encore! une fois, et luy change le prince son nom , et les heraux luy tournent la cotte d'armes selon ce qu'elle doit aller; et pour creer un héraut à estre un roy d'armes, convient que tous les roys d'armes, heraux et poursuivons que l'on peut finer (*), soyent là, et qu'ils portent tesmoignaige devant le prince des vertus du héraut, et qu'il est s ti lié au très haut office de roy d'armes, qui est si haut, si noble et si grand, que jamais ne peut avoir plus haut nom en l'office d'armes. Le héraut doit avoir la cotte d'armes vestue , et le prince luy met la couronne en la teste, qui doit estre d'argent doré., et non point d'or, et n'y doit avoir pierres que saphirs : en segnifiant que le roy d'armes ne doit point avoir regard à nulles richesses, fors au Ciel seulement, que le saphir figure, et dont il doit tirer vertu et vérité.. La couronne doit estre en quatre lieux croisettée , et non flouronnée ; et luy doit estre baillée nom de province subjecte au prince, où d'ancienneté il y À eu nom de roy d'armes. Et au regard du roy des royers , il se nomme par le marquis»

(0 Finer : trouver. *

536 «s« à* m- lx maison

du Sainct Empire , et se orée par l'Etttpe^eUr , *t ne luy doit ifefaser; et est l'an dëi priètipàii^ t-ôy-^Tartneâ qui soit en là chilien té. Et du temps des n*blès tottl* nois, ils se comïiatûyenl pal* deuk partis, les uns royers; et lés autres po^erS; Et furent deux r&y-d'âi* mes fei et s pour soutenir ictti* deux partis, et pouf mettre pdr ordre les blasons dès nobles hommes, eh gardant à chacun son estât *t degré : c'est à sçavott le roy d'arme* des boyëts p&tir tttute la tt&blësse d* Germanie, et ie ïtyf d'fcttnes des poieite pour toute la noblesse v de Gaule ^ et certes les matières sont dé grandes recommandations. Mais je m'en ftesse pour fcbteger * et pouf ehtrestrivk>e tnk matière. Et qiii aiira desit41 de $çâVéïr de teste <Jhëse à ptoftet èhterche tm traieté que fit Ànthôine de La SaHe^ et il trouvera thatierè de grande recommandation; et au Regard de teneur le roy d^rtnes de lia Toison, il doit estré fàitf pat efeetfon des chevaliers dé Tordre. C'est îè premier et te principal de Fhbstel du duc de Bourgongne, età l'éntremUe dé ta fteste de la Toison ; et ne doit aroit autre officier d'àttriëé pour ebttduite lèfc tfèremotttt qtrè luy seulement, et se doit aider d'icënx £ourstiy* Vans, et non plus. Ife doivent tous à toutes chotfS grandes afcompaigner le prftifcé,. teiirs cottes d'annes vestus; ils ont die grandi droite et dejgrafns 4ôûs. L'office d'armes doit hottoïer les ftébles , et la noblesse les doit noarrir, SôUstenîr et 'porter. Lé* tiffièîërs d'armes doivent poMer les blâsûité dû prince ad costé dextre, selon nôstre cousturiie* mais les ôfl&cièrs d'armes d'Angleterre portent leuré blàsb^ au co*té Senestre; Et autrésféis ay demandé au rôy d'artries de letir^ part} pourquoy ils avoyent telle coustume en Angleterre.

D£ CHAULES LE HARDY. $$J

SurÇuoy il me refcpbndit *fué leur raison estoît plu* grande qu'autre» Et îi un noble jeun* hdmtne qui ja* mais ti'ffuroit esté arïhé Vôulôit sçavoir de quel cost£ il dërôoit prendre son esOU, il le Verroit aux blasons des officier* dermes i et de quel costé ils le poftenL Et pardeça Ïôs officiers d'armes les portent au destre costé, pburce que le dextre est le plus noble pour foire honneur au blason; et ainsi cliascun *a opinion raisonnable. Et la cause pôurquoy le printàe leur donne la tasse d'argent à les créer test pour faire le blason de ses armes. Et me tais à tant des cérémonies de l'office d'armes, pour eh WesuyVre ma matière.

Lé duc d« Bourgongne à douze trbmpettéi d^

guerre, les meilleurs qu'il a fcceu &n*r; et sôttt îceu*

« trompettes gduKrernèfc par Un d'eux qui est leur chef.

i Et le tttfttitt que ié prince doit partir, ils doivent

i tous ensaiftble venir faire une basture devant les fe-

f nestJttt) du prittcé, pour te resveiller à l'heure qui

i leur est baillée; et puis se partent quatre, et vont

i sonner à tnéttre selle par tes quatre parties de la

vttte Au' de l'tfSt* et au retour tk chasfcun ils doivent

sohner ùft mot au rentrer du logis du prince, et se

j doivent là rallier tous ensamble * et desjeuner aux des*

i peUs J a prince. Et le £hèf des trompettes se dolk

| tenir prést pôUr sçavôîr quahd on sonnera à cheval;

, et ^uand lé prittce le coftittiattde , les trompettes se

i dfepàtfôût, fct Vont tonner à cheval, et se mettent

gh&càii fcrt atfinès >ét éft Ikabilletnetisj et se retire

cha^OUU desâôtibs son fchef <ét ttessoubs sa cornette;

et lès trompettes 6e titiènt devers le prittte comme là

première fois, fet irssëfc tôfct après sonnent ïes trom*

pettes la tierce fois, et viennent les cornettes et esquadres, açompaignez chascun de leurs gens, devant l'hostel du prince; et quand tous sont venus, les trompettes font une basture, et à ceste heure monte le prinee, et les trompettes doivent sonner à toutes entrées et saillies, tant que la ville dure ou le camp, où l'on a esté logez. L'escuyer d'escuyrie leur livre banieres de trompettes : ils ont droit aux deniers donnez en largesse, dont l'office d'armes prept la moictié, et les trompettes, menestriers et joueurs d'instrumens l'autre moitié. Le duc a six hauts menestriers qui sont gouvernez par un des menestriers qui est roy d'iceux, et portent les armes du prince, et sont comptez par les escroes comme les trompettes : le duc a quatre joueurs de bas instrumeps pareillement comptez , et portent les armes du prince : et m'a esté force d'entresuyvre les estats, non pas par ordre, par règle. Et combien que ceux dont je parleray cy après soyenl plus nobles, toutesfois j'ay voulu en tresuyvre l'escuyrie, et ce qui en dépend. .

Le duc a soixante deux archers pour son corps, qui sont gouvernez par deux chevaliers qui se nomment capitaines des archers, et sont comptez par les escroes ordinaires; et les peuvent iceux capitaines corriger et punir, et doivent annoncer les deffaillans au bureau et aux maistres d'hostel, pour Jes royer si besoing est; et on ne leur doit point refuser quand ils le dient. Ils ont tous les ans, ou souvent , palletots d'orfaverie richement chargez; ils font le guet toiur à tour devant le prince; ils le doibvent accompaigner à pied ou à cheval, où qu'il voye : s'ils sont à pied , ils doivent estre autour de son cheval, le gouge

DE CHARLES LE HARDY. 53g

ou. le baston^ur le col; et s'il est à cheval, ils doivent chevaucher après leur enseigne , et doit aller leur enseigne devant celle des escuyers, et entresuyvre les archers de la garde, comme je declaireray cy après.

Le duc a six vingts et six hommes de sa garde pour laseuretéde sa personne, tous nobles hommes, et les faict appellèr les escuyers de sa garde, et a chascun un homme-d'armes. et un archer à cheval; et sont lesdits hommes-d'armes et archers gouvernez et conduits par un capitaine qui se nomn*e capitaine de sa garde, et par quatre escuyers chefs d'esquadre, dont chascun a soubs luy trente homnjes-d'armes , et trente archers en son esquadre; et est chascune esquadre conduite par quatre chefs de chambre , lesquels en ont dessoubs eux chascun six hommes d'armes, et leurs archers. Ainsi sont en chascune chambre sept hommes-d'armes, qui sont vingt huict pour les quatre chambrées; et a chascun chef d'esquadre deux lieutenans, l'un pour conduire les hommes-d'armes en son absence , et l'autre pour conduire les archers en chascune esquadre. Le capitaine de la garde a pour sa chambre, outre et pardessus le nombre dessusdit, plusieurs hommes-d'armes, qui ont requis estre de la garde; et pource que ce n'est chose ordinaire, fors que volonté , et que le nombre est aucun efois plue et l'autre moins, je ne m'y veux guère ar rester, mais viendray à l'ordinaire seulement. Le capitaine a ordinairement huict archers et deux conseillers , deux trompettes et un chappellain, qui sont comptez aux gages du prince. Item, il a deux hommes-d'armes ses lieutenans , dont l'un conduit Pestandart en son absence des hommes-d'armes, et l'autre conduit le gui-

54o ESTAT DE LA MAJS09

don des archers de toute la garde; et x>nt les chefs d'esquadre chascun un archer ordinaire aux dépens du prince, et a tels gages que les autres; et d'abondant (es chefs d'esquadres et le lieutenant ont àmcun un conseiller de crue paye aux gages du prince. Ainsi sont douze conseillers en ta garde, et serrent iceux d'aller avec le fourrier de la garde prendre les logis, et les deux conseil iiers font le logis pour leur esquadre, et le trtmiesme doit revenir au de* vant de lesquacUe> pour les mener au logis; et cb* vauchent ioeux hommes^d'armes et archers en huict eaquadm toujours en armes, soit tn temps de paii ou de guerre» Et chevauche le second lieutenant à capitaine le premier, et le guidon des archers âpre luy; et pource se nomme icèlity capitaine des » chers de la garde, et après luy chevauche la pre> mîere esquadre des areWs, cpi est eondutcte par l'homme-d'armes, second lieutenant de la première esquadre; et puis chevauche la seconde esquadre, li tierce et la quarte, et sont conduictes par le second lieutenant, comme dict est. Et après eux cheta» client les archers de corps à çqi don desployé , souk 4e gouvernement du premier capitaine ; et si c'est en temps de paix, les escuyers des «quatre estais èi prince chevauchent après luy par ordre, et pus les chevaliers, les grans pensionnaires , et puis ceux du sang , princes et autres ; et puis les trompettes et l'office d'armes en ordre» Et au regard des huy* siers d'armes, ils chevauchent «deçà et delà, potf tenir la place ouverte; et puis devant le prince cb»> vauchent setigéans d'armes, fct mâche sur l'espattl* et |e dernier i'escuyer d'escuyrte avec l'etpet; et»

DE CUUBXSS Uï HARtDY. 54 1

tel owlre chevauche le prince, ses pages après luy; et derrière luy vient le capitaine de sa garde à l'esr tandart desployé, conduit par luy ou par son Kei*tenant; et après luy vient le premier chef d'esquadrç, à cornette desployée, qui conduit la preqriere esquadre dès hommes-d'armes qui accompagnent Renseigne ; et puis la seconde , la tierce et la quarte , chascune conduite par son chef d'esquadre, comme dict est. Mais quand le prince chevauche pour la guerre, ceux de sa maison chevauchent après la personne du prince, les chevaliers les plus près de luy, les escuyers après , et puis la garde ; et se ployé Via** tandart à demy, pour celuy du prince qui est dts* ployé; et ne chevauchent devant luy, entre les ar* chers et sa personne, sinon les escuyers de sa cham* bré et ceux de son sang, en la manière devant dicte; et tous les jours sont tenus ceux de la garde faire le guet devant le prince tour à tour, à chascune fois quinze hommes-d'armes, la première nU*et Je chef d'esquadre, et la seconde son premier lâemr tenant, avec le demourant; et doivent ceux du. guet tous les jours accorapaigoer H prince, emhastonw et armez si besoin est : et sont ceux de te garde comptez par les escroes, et payez par le waistre de J* chambre aux deniers t et font les clercs d'office un rolle tous les jours de leurs noms, H soqt nus dedans le controlle par un petit escroe, et sont roy^z et recomptez par le capitaine de Ja garde s$dle#rant, qui a le regard sur eux. Bs ont mantelkrej et pa^ riires du prince, et leé archers pailetois d'orfav^rie, et sont comptez à si grans gages et en tel estât, qu'ils oat ehascun un coustillier armé , qui font cent

vingt six combat tans, outre et pardessus le nombre armé. Tous les hommes-d'armes ont par mois argent du prince et à ses despens, pour tenir sommier, amener le bagage : et à tant me tais du faict de la garde.

Et pour conduire ceste grande chose, faut deviser comment il se loge, et la police du logis, selon lequel est nommé en totit temps mareschal , pour servir au fait dé la guerre; et doit livrer les carriers aui fourriers des capitaines des gens-d'armes, et de tous les quartiers. Le second mareschal, qui est mareschal de l'hostel du duc , doit avoir le chois pour loger le prince et son estât : et ne deviseray gueres pour le présent du mareschal du logis , pource que je reviendray en temps et lieu; mais deviseray du mareschal du logis de l'hostel, pour deviser de Testât de la fouriere, et comment elle se doit conduire. Le mareschal du logis se souloit appeller l'escuyer du logis, et ne se mettoit iceluy estât sus qu'en la guerre seulement; mais pource que le' duc va tousj ours en armes, et que sa maison est si grandement accompaignée, comme l'on peut veoir, il est ordonné qu'il seroit un mareschal du logis de l'hostel , et est un moult bel office et estât. En l'hostel du duc il y a quatre archers comptez, et une trompette par les escroes, qui accompagnent le mareschal où qu'il voye; et quand il doit partir pour aftév faire un logis de ville en ville, il faut sonner sa trompette : et sa trompette revenue, il doit monter à cheval, et les fourriers du prince doivent venir devers luy ; et doit avoir le mareschal une cornette pour enseigne, et doit aller par toutes les rues et par tous les logis sa cornette après luy, et le doivent suy vre tous les estats. «Le fourrier de b

garde, accompaigné de coustilliers ordinaires, doibvent marcher en belle ordonnance, jusques au lieu où ils doivent faire le logis; et est bien besoing qu'en temps de paix que ce soit par aucuns jours avant que le prince se parte ; et se départ le logis en deux parties, dont la première partie est livrée au fourrier pour le prince, les chambellains , les quatre estats de la chap pelle, les archers de corps de la garde, la chambre, et les officiers domestiques; et le mareschal loge les princes et grans pensionnaires, chambellans et gens du conseil, ambassadeurs, et autres survenans qui ne sont point domestiques: et ainsi se départ le logis, et le fourrier et ses aydes font le logis qui ^leur est ordonné, et le gardier de la garde, et aussi délivre au fourrier de ladicte garde i ; et ledit fourrier départ son logis en 'cinq parties, l'une pour le capitaine et pour ceux de sa chambre, et l'autre partie se départ en quatre pour les quatre chefs et leur quatre esquadres, Et combien que le duc de Bourgongne soit prince des plus belles villes du monde, toutesfois son estât est si grand, que l'on trouve peu de villes où ils puissent tous loger, et faut souvent adjonctions de villes et de villages. Ainsi le duc a un fourrier, comme dict est; et si ce ne fut pour tenir ordre en mon escrit, j'eusse mis Testât de la fourie tenant à sa chambre, car la fourie est de la chambre : le fourrier faict la despense de tout le bois qui se despend en Pl^ostel du prince, réservé de la cuisine, et se compte par les escroes, soubs Testât de la fourie; et sur iceluy se comptent les espices de chambre, drageries et autres, qui se livrent par les espiciers. La raison est

544 BSTÀT PB hX M.MSOU

pource q\je le fourrier est vailet de chambre t et aussi est 1 eepicier, et ne se coeapte aucune despence de la chambre sinon en fourie; et aussi pource qu'on pe veut point entremêler la despeoce des officiers. Le fourrier doit porter un baaton, lequel doi^t este verd, gt\ ^igpifi^nce dn bois, et le doit porter ea jnaniere connue» s'il vpul<Ht tQUSJotjFs hurter à cm Jiuys pour demander ouverture ; sa marque doit ester tenue à tous, sur paine dé. mort. Le fourrier en ta personne doit battre le lict du prince de son bas ton, comme je Yw escrit une fois; et quand le prince vient , le fourrier doit mettre le bançq , les tresceaux et la table ; il doit reculer, remettre et qster à iceHe table les tresceaux, et à toutes autres dont le prince est servy; il doit faire son banc, chai^res, et toute autres ouvraiges de bois ; il doit livrer te? lin ceux *t estram pour lep licts, et poyr palaces de l'hostel du prince; pt livre boi$ de livrée et bois dé despem», et soubs luy sç fait une fresgrimdff dépense; et eB iceluy office sont douze peFs#$n?ig$$ et aides pour aider le faurrter, et servir en $on al^e^ce ; et y * varlçts de fourrer qni pprtept le bois tta la ebarator du pripee, et b^ppgn«t $u$ feux et au* lumières connue il appartfeitf * & doivent jeW FHostel du pria* pet et bonnet, tes servtfenr* de VmiÈ servpns dâ* vent porter Yemç en 1^ cton*h*e &i prince, jet livrent oetplies pt rajBops (*) ; et quand Wprfincft tient un gnad etfajt ^ ppe gr*#dç fe#e*.l$ serf & l'*an&doiA donwr à layer à tpw, exjçejtfé ap# princes 4erya«a et au* «©bas3adepr&.

Et pour co«tinu^r iL'eçfct du duq, nous parler»

i*).Cacà»s. et mmoMs : cassettes et

de L'estat des portiers. Le d^ic a deux portiers et deux aides comptez par termes : le portier doit estre le premier levé, et doit estre logé à la porterie du prince, et ne doit point ouvrir que le chef du guet, et ceux qui ont faict le guet devant le prince, ne soyent venus; et puis il ouvre sa porte, et la doit bien songneusement garder, que nul ny entre qu'il ne cognoisse bien : et quand il vient à l'entrée de la nuit, il doit allumer failots à sa porte, et la. doit garder comme dit est, jusques à ce que le prince soit couché , et qiie les chambellains et ceux qui ont esté à son coucher soyent retraits; et doit le portier visiter la maison , et sçavoir s'il ne trouvera nuUuy qu'il n'a point açoustumé de veoir, et le peut prendre et mettre en prison; et chascun retrait, le portier ferme la porte, et ne la doit point ouvrir, pour personne qui vienne, sans le congé du prince ou du premier maistre d'hostel. Le portier est garde des prisons de l'hostel du duc, et principalement de ceux que les maistres d'hostel font prendre etpunir. Et pour entresuyvre ma matière, je parleray des sergeans et huyssiers d'armes, et principalement parlerons de ses sergeans d'armes. .

Le duc a quatre sergeans d'armes cpmptez par ternes, et tous les deux servent tousjoqrs, et doivent lesdits sergeans d'armes estre devant la porte du prince. Et quand le prince part hors de sa chahibre pour aller à la messe ou ailleurs , les sergeans d'armes se doibvent mettre devant luy : et quand le duc tient estât, au milieu de la sale doit ayoir deux basses tables, dont ('une est petite pour quatre personnes seulement, et doit estre tournée devers le prince et devant 10. 35

luy, et au milieu d'icelle doivent seoir deux huyssiers d'armes, tet aux deux bouts lesdits deux sergeans d'armes, en^couchans chascun les masses sur les bouts de la table j et ayans leurs visages devers le prince; et derrière eux doit estre la table des officiers d'armes, qui doivent estre du long de la table, et seoir leur costes d'armes vestues. Mais je demande pourquoyne sont les roys^d'armes et heraux plus près du prince que les huyssiers et sergeans-d'armes ; et toutesfois ils ont leur costes d'armes vestues, et sont de plus noble estât que les autres. Â ce je respons que c'est pource que les huyssiers et sergeans d'armes sont les exécuteurs du prince, et que telles nouvelles pourôyent advenir, ou telle chose pouroit estre faict, que le prince voudroit mettre la main au plus grand de ses paya ou autres; et pource doivent estre assis iceux sergeans devant sa face, pour promptement exécuter son bon plaisir et commandement. Et au regard des huyssiers d'armes, le duc a bien vingt-quatre servans par termes, dont les Uns servent à garder la chambre des chevaliers, autres à garder la chambre des escuyers, et autres à garder la chambre du conseil; et doivent iceux huyssiers faire place devant le prince quand U va de lieu à autre, et doivent garder la sale où il mange, et aller et venir où il le commande. Ils adjournent gens au conseil, sôit devant le chancellier, chambellain ou mareschal, et exécutent toutes choses ordonnées par le conseil. Or ferav fin de l'ordre de l'hostel du prince et de son estât, et entrerons à parler de sa guerre, et le nombre de ses gens qu'il tient journellement , et de son ordonnance; et ne me suis pas arresté à plusieurs chostf

DE CHARLES LE HARDY. 5fij

qui 6ont journellement en toutes nobles cours. On sçait bien que le confesseur confesse le prince, etcpe luy ou le clercq.de la chappelle dict ses heures avec luy, et que le prinGe offre tous les jours, et cent mille menues choses, qui sont en la maison du prince commune à tous ; et aussi n'est pas à entendre que les ordres, lés coust urnes et les loix soient pardessus les princes, mais les princes pardessus elles , pour en ordonner à son bon plaisir ; et sont communément les statuts des princes conformes à leurs conditions. Or j'ai devisé de Testât et de l'ordre delà maison du duc Charles de Bourgongne, et est besoin que j-e devise de lestât de sa guerre, du nombre de ses gens-d'ar* mes, et comment ils sont conduits, exercitez et gouvernez, et aussi comment les conducteurs et chefs d'esquadres sont faicts et créez.

Le duc a deux mille deux cens hommes d'armes en

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ses ordonnances , compte chascun homme d'armes à tels gages qu'à coustilliers (0 armez : et dessoubs chascun homme-d'armes y a trois archers à cheval , et d'abondance pour chascun homme-d'armes y a trois hommes de pied armez , arbalestriers , colevriniers et picquenaires : ainsi font huict combattans pour une lance ; mais les gens de pied ne sont pas -gouvernez par les gens de cheval.

Et pour gouverner icelle compaignie qui monte à dixhuict mille combattans , à prendre les conducteurs, lieutenans et autres archers , qui sont outre nombre, huict combattans pour lance, et sont iceux payez et comptez tous les jours à la souldée du prince

(0 Coustilliers : soldats armés de là coustille , qui étoit une sorte d'épée à deux tranchans.

par la main du trésorier des guerres : je moustreray, par* la conduite de cent lances ^ comment se gouvernent tous les autres, et semblablement ceux de pied. En chascune cent lances y a un conducteur soubs qui respond icelle compaignie , et se nomme conducteur, pource que le duc veut estre seul capitaine de ses gens , à en faire et ordonner son bon plaisir. Et pour entresuyvre ce propos, nous parlerons de la forme et manière comment le duc crée les conducteurs, puis après de leur conduite; et m'en abregeray le plus que je pouray, pource que le duc Charles, qui a ses ordonnances mis sus à labeur si notablement en sa personne, et fafcct mettre par escritles ordonnances de sa guefrre si bien et si notablement , et a tous misteres esclarcy un telle forme et manière, que mon escriture ne me semblerait que temps perdu, et lesquelles ordonnances sont portées en Angleterre, et -si besoin est sont recouvrables pardeçà , toutes et quantes fois que besoing sera : parquoy je m'en wsse pour abréger., et parferay ce que j'ay dict.

Le duc renouvelle tous les ans les conducteurs de ses ordonnances, comme il est escript çn sesdits ordonnances; et contre le temps que sesdicts conducteurs» se doiv^pt renouveller, iceux conducteurs viennent ou envoyent devers le duc, selon leurs affaires, et selon la charge qq'ils ont; et en iceluy temps ceux qui désirent d'avoir charge de conducteur pour Tannée advenir se tirent devers les secrétaires qui sont ordonnez pour la guerre, et ils enregistrent et mettent en mémoire : et en temps ordonné ils apportent icelles mémoires au duc, qui les retient par devers luy par certains jours et à son bon plaisir* et selon

les recommandations des mérites d'un chascun, il poinctie ceux à <{ui 4 il veut donner la charge de conducteur , et à la fois de ceux qui l'estoyent para vaut, et à la fois non, et les fois par noms de compaignie, dont Tune s'appelle la première compaignie, l'autre, la seconde , et aiia$i jusques à la vingtdeuxiesme : et p^r ce moyen sçavent les conducteurs en quelle compagnie ils doivent aller quand ils ont le don. Et au jour ordonné, il mande par un huyssier d'armes les conducteurs qu'il a choisi/ et les faict venir en une sale en laquelle le duc sied en chayere parée, comme à prince appartient; et là sont les seigneurs du sang , le conseil , et les. nobles de la maison, et sont là p resens ceux qui paravant ont esté conducteurs. Et le duc par son chai»bellain faict dire la cause pourquoy il se contente des conducteurs passez; et si grandes causes survcnoient de parler à aucun particulièrement, en soy contentant ou non contentant, le duc feroit dire publiquement, pour rendre à chascun mérite selon sa desserte. Et n'ay point veu que le duc n'ayt deschargé les conducteurs de leurs charges , à leur tresgrand honneur et recommandation. Et après iceux estre deschargées, le duc faict parler à ceux qu'il a choisi pour l'année , et leur faict lire les ordonnances qu'il faut à la conduicle de la guerre : et a,pres la lecture d'icelle , il faict appeller devant Itjy chascun conducteur particulièrement l'un après l'autre , et publiquement baille à ua chascun deux choses. Premièrement le livre de ses ordonnances richement faict et escript , et couvert de velours, en moult bon n este voilume, sellé 4u- grand seau en cyre verde, et en lacs de soye ^

55o ESTAT 0E LA MAISON

-et en luy baillant, parlant le duc par sa bouche, il dict : « Vous tel , je vous fays conducteur pourl'an- « née de telle compaignie de cent lances de mes gensce d'armes. Et afin que vous sçachez , entendez et ne « puissiez ignorer comme j'entens le faict de mes gens- « d'armes , et de la guerre estre conduicte et gouver- « née, je vous baille les ordonnances que j'ay sur ce « faictes et ordonnées , et vous commande de les es- « troittement tenir et garder , selon le contenu en « i celles : » et puis prend le duc un baston qu'on appelle baston de capitaine-, et est ieeluy baston couvert de bleu entortillé de blanche soye, qui sont les couleurs du prince, et baille le baston au conducteur, et luytdict : « Affin que vous soyez obey , et plus a puissant sur ceux dont vous avez par moy charge, « et que vous puissiez entretenir et faire entretenir « mes ordonnances et faire mes commandemens, je a vous baille le baston pour avoir la main forte sur a voz gens, et vous donne en effect de les gouverner « et punir par telle auctorité que moymesmes. » Et sur ce reçoit le conducteur le serment de faire et entretenir les ordonnances du prince, et selon le contenu d'icelles; et ainsi l'un après l'autre crée le duc de Bourgongne ses conducteurs , et sont tenus de renvoyer icelles ordonnances et le baston à la fin de l'année pour les bailler à celuy à qui il plaira au duc d'y ordonner; et se tire chascun en la compaignie à luy ordonnée. En chascune compaignie de cent lances y a quatre chefs d'esquadre , dont l'un est ordonné par le duc, et y met communément un des escuyers de son liostel; et n'ay guerres veu que le conducteur ne face d'iceluy son lieutenant, combien qu^il le peut faire

d'un autre s'il luy plaist; et au regard des autres chefs d'esquadre, le conducteur les peut choisir à son bon plaisir : et soubs chascun chef d'escadre y a quatre chefs de chambre, lesquels chefs de chambranle chef d'esquadre peut nommer et choisir, sans ceux de son esquadre, à son bon plaisir. Soubs chascun chef de chambre a cincq hommes d'armes , qui sont en chascune des chambres, à prendre le chef de chambre et les hommes d'armes : soubs luy sont six hommes d'armes. Ainsi sont vingtquatre hommes d'armes, et le chef d'esquadre; et ainsi par quatre chefs d'esquadres trouverons cent lances soubs le conducteur : chascun homme d'armes a soubs luy trois archers, à cheval , ainsi sont trois cens archers en chasçune compagnie, et chevauchent chascun cent lances en huict esquadres , c'est à sçavoir les archers en quatre esquadres, et en chasçune esquadre. d'archers septante cinc archers; et sont conduits içeux archers par un homme d'armes principal en chasçune esquadre, au regard et à la devise du chef d'icelie esquadre; et chevauche le gufflon des archers au front devant la preniiere esquadre, et pareillement l'estandart des hommes d'armes au front de la première esquadre des hommes d'armes.

Or nous faut deviser de Testât des gens de pied, lesquels sont conduits par un chevalier chef de toutes gens de pied , et soubs qui respondent cous les chefs d'iceux gens de pied. Sur chasçune compaignie de trois cens piétons a un capitaine, homme d'armes à cheval, et port-enseigne et guidon; ;et sur chascun cent hommes a un centejiier homme d'armes à çhe- Y^I, qui porte autre ,pïu£ courte enseigue, et xfs.pon-

dent iceiix centeniers aux capitaines dessus hommes; et outre plus, en chaseun trente et un hommes, l'un est trentenier, à qui respondent tous les autres, et marchent par,compaigniéS, et pat ordre de capitaine de centeniers et de trenteniers, et communément sont gardes de l'artillerie et du charroy. Et pour les raisons devant dictes, je me passeray à deviser des ordonnances sur cefaictes; et combien que j'ay mis en escript lé nombre des hommes d'armés, archers à cheval , et gens de pied des ordonnances de monsieur de Bôurgongrie , et que j'âye devisé les gens-d'armes, et qu'ils sont tousjours prests et armefc les uns comme les autres, où vous trouvez en nombre plus de vingt mille combattàiis, toutesfors n'est encores tout le nombre de ses gens d'armes comptez^ journellement prests et en point : car dé nommer outre et pardessus le nombre dessusdict, il a fourny sa maison de douze esquadres d'archers d'Angleterre, lesquelles douze esquadres sont conduites par douze hommes d'armes anglois, par la manière qui s'ensuit.

Premièrement, le duc a ordohnt-uh esctiyer pour conduire quarante archers pour l'esquàdre de la chambre : et est à entendre deux archers pbur chàscun homme de sa chambre, qui sont vingt hommes d'armes, à prendre l'escuyer et les quatre sommelfiers, comme cfit est. La seconde esquadne ésfe de quatrevingt liomines, pour les quarante archets tousjours compter, et les départir en la manière dessusdit. Item, quatre autres esquadres chascûne de cent archers, pour les quatre estats des escuyers; pour chaseun estait, qui sont cinquante hotntnes, deux archerfc; et pource cent archers pour chascûne es-

DE CHAfcLES LIS HARfcY. 553

quadre. Item , et pour renforcement de ta garde, sont ordonnez quatre esquadres de quarante archers pouf chaâcttne esquadre, qui pareillement est à entendre deux archers pour ôfoascun homme d'armes, et sont trente hommes d armés en cha&une esquadre. Et puis que nous avons devisé des gens d'armes ordinaires, il faut deviser de l'artillerie, laquelle est une merveilleuse despense, et grande.

L'artillerie se conduit soubs un chevalier qui se nomme maistre de l'artillerie, lequel a telle aùctorité, qu'il doit ëstre obey en son estât comme le grince; il a soubs luy le receveur qui paye les officiers, et les pouldreS) les canons, les forges et les pionniers, les chàrtons, et tous les ouvraigès qui se font à cause de l'artillerie; et certes là despence qui passe par ses mains monte par an plus de soixante mille livres; et devez sçavoir que en la pluspart des armes «du duc il rneine avec luy, pour lé fait de Fârtillérie seulement, plus de deux mille chariots, les meilleurs et pins puissans que l'on peut trouver en Flandre* et en Brabant; et certes le duc peut avoir trois cens bèbebes de l'artillerie, dont it se peut ayder en bataille, sans les harcquebusses et coule vrines, dont il en a sans nombre. En l'artillerie est le controïleur qui tient par ordre et par éfccript le conterolle dé toute la despence Faîcte et payée de toute la provision de l'artillerie^ comme d'arcs, ftesches, arbaiestres, de trait, de baston à main, de cordes, et toutes autres choses nécessaires appertétt&M à iceluy estât ; là est le maistre des œuvres, càrpén tiers, marisschaulx, forgeurs, et toutes manières de gens. Et quant le duc est devant une ville, il faut asseoir les bombardés : il

convient pour chas eu ne bombarde un gentilhomme de son hostel pour la conduite d'icelle bombarde,, et la suyt, qui est es mains du bombardier. Et est l'artillerie estoffée et garnie de toutes choses : tellement que le duc ne se soussie point à passer rivières de mille pieds en peu de temps, si besoin est; et est puissant et fort pour passer la plus grande bombarde du monde. a

Le maistre de l'artillerie a prevost en son artillerie, lequel a jurisdiction et auctorité de justice sur ceux de l'artillerie, et en peut faire justice criminelle ou civile, telle qu'il luy plaist; et n'est pas à oublier le faict des tentes et pavillons, qui est une somptueuse chose y et se conduit par un gentilhomme qui a la charge d'icèluy estât, et meine aux despens du prince plus de quatre cens chariots puissamment atteliez; et se comptent iceux chariots soubs la despence de ^artillerie. Et' certainement le duc délivre pour sa compaignie bien mille tentes et mille pavillons, à prendre pour ambassadeurs et estrangiers, pour la maison du duc, pour ses serviteurs et, gens* d'armes: et à chascun voyage le maistre des tentes a nouvelles tentes et nouveaux pavillons aux despens du prince; et monte icelle despence, à prendre toille et ouvrages seulement, plus de trente mille francs.

Or ne suffit-il d'avoir seulement devisé de ce grand nombre de gens-d'armes à cheval et à pied, et de-ce grand nombre de chariots, qui est une chose merveilleuse : car combien que le duc donne à tous argent particulier pour tous sommiers, et merveilleux nombre de chariots et charettes pour leur nécessité, pour ce que le duc faict communément durer la guérie

en temps d'hiver aussi bien qu'en temps d'esté, pource faut il plus de provisions contre les froidures, et autres nécessitez. Et ne suffiroit point qui ne deviseroit par quelle manière et par quel ordre se loge iceluy grand ost. Le duc a pour son grand principal officier le mareschal de Bourgongne, lequel a telle prééminence, qu'il prend droit, de mareschal sur tous gensd'armes, mais non point es gens-d'armes des ordonnances; et se nomme ledit mareschal de Bourgongne pour un mareschal de France, et prend droit avec comme les autres, et ce de toute ancienneté; et âe conduit le fait de la guerre par sa main avant tous les autres, et doit estre à Pavantgarde du prince comme le principal. Et toutesfois si le prince meljoit en l'avantgarde aucun prince de son sang, le mareschal luy seroit per et compaignon touchant ladicte avantgarde; et en l'absence dudit mareschal de Bourgongne se faict un mareschal de l'ost, qui est son lieutenant, lequel conduit les matières de guerre, et prent les droits de mareschal, et ordonne les commissaires comme si luy mesmes y estoit; et sont, soubs ledit mareschal ou son lieutenant, les mareschaux des logis . et de Phostel, et par ledit mareschal de logis est logée ceste grande armée.

Le mareschal du logis, quand le princç doit prendre logis nouveau, il doit faire sonner sa trompette, et doit avoir enseigne desployée; çt à luy se doivent asseftnbler le mareschal de l'hostel, et tous les fourriers de toutes les compaignies, soit de pied ou de cheval; et doivent chevaucher en ordre et en bataille soubs la conduite dudit mareschal; et quand ils sont prests à loger, il peut faire arrester les compaignies avec son

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