II PREFACE
la chandelle, tant le papier est mauvais. Je me souviens de mon grand-père, de quelle façon lente et convaincue il s'installait dans son fauteuil pour lire son journal : il y mettait bien trois ou quatre heures; pas une ligne n'était passée, tout défilait, depuis le titre jusqu'à la signature du gérant; ensuite, il le pliait soigneusement, le rangeait à sa date, sur une planche; car il gardait la collection, j'ai vu pendant vmgt ans un cabinet noir s'emplir de cette collection, sans que jamais on y allât reprendre un numéro. Aucun autre journal n'entrait chez mon grand-père, un seul journal existait pour lui, le sien. Aujourd'hui, que les choses sont changées! On ouvre un journal, on le parcourt, on le jette. Je doute qu'il existe des gens encore assez naïfs pour s'encombrer d'une collection, tout le monde sachant que les faits n'ont que l'intérêt de l'heure présente. Et ce n'est plus un journal, c'est quatre, c'est cinq, davantage les matins de crise, qu'on achète et qu'on froisse, lorsqu'on a lu les vingt lignes intéressantes. Tout cela va au ruisseau, les rues charrient du papier piétiné, maculé par nos fièvres du jour.