‹ Les memoires de ParisChapitre 3 sur 48 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

Aussi, le cri de tout homme qui peut s'échapper de Paris pour un repos de quelques semaines est-il celui-ci : « Enfin, je ne lirai donc plus de journaux ! » Oh ! ne rien savoir, c'est la volupté, c'est le paradis, après nos débauches de renseignements ! Se lever chaque matin dans quelque coin perdu, les oreilles calmes, en pleine ignorance de ce qu'ont pu dire et faire, la veille, les éternels pantins de la politique, et se coucher chaque soir sans être au courant des sottises de la journée, il y a là un véritable bain de fraîcheur, une sensation de pleine santé. Jamais on ne comprend mieux le danger de la fièvre qui nous emporte tous, dans cette curiosité passionnée que décuple la presse contemporaine. Je sais bien qu'au bout de deux ou trois jours on est las de silence; on devient inquiet, on court à la gare acheter les journaux. Mais cela est une simple preuve de la profondeur du mal. Le virus de l'information à outrance nous a pénétrés jusqu'aux os, et nous sommes comme ces alcooliques qui dépérissent dès qu'on leur supprime le poison qui les tue. Il serait si bon de ne pas porter dans le crâne tout le tapage du siècle, la tête d'un

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