‹ Les mémoires de Sarah Barnum. Avec une préfChapitre 9 sur 20 · ON NE MEURT PAS DAMOUR I · texte numérisé non relu

ON NE MEURT PAS DAMOUR I

tous les murs de Paris qu'il est le meilleui de tous, on rachète!...

C'est, alors que Sarah prit pour devise : Maigre tout/... Et, docile à ce qu'avec son instinct réel des choses théâtrales elle devinait être un excellent conseil, elle alla presque jusqu'à la figuration.

En dépit des sceptiques, il paraît que le dévouement — en l'espèce, c'est du dévouement à l'art que nous voulons parler — trouve; ici-bas, parfois, s-a récompense.

La récompense de la Barnum, ce fut au bout de dix-huit mois un rôle épisodique allant à merveille i nature et s'adaptant très bien à ses défauts physiques. Elle le créa dans le Boi Œdipe. Ce fut un réel «uccès. Paris n'en croula point, mais enfin, à dater de ce jour, on rendit justice è la nouvelle artiste Enfin, elle connut les joies de la vedette.

Entre temps, elle avait eu le bonheur, si longtemps convoité, de conquérir quelques journalistes. La réclame tant ambitionnée vint enfin à elle, mesquine encore, mais douce à son cœur comme un premier amour.

'.a dite réclame ne lui valut pas seulement des sa- Li>raclious d'amour-propre. Sarah joua à la ville, ce qui ne laissa point que d'augmenter encore le nombrct de ses commanditaires. Toutefois, il lui

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rades assez osées pour tenter cVentraver ses opéralions de recrutement. ^

Un .soir, étant en représentation cliC-i; madame ; Millet, avec Antoinette qui Tenait d'obtenir, à Gaîté, un succès véritable, elle remarqua parmi 1 s auditeurs un jeune clubman du nom de Terson o'^' la séduisit tout de suite. — Notre héroïne aval! fantaisie instantanée. — Antoinette avait, d côté, remarqué le bel élégant, et grillait autant r sa camarade du désir de faire sa connaissant:. Bientôt les deux actrices devinèrent, à se regarrlcr, qu'elles étaient rivales et ne songèrent plus, tool r s'observant, qu'à se distancer l'une l'autre. Ce fut qui, la première, se ferait présenter l'heureux jeiii: homme. On manœu\Ta donc en conséquence. An toinette d'abord parut l'emporter, mais sa compagne, dès qu'elle se vit sur le point d'être distancée, eut une idée géniale :

Elle s'évanouit !

On pense si de Terson se précipita à son secours'. En un clin d'œil, il eut pris dans ses bras l'intéressante malade, puis transporté ce précieux mais légoi- forde-cia sur le divan d'un boudoir voisin. Là, i. lui prodigua les soins les plus intelligents. La comédienne, toute rose de plaisir d'avoir vaincu sa ri-

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vale et de contenter son caprice, ouvrit alors ses beaux yeux et se trouva mieux bien vite.

Dès le lendemain, son sauveteur prit rang dans sa ménagerie.

On sut l'histoire au Pa: ihénon et l'on s'en amusa. La Barnum, au surplus, trompettait volontiers .res onnes fortunes et en imaginait quand elle n'en vait point. Même ses contes étaient corsés en proportion des tracas qui lui étaient survenus dans le jour. Car la dèche, l'éternelle dèclie recommençait à souffler malgré le nombre des fidèles.

Une de ses plus divertissantes inventions, en ce genre, fut de récréer chaque soir ses bonnes amies 'es lettres passionnées qu'elle disait lui être ad rases par des soupirants aussi riches que profonaéont épris. D'après cette prose, elle était cruelle à. \aucoup de ces infortunés qui en venaient àper.ire ItUe et à rêver le suicide. L'un d'eux ne cessait • suivre sa voiture et elle redoutait de le voir se Uiv sous les pieds des chevaux.

Gomme elle revenait toujours à cette hîeî are, en ait par supposer-qu'il y avait là dedans un ^zrai.i de

rite et l'on résolut de s'assurer de la cîiGse. Ui\ I ;-arade fut chargé de tout éclaircir. Or, il dccou- .it eiîeclivement un homme qui galopait derrière

le coupé de Sarah en gesticulant et en criant h tuetête. «

Mais, déception! c'était un malheureux à qui la comédienne avait fait consigner sa porte et qui la pourchassait partout, réclamant le montant de sos factures ! L'amoureux inconnu était un créancier !

Ce que le Parthénon entendit de rires quand le camarade fit son rapport, cela ne se peut conter. Mais la débutante ne se démonta point pour cela, d'autant plus qu'un inespéré succès vint brusquement la mettre en lumière.

On donnait, pour une soirée à bénéfice, la première représentation d'un acte en vers le Voyageur, œuvre d'un jeune. La célèbre Hagal, chargée par l'auteur de créer l'un des rôles de la pièce, demanda et obtint que Sarah jouât l'autre, celui d'un jeune trouvère italien, c'est-à-dire un travesti.

Il advint que cet acte — un petit chef-d'œuvre — sur lequel nul ne comptait, réussit merveilleusement. Du jour au lendemain, la Barnum fut enfin connue de Paris.

Sa joie se devine. Pourtant ce triomphe ne satisfit que son orgaeil. Ses amis peu à peu se refroidissaient. T^^dns las de s'entendre tous invariablement déclaicr : « Tu es le second... » ou : « C'est toi ?eul gue j'aime I... » que de se voir raillés. Vraiment! 1%

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kelle jn prenait trop à son aise, « lirait trop sur la ficelle «! El les hôtes de la ménagerie, aigris pou à peu, o'essant de se plaire ensemble, eurent des querelles jalouses. Cela amena des défections. La gêne devint misère au logis de l'artiste.

Tante Rosette , notre vieille connaissance , y avait peu à peu repris ses visites, mais à chaque fois la détresse de sa nièce la navrait. Puis, elle perdit patience. Sarah, certes, était charmante pour elle; seulement, quand elle faisait le matin cadeau d'un bibelot ou d'un chiffon à « sa bonne petite tante », elle manquait rarement, le soir, de lui envoyer emprunter cinq louis, que la moitié du temps elle oublait de rendre.

Rosette finit par trouver aue ces cadeaux lui revenaient trop cher. Elle n'abandonna pas pour cela sa jeune parente, comme l'eût fait toute autre à sa place. Les fils et les filles de Sem ont l'instinct de la famille et se serrent les coudes toujours.

lais résolue à sortir une bonne fois la « petite » nbarras, elle se décida — héroïsme des tantes 1 L s'entremettre auprès de ses amis et connaissances en faveur de la malheureuse. Bien vite, elle lui trouva « du monde ».

.\ C5tte époque, la complaisante f(3mme habitait la lucine maison qu'Anna Deslions, dont le prolec-

teur était alors Marasky, ricliissime banquier d'Odessa, qui s'était fait une réputation^dans le monde de la haute noce par ses largesses à ses maîtresseîc On contait sur ses habitudes généreuses de fantastiques histoires, qui faisaient ouvrir les yeux aux débutantes.

Rosette pensa que si elle pouvait atteler un pareil personnage au char de sa nièce, elle ferait un coup de maître. Cette pensée ne lui fut pas plus tôt venue qu'elle se mit en campagne.

— Pense donc, disait-elle à Sarah , un homme qui. le jour de la fête d'Anna, lui envoie un bouquet de violettes d'un sou contenant un chèque de cinquante mille francs ! I !

Les deux femmes, sur ce, échangeaient avec des yeux luisants.

Le succès de la comédienne dans le Voyageur facilita les opérations. Marasky lui fut présenté et lit sa cour. Sarah ne demeura cruelle que le temps juste de laisser le banquier s'enflammer. Alors commonça une amusante comédie.

D'abord, la Barnum donna, suivant sor. mot, un « coup db balai » soigné. La commandite fut rompue, et leà portes de la ménagerie ouve: tes. Il s'agissait d'accaparer le financier, de lui laisser croire qu'il était seul reçu, seul aimé surtout, il s'agissait

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