‹ Les mémoires de Sarah BarnumChapitre 10 sur 20 · ON NE MEURT PAS D*AM0URI · texte numérisé non relu

ON NE MEURT PAS D*AM0URI

vale^et de contenter son caprice, ouvrit alors ses beaux yeux et se trouva mieux bien vite.

Dès le lendemain, son sauveteur prit rang dans sa ménagerie.

On sut rWstoire au Parthénon et Ton s'en amusa, La Barnum, au surplus^ trompettait volontiers ses bonnes fortunes et en imaginait quand elle n'en avait point. Même ses contes étaient corsés en proportion des tracas qui lui étaient survenus dans le Jour. Car la dèche, Téternelle dèche rpcommençait à souffler malgré le nombre des fidèles.

Une de ses plus divertissantes inventions, en ee genre, fut de récréer chaque soir ses bonnes amies des lettres passionnées qu'elle disait lui élre adressées par des soupirants aussi riches que profondément épris. D'après cette prose, elle était cruelle à beaucoup de ces infortunés qui en venaient à perdre la tète et à rêver le suicide. L'un d'eux ne cessait de suivre sa voiture et elle redoutait de le voir se Jeter sous les pieds des chevaux.

Comme elle revenait toujours à cette histoire, on finît p^r supposer qu'il y avait là dedans un grain de vérité et l'on résolut de s'assurer de la c|iose. Un car.dirade fut chargé de tout éclaircir. Or, V découvrit effectivement un homme qui galopait èrerrière

le coupé de Sarah en gesticulant et en criant à tuetête.

Mais, déception ! c'était un malheureux à. qui la comédienne avait fait consigner sa porte et qui la pourchassait partout, réclamant le montant d?. ses factures I Uamoureux inconnu était un créancier I

Ce que le Parthénon entendit de rires quand le camarade fit son rapport, cela ne se peut conter. Mais la débutante ne se démonta point pour cela, d'autant plus qu'un inespéré succès vint brusquement la mettre en lumière.

On donnait, pour une soirée à bénéfice, la piemière représentation d'un acte en vers le Voyageur^ œuvre d'un jeune. La célèbre Hagal, chargée par l'auteur de créer l'un des rôles de la pièce, demanda et obtint que Sarah jouât Tautre, celui d'un jeune trouvère italien, c'est-à-dire un travesti.

Il advint que cet acte — un petit chef-d'œuvre — sur lequel nul ne comptait, réussit merveilleusement. Du jour au lendemain, la Barnum fut enfin connue de Paris.

Sfî îoie se devine. Pourtant ce triomphe ne satisfit que son orgueil. Ses amis peu à peu se refroidissaient, moins las de s'entendre tous invariablement déclarer : « Tu es le second... » ou : « C'est toi seul que j'aime I... » que de se voir raillés. Vraiment I la

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belle en prenait trop à son aise, « tirait trop sur la ficelle » I Et les hôtes de la ménagerie, aigris peu à peu, cessiftt de se plaire ensemble, eurent des querelles jalouses. Gela amena des défections. La gêne devint misère au logis de l'artiste.

Tante Rosette , notre vieille connaissance , y avait peu à peu repris ses visites, mais à chaque fois la détresse de sa nièce la navrait. Puis, elle perdit patience. Sarah, certes, était charmante pour elle; seulement, quand elle faisait le matin cadeau d'un bibelot ou d'un chiffon à « sa bonne petitô tante », elle manquait rarement, le soir, de lui ehvoyer emprunter cinq louis, que la moitié du temps elle oublait de rendre.

Rosette finit par trouver que ces cadeaux lui revenaient trop cher. Elle n'abandonna pas pour cela sa jeune parente, comme l'eût fait toute arutre à sa place. Les fils et les filles de Sem ont Tinstinct de la famille et se serrent les coudes toujours.

Mais résolue à sortir une bonne fois la « petite » d'embarras, elle se décida — héroïsme des tantes I — à s'entremettre auprès de ses amis et connaissances en faveur de la malheureuse. Bien vite, elle )

lui trouva « du monde ».

A celte époque, la complaisante femme habitait la môme maison qu'Anna Deslions, dont le protec-

leur était alors Marasky, richissime banquier d'Odessa, qui s'était fait une réputation dans le monde de la hb.ute noce par ses largesses à ses maltresses. On contait sur ses habitudes généreuses de fantastiques histoires, qui faisaient ouvrir les yeux aux débutantes.

Rosette pensa que si elle pouvait atteler un pareil personnage au char de sa nièce, elle ferait un coup de maître. Cette pensée ne lui fût pas plus tôt venue qu'elle se mit en campagne.

< — Pense donc, disait-elle à Sarah, un homme qui, le jour de la f&te d'Anna, lui envoie un bouquet de violettes d'un sou contenant un chèque de cinquante mille francs 1 1 1

Les deux femmes, sur ce, échangeaient avec des

yeux luisants.

Le succès de la comédienne dans le Voyageur facilita les opérations. Marasky lui fut présenté et fit sa cour. Sarah ne demeura cruelle que le temps juste de laisser le banquier s'enflammer. Alors commença une amusante comédie.

D'abord, la Barnum donna, suivant son mot, un « coup de balai » soigné. La commandite fut rompuCf et les portes de la ménagerie ouvertes- Il s'a* giss iit daccaparer le financier, de lui laisser c au il était seul reçu, seul aimé surtout, il

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