‹ Les mémoires du Diable (volume 3)Chapitre 16 sur 34 · TOME lU · texte numérisé non relu

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pas la rigonrense surveillance de ces maisons. — Oh I fit la mendiante, qui était déjà à quelques pas de Luizzi, j*y ai pensé tout en courant après vous, et j'ai trouvé un moyen. — Lequel? — Je volerai.

Elle disparut, et le Diable, lâchant une immense bouffée ée tabac, reprit, tandis que Luizzi restait stupéfait de cette naïve réponse :

— Alors il s'assembler^ douze hommes : d'abord nn charentier dont toutes les idéçs de morale se bornent à savoir qu'il ne faut pas que les passants décrochent sans payer les saucisses pendues à sa porte; avec lui un maquignon qui a appris par expérience que c*est avec le fouet et les corrections qu'on soumet les animaux vicieux; ajoutez-y un phrénologue, qui trouvera un chapitre concluant en faveur de la prédestination au vol dan^ Taction de cette enfant ; flanque-les d'un marchand de dragées qui sera ravi de dire, en rentrant, à sa petite fille qui a quatre ans et qui lui chippe des sucreries : « Si tu n*es pas sage, je te condamnerai à la prison comme la petite mendiante; » mets-y un avocat, qui à besoin d'éprouver s'il devinera juste Tapplication que la cour fera de la loi ; joins à tout cela un ou deux imbéciles qui peûsept qu'ils doivent répondre en coQscience oui ou non sur la réalité du fait, sans s'occuper de ce qui arrivera de leur réponse ; complète ton nombre par quatre ou cinq propriétaires ou négociants pressés de finir les affaires des assises pour retourner aux leurs ; dis à ces hommes qu'ils s'appellent jurés et qu'ils sont chargés du salut de la société, imagine-toi qu'avec un mot tu leur as donné Içs saines idées du juste et de l'injuste, et on condamnera cette enfant à la prison, c'est-à-dire au vice, pour la plus noble action que la reconnaissance ait jamais inspirée. — Mais cette enfant trouvera un avocat qui la défendra?— Point d'argent, pomi d'avocat, mon maître. — La loi en donne un à tous les accusés. — Un avocat d'office, un débutant inexpérimenté, et Ip plus inexpérimenté de tous ; car s'il s'agissait d'un coupable qui eût empoisonné trois ou quatre personnes, d'une mère qui a tué ses enfants, d'un fils qui a égorgé son père ; s'il s'agissait de quelque crime bien abominable, il y aurait queue à la porte du cachot pour obtenir du geôlier la défense d'une si belle cause. Mais un enfant qui volera un pain ou une paire de sabots! qui veux-tu qui s'en occupe . A défeut d'honoraires, quelle gloire cela rapportera-t il? Quelle af-

Suencç de belles dames et de curieux cela tralnera-t-il à la cour 'a^l^ises? Personne ne s'en occupera, mon maître, pas même toi, âufvas proàier du crime ! ^.Implacable railleur! dit le barpn, tu fcTéif Dien fon^pÀrce que tu attaques quelques vices épars de

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rorganisatlon sociale : c'est uu mélier que vingt petits déclamiateurs de Técole libérale ont fait mieux que toi I *— Et c^est un métier qu'ont tué vingt mauvais déci^matei^rs de Técole contraire avec un mot. — Les principes dont tu te fais le défenseur étaient bien faibles s'ils sont tombés devant un mot I — Ob ! c'est que ce mot est tout-puissant dans ton spirituel pays, monsieur le baron I — Et quel est ce mot? — C'est le nnot vieux I Criez à Tbomme le plus en avant de son siècle : Hé I voilà vingt ans que vous nous dites la même chose, c'est usé, c'est ennuyeux, vous rabâchez; et celui que n'auraient pu faire taire les plus habiles, un fat le réduit au silence avec ce grand argument. C'est Vultima ratio des sots. Vos ar;s, votre politique, votre philosophie, y sont soumis. Vingt ou trente ans de durée pour chaque école, voilà le maximum; puis il en vient une nouvelle, et le plus souvent une vieille rajeunie, qui subira la même insultante proscription. Pour moi, spectateur eternei de cette exaltation et de ce mépris périodiques des mômes idées, ne crois-tu pas que j'en doive être singulièrement assommé? — C'est l'effort d'une société qui veut se dégager de ses vieilles enveloppes et qui cherche une issue pour s'élancer, libre et ailéa, dans un plus vaste espace- — Tu te trompes, c'est Textrôme effopt d'un cacçichyme qui veut retrouver la vie. Vieux peuple usé ! vous n'avez plus un seul de ces instincts primitifs qui mènent aux grandes découvertes et révèlent au génie les nouveaux mondes de l'intelligence. Sans cesse obsédés d'un désir de changement qui prouve le mfiliiiae où vous avez mis la société, vous rebâtissez votre vie décrépite avec les débris de tout ce que vous avez renversé; vous refaites de la religion à nouveau avec le Christ aboli par l'Être suprême, de la philosophie spiritualiste à nouveau avec Malcbranche tué par Voltaire, de l'aristocratie à nouveau avec une noblesse rasée par 93, de la peinture à nouveau avec la manière rococo honteusement expulsée parle romain David; enfin, vous, les rois de la mode, vous empruntez votre architecture, vos meubles, vos modes, à l'architecture, aux meubles et aux modes des siècles conspués il y a vingt ans. Si vous laissez naître encore quelque idée forte, c'est pour en prendre la fleur et pour lui dire ensuite : « Tu es vieille et usée, » lorsqu'elle est à peine majeure. Et vous vous croyez vigoureux au milieu de eelte sénilité mal repeinte et mal mastiquée : peuple éreinié, véritable vieillard caduc, auquel il faut, ou les jeunes enfants et leur virginité avortée, ou les courtisanes surannées et leurs baisers «nduiu de plâtre et de vermillon. Pouah 1

Et, avec ^pette dernière exclatnatipn, le Diable jeta autour 4e lui QB si prodigiaQ3( nuage de fumée rougeàtre et flamboyante, que

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Lnizzi en recula d'éponvante. Le lendemain, les jonmanx (ta. département da Loiret disaient qn'une immense clarté ayant para à Thorizon, on avait d'abord craint Fincendie de quelque ferme, mais que les astronomes du lieu avaient facilement reconnu qae cette lueur provenait d'une aurore boréale dont ils venaient d*expédier la description à TAcadémie des sciences pour qu'elle pût Yenregistrer à la ^ite de toutes les aurores boréales observées jusqu*à ce moment.

Luizzi avait été heureusement distrait, par les diatribes du Diable, de la pensée du danger auquel la jeune mendiante allait s'exposer, et il cherchait un moyen de tenir la promesse qu'il avait faite à Léonie par son entremise, lorsqu'il entendit au loin les grelots des chevaux d'une diligence qui venait d'Orléans. Il laissa approcher la voiture et se mit à crier pour s'inlormer s'il y avait une place, dès qu'elle fut à portée de la voix. Contre toute probabilité, la voiture s'arrêta, et le conducteur qui était descenda dit à Armand :

— Allons, vite, là-haut, dans le cabriolet de l'impériale 1 Le baron monta rapidement sur la diligence, et il s'aperçut que le Diable l'y avait précédé. Il allait sans doute chasser Satan, lorsque la troisième personne qui était dans le cabriolet dit tout haut :

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