UN POETE ARTISTIQUE, PITTORESQUE ET MODERNE
— Voulez-vous accepter un foulard pour vous couvrir la tète, monsieur de Luizzi ? car je vois que vous avez oublié votre chapeau à Orléans.
Le baron fat grandement étonné de s'entendre appeler par soa nom. Il chercha à voir celui qui lui parlait ainsi, et il s'aperçut, à la clarté du crépuscule qui commençait à envahir l'obscurité, un., jeune homme de vingt-huit à trente ans, hâve et maigre, portant une barbe en pointe, de longs cheveux mal peignés encadraat avec prétention les contours nobles, mais décharnés, d'un beau visage. Ce jeune homme, s'étant aperçu de l'attention de Luizzi^ continua d'un ton tant soit peu déclamatoire :
— Vous ne me reconnaissez pas, monsieur de Luizzi ? Il n'y ^ pas cependant bien longtemps que nous nous sommes vus. Mats ce temps, qui n'a peut-être compté dans votre vie que pour quel^ ques aimées, a presque mené la mienne à la vieillesse. La pex^^
sée, plus encore que les passions et le malhear, dévaste rhomme avec rapidité : c*est le miroir ardent où convergent tons les rayons sensitifs de Tètre hamain, ponr y produire par la réflection ce feu dévorant qu'on appelle le génie. C'est pour cela qu^ dans mes livres, j'ai toujours écrit le mot réflexion, réflection, par un c et un t^ pour que le monde comprit que le procédé moral du feu créateur est tout à fait analogue au procédé matériel du feu destructeur. — Bien, trèsbien I fit le Diable à voix basse, en jetant un regard protecteur sur le jeune homme et en faisant un mouvement de tôte approbateur. — Ah ! fit Luizzi, vous êtes écrivain? — Je suis poète. — Vous faites des vers ? — Je suis poète. — Et vous me connaissez? — Oui, je vous connais, déclama le jeune homme, et il semble qu'une destinée étrange nous ait poussés Tun vers l'autre en des circonstances où vous seul pouviez me comprendre et où je pouvais vous comprendre seul. — Très-bien, très-bien! répéta le Diable, tandis que le baron se demandait quel pouvait être ce monsieur qui le connaissait. — Pardonnez-moi, lui dit Armand, de ne pas avoir conservé un souvenir trèsexact de la circonstance et du lieu où nous nous sommes rencontrés, et veuillez me dire où j'ai eu l'honneur de vous voir. — Tout ce que je puis vous dire, repartit l'inconnu, scandant sa phrase d'une manière toute particulière, c'est que j'étais en danger quand vous m'avez vu, et que je vous ai retrouvé en danger. C'est que je m'étais dit alors : Cet homme t'est venu en aide et tu lui viendras en aide un jour. Cette parole que je m'étais donnée, je l'ai tenue. En passant à Orléans^ j'ai entendu le murmure sourd d'une conversation, disant qu'une femme avait été enlevée par un homme, que cette femme avait été arrêtée, et que cet homme s'était enfui. Un pressentiment m'a poussé à demander quel était le nom de cet homme, et c'est le vôtre qui a été prononcé. Je me suis dit alors : Le temps est venu et l'occasion se présentera sans doute bientôt, car les choses humaines ne posent pas de vaines prémisses, elles ont toutes leurs inévitables conséquences, et je ne pouvais avoir ainsi entendu prononcer votre nom sans croire devoir vous rencontrer bientôt. C'est le garde-à-vous du destin qui m'avertissait de quelque événement. J'ai donc veillé tout autour de moi du haut de cette voiture, et, lorsque j'ai aperçu un homme sur le bord du chemin, la tète nue sous la fraîcheur de la nuit, je me suis dit d'abord : Le voilà! et j'ai dit ensuite au conducteur : Suspens ta course, voici un homme envers qui j*ai une dette à acquitter. Et il s'est arrêté, comme vous avez pu le voir. Et maintenant nous sommes quittes, baron de Luizzi. Armand avait écouté cette tirade la bouche béante et l'œil tout
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grand ouvert, tandis que le Diable en accompagnait tous les mouvements avec un léger balancement de la tête, ({u^il termina par une pâmoison admirative. Quant à Luizzi, il lui fallut un peu de temps pour dégager le peu de sens qu*il y avait dans ce flux de paroles. I) faisait un travail pareil à celui de Musard, par exemple, cherchant un motif mélodique dans le tumulte compliqué d'un opéra de M. Meyerbeer. Luizzi parvint cependant à deviner à peu près ce que voulait dire le poète; mais, comme le chimiste auquel la difficulté d'une découverte accomplie rend plus désirable encore la découverte qu'il espère, Luizzi, grâce à la peine qu'il s'était donnée pour comprendre le poè'le, devint d'autant plus curieux d'apprendre à qui il devait le service qui lui avait été rendu. Il dit donc à ce monsieur :
— J'ai beaucoup à vous remercier de votre bon vouloir et de votre intercession en cette circonstance. Mais ne pourrais-je savoir à qui je les dois et à quel événement je dois de vous les devoir? — Ëé ! hé ! fit le Diable à cette phrase eniortillée, pas mal, pas mal 1
Luizzi n'eut pas le temps de s'étonner de cette approbation de Satan; car le poëte avait repris, en se tenant toujours sur le ton d'une mélopée chantante et nasale :
— Vous le saurez : l'heure et le lieu où vous devez le savoir approchent ensemble ; il y a un endroit où je vous dirai le secret de noire première rencontre. Cet endroit servira de commentaire à mes paroles. Sa présence les éclairera du jour qui leur convient; alors vous me connaîtrez tout entier.
Ceci était plus clair, et Luiszi chercha à se rappeler quel pouvait être cet homme que le hasard ou le Diable avait mis sur sa route pour le tirer d'embarras. En eiïet, il était fort possible que sans lui le conducteur de la diligence n'eût pas consenti à ramasser sur la route un individu sans passe^port, et, qui plus est, sans chapeau; car l'absence du chapeau est une preuve incontestable de fuite pour une méchante adaire» Un homme peut être sans chemise, sans bas, sans souliers, et n'éveiller aucun soupçon; mais il n'est pas un agent de l'autorité publique qui ne se croie le droit d'arrêter un homme sans chapeau. Le chapeau est la première garantie de la liberté individuelle» Je recommande cet aphorisme aux chapeliers.
Les souvenirs de Luizzi le servaient mai. Le poète s'aperçut de la préoccupation du baron, et reprit :
— Ne cherchez pas, car vous pourriez trouver, et^ si vous trouviez, je n'aurais rien à vous dire. — Beau! très-beau! marmotta le Diable. — Non, reprit le poëte, je n'aurais plus rien à vous dire, car vous ne pourries plus me comprendre.— Il me semble, au
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contraire, dit Lnizzi, qu'un sQuyemrnci {tant noire i me. pareille conOdence. — Vous vous trompez, car vous vqu» représenteriez l'homme que vous avez connu ou plutôt que vous avez cru connaître, et vous le jugeriez alors selon votre ame et non selon la sienne, t^uis, 'quand il viendrait vous dire : Voilà qui je suis» votre pensée flottac^te entre le rêve de vos opinions et la réalité de sa vie resterait un moment suspendue entre eux pour tomber ensuite dans le doute ^ ce grand abime au fond duquel le siècle se débat.
Satan paraissait ravi; mais cela dépassait de beaucoup la portée de Luizzi, et il fit comme fait quelquefois le public, qui, s'étant donné beaucoup de peine pour comprendre les premières scènes/ d*un drame, le laisse aller ensuite à sa guise et attend un insiant favorable pour deviner, si c'est possible, le sens de ce qu'on lui représente. Cependant le jour s*était tout à t^ii levé et le soleil se montrait au bord de l'hori^^on, qui était to.ut chargé dB vapeurs. A ce moment le poète tira sa montre e| la cQns^alta, puis il s'écria d'an air de triomphe :
— J'en étais sûr! — De quoi? fit Lnizzi. — De la vanité de cette chose qu'on, appelle science. — Et qu'est-ce qui vous donne cette opinion? — Ahf bien peu de chose en vérité; mais un instinct secret, une révélation de la pensée m'avait dit que ces hommes qui ont prétendu remplacer l'idée par Texpérience* Isi pensée par le calcul, berçaient l'ignorance populaire de contes absurdes et faux, sur lesquels ils ont basé une réputation qu'il est temps de saper, pour donner enfin les premières places aux hommes d'imagination. — Et, dit Luizzi tout surpris de ces paroles, en quoi ce lever du soleil vous semble-t-il accuser la science d'absurdité et de fausseté? — En quoi? mais en un misérable fait,, le plus vulgaire de tous, un fait sur lequel il semble que l'expérience des siècles ne devrait laisser aucun doute. — Mais lequel? — Sur l'heure précise du lever du soleil. Voyez, dit-il en lui montrant l'heure de sa montre et Theure indiquée sur un calendrier, elles diiïèreut entre elles de près de dix minutes.
Toute la reconnaissance de Luizzi pour le bon otice de ce monsieur ne put tenir contre cette réponse, et il se laissa aller à rire, tandis que le Diable s'inclinait profondément devant le poète.
- Vous riez. Monsieur? dit celui-ci, et, dominé par la foi stérile du siècle dans la science matérielle, vous vous refusez à reconnaître ses erreurs dans un de ses détails les plus infimes? — Je vous demande pardon, reprit Armand toujours en riant, mais, erreur pour erreur, j'aime mieux croire à celle de nos astronomes. ^ Ceci est un chronomètre excellent, dit te poé'ie, et qui ne varie pas d'une seconde en un an. ~ Vous avez pour votre montre une
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prétention qpï est un grand hommage à la science, dit Lnizzi courtoisement. — C'est que je fais une grande différence. Monsieur, entre la science qui s'appuie sur des chiffres et celle qui s'appuie sur des faits physiques. — Mais, reprit Luizzi avec la timidité d*aii homme qui a trop raison et qui ne peut se décider à montrer à un autre homme toute la portée de sa bêtise, mais le lever du soleil est un fait physique. — Sans doute, s'écria le poète, mais c'est un fait physique très-mal observé, car enfin ce chronomètre est exact Commeni la science s'accommode-trclle de cette différence? — Supposez, dit Luizzi, que votre chronomètre, réglé sans doute à Paris, marquât exactement Theure qu'il doit être à quelques lieues d'Orléans, ce qui n'est pas précisément vrai ; il y aurait une explication bien plus simple à donner à la différence que vous remarquez, c'est que le soleil n'est pas levé. — Hein? fit le poète de l'air d'un homme qui vient de recevoir une insulte, ceci est une plaisanterie de mauvais goût, Monsieur. Je vois le soleil, ce me semble^ — Oui, Monsieur, vous le voyez, et il est cependant au-dessous de l'horizon.
Le poète se mit à ricaner d'un air superbe et reprit :
—Et la science explique cela, sans doute? — Parfaitement. C'est un effet de la réfraction. — Réfleclion, vous voulez dire? — Non, réfraction, Monsieur. — Connais pas, dit le poète en reprenant son lorgnon pour regarder le soleil, et il continua : Je vois ou je ne vois pas, voilà tout. Ce qui m'étonne cependant, c'est que la science, cette duperie de tous les siècles, ait osé nier les plus simples miracles du moyen âge, lorsqu'elle prétend prouver que je ne vois pas ce que je vois. Mais tenez, Monsieur, ne parlons plus de cela. J'ai là-dessus une opinion arrêtée, une conviction Intime, c'est pour moi une affaire de conscience, je ne suis pas convertissable. — Mais quel est ce monsieur? dit Luizzi tout bas à l'oreille du Diable. — C'est une sommité littéraire et artistique, un homme d'art et d'imagination. — Mais ou n'est pas d'une ignorance plus crasse. — C'est comme cela, fit Satan l car vous devez savoir qu'en style moderne le génie étant un aigle, il est prouvé que la science est une cage.
La conversation demeura un instant suspendue. Luizzi ne se entait aucune envie de la reprendre, lorsque le poète, qui s'était absorbé dans un lorgnement indéfini du soleil, s'écria :
— En vérité, voilà qui est nouveau et étrange ! — Quoi donc? C'est que personne encore n'ait compris poétiquement le lever du soleil, n^D-seulement avec son doux sourire et sa chevelure de nuages, mais encore avec sa peusée immense qu'il envoie à Tàme sur ses rayons d'or où elle glisse rapide comme un char sur les
rainiures d'un chemin de fer. — Vous avez raison, Monsieur, s'é«^ cria te Diable, et c'est ce qui a fait dire à Shakspeare ces deux Yers sublimes :
Quand od fut toujours Tertueux^ Oo aime h Yoir lever ^aurore.
Luizzl, qui se rappela cette bonne romance tirée de Toperacomique de Montano et Stéphanie, se détourna pour ne pas éclater de rire au nez du poète, tandis que celui-ci prenait un air d'admiration exaltée pour dire à Satan, qui avait tout à fait l'air d'un bonhomme :
- C'est yrai, cela. Monsieur ! Ah 1 ce Shakspeare a des idées à lui, des pensées de fer rouge, qu'on dirait trempées dans les larmes d'une jeune fille. Est-ce que vous faites une traduction de Shakspeare? — Non, mais j'adore Shakspeare. — Et vous avez raison, car c'est là le seul poète, et ces quelques mots que vous venez de citer ont cette saveur douce et amère du chantre anglais qui se fait reconnaître partout et par tous. Aussi c'est qu'il est venu dans un temps où la poésie était possible, dans un siècle de fer et de soie, d'acier et de velours, de grands combats et de légère courtoisies. Aussi a-t-il été grand et fécond parce qu'il avait de l'espace pour mettre au monde les géants enfantés dans sa pensée. — Mais il me semble, dit Satan, que le monde est aussi large aujottrd*hui qu'autrefois et que la place ne manque pas aux géants? — Et où voulez-vous que s'attache la poésie dans ce siècle de petites choses égoïstes? quelle œuvre un peu sérieuse est possible en présence d'un peuple qui a concentré sa vie dans les intérêts matériels de son existence? —Mais je crois, dit le Diable, que les intérêts matériels ont toujours joué un rôle considérable dans l'existence humaine? — C'est possible, reprit le poète, mais les hommes des siècles passés avaient en même temps des passions grandes comme eux. Tout est/apetissé aujourd'hui à la taille des petits hommes du jour. La société est un vaste vaudeville dont le chœur est au Gymnase. — Adressez-vous alors aux siècles passés, et «aites de la tragédie. —De la tragédie romaine? fit le poète d'an air de mépris. — Non, de la tragédie française. — La tragédie est impossible sans religion et sans fatalité. — N'avez-vous donc pas une religion et une fatalité? — Religion ai fatalité auxquelles le peuple ne croit plus. — Suivez alors le précepte d'Horao, et représentez les faits de votre histoire, facta domestica. — Monsieur, dit le poète, Horace fut un très-galant homme, que je respecte fort, mais que je n'écoute guère. Il me fait l'efi'et d'un «ncie de comédie qui ne donne que des conseils et pas d argent
à son coquin de nerea : €*est vieax et inutile, et je m'en passe. La seale chose qai puisse être encore dramatique , ce sont les scènes enfouies dans nos vieilles chroniques et dans nos légendes. Il sembla à Luizzi que le facta domestica dHorace ne voulait pas dire autre chose que c'é que prétendait ce monsieur, mais il le connaissait déjà assez pour comprendre quMl méprisait Horace aa même titre qu'il admirait Shakspeare. Il s'aperçut aussi que le poète avait un certain nombre de mots dont il pavoisait les choses comme si elles changeaient de sens parce qu'il en variait rappellation. Ainsi pour lui le fait le plus palpitant raconte par Thistoire était vieux et plat, mais la dernière niaiserie revêtue du nom de chronique lui semblait d'un prodigieux intérêt. Luizei écoutait, tandis qu'il reprenait :
— S'il faut vous dire le véritable but de mon voyage^ il n'est autre que d'étudier notre histoire nationale sur les lieux et dans les souvenirs populaires de chaque contrée, où elle est véritablement écrite avec tout son pittoresque et toutes ses vérités. — Voilà un projet admirable! lui dit le Diable^ et vous avez sans doute commencé vos observations? ^ Oui, fit le poète d'un air indliïérent, j'en ai déjà recueilli quelques-unes. — La place que voas avez prise sur le haut de cette voiture est excellente pour cela, dit le Diable.
La raillerie était assez grosse pour qu'elle étonnât le grand homme lui-même; mais, ayant considéré celui qui lui parlait, il lui trouva un air si candide qu'il ne pensa pas pouvoir s'en fâcher. Satan continua :
— On voit de loin ici. — Et de haut, repartit le poète avec une sublime intrépidité de sottise. — Ma foi! je suis ravi de votre manière d'envisager l'art, repartit le Diable ; et^ puisque le hasard me met en rapport avec un homme dé pensée et d'intelligence, je m'estimerai trop heu roux de l'aider dans sa glorieuse entreprise et de lui raconter quelques-unes des histoires singulières de ma contrée, car je suis du pays. — Cela doit être curieux! fit le poëiè avec dédain. — Je ne sais si l'histoire est curieuse en elle-même, mais elle esi tout au moins intéressante pour certaines gens.
Le Diable prononça ces paroles en les adressant du regard au baron, qui reprit aussitôt :
— 11 s'agit donc d'une histoire contemporaine? — Pas précisément; mais il est telles personnes dont le nom remonte assez haut pour qu^elles écoutent certaines vieilles histoires avec un vif intérêt. — Est-ce une légçnde ou une chronique? dit le poète en se posant en auditeur nonchalant. — C'est une chronique, dit Satan, en ce qu'elle a des faits qui appartiennent à ta vérité matérielle et
Tîsible; c'est aussi une légende, car le Diable s'y trouve môle. — Vrai ? dit le poète en souriant, cela peut être amusant. — Je dispense Monsieur de nous les raconter, dit le baron, qui craignait tomes les révélations du Diable, de quelque date qu'elles pussent être. — Mais moi, je l'en prie.
La colère de Luizzi contre le Diable fut sur le point d'éclater; mais, espérant pouvoir échapper aci récit de Satan et décidé à profiter du premier moment où ils seraient seuls pour s'en débarrasser, il se jeta dans le fond du cabriolet pour ne pas écouter.
Cependant le narrateur ne prenait pas la parole.
— Eh bie»l Moesieuf, s'écria le poêle, voire histoire, ne vous la rappelez- voos plus? — M*y voici. J^attendais, pour la commencer, d'avoir tourné Tangle de la route, afin de pouvoir vous montrer le théâtre de ravenlure que j'ai à vous raconter, et qui, je le crois, traitée par un homme de votre génie, pourrait faire une tragédie passablement sombre. — Vous voulez dire un drame historii|4]6, mon cher Monsieur? Mais où est donc, reprit le poêle, le tbéàire de eette histoire que vous dites destinée au théâtre?
Le Diable étendit la main dans la direction d'une petite colline qni s^éievait aune distance assez rapprochée de la route.
-* Voyez-vous, di4-il, au sommet de cetle petite hauteur escarpée, quelques larges pierres circulairement placées et qui semblent avoir été la biise d'une vaste tour? —Je les vols parfaiiemeut, dit le poêle. — Ëh bien ! reprit Satan, c'est tout ce qui resle de Tantique château de Roquemure. — Le château de Roquemure I s'écria Luizzi en bondissant â sa place. — Vous en avez entendu parler. Monsieur? dit Satan du ton d'un honnête bourgeois qui va raconter une anecdote de société. — Oui, dit Luizzi, et je serais curieux de savoir quelle histoire vous avez â raconter â ce sujet. — C'est celle de sa destruction.
Le baron examina auentivement Satan, qui, s'enveloppant dans son manteau, ne parut pas remarquer le regard ijaterrogatear du baron, et commença ainsi
m LES MEMOIRES DU DIABLE.