LB ROMAN D UNE HEURE
A peine forent-ils seuls que la comtesse se lOva et poussa un yerron qui fermait la porte en dedans, puis elle se tourna vers Luizzi. Une résolution folle et terrible éclatait sur son visage, elle se posa en face d'Armand et lui dit :
— Eh bien, monsieur le baron, que comptez-vous faire?— Rien pour moi. Madame, dit le baron, tout pour vous. — Ce n'est pas répondre. Monsieur; nous ne pouvons nous sauver Tun et Tautre sans nous perdre d'honneur Tun et Tautre. Nous ne pouvons sortir d*ici, vous qu'avec la réputation d'un lâche, moi qu'avec le renom d'une femme perdue. Voulez-vous sacrifier votre honneur? -— Oseriez-vous me sacrifier le vôtre? — Il ne s'agit pas de moi. Monsieur, la position n*est pas égale : moi je ne puis plus vivre ou mourir que déshonorée ; mon mari ne peut exécuter impunément le crime qu'il médite, qu'en m'accusant d'un adultère qu'il aura puni par un assassinat commis sous la protection de la loi. Vous... TOUS avez une meilleure chance, voire mort ne vous déshonorera pas... ce ne sera pas pour vous une honte d*avoir été mon amant
Luizzi ne répondit pas d'abord : tant les idées que sa position faisait naître en lui se heurtaient sans ordre dans sa tète I
— Vous ne me répondez pas. Monsieur? dit la comtesse ; voulezvous écrire ces lettres? — Non, dit Luizzi, je n'achèterai pas ma vie au prix de votre honneur. — Dites plutôt du vôtre, reprit la comtesse en regardant Luizzi attentivement. — Gomme il vous plaira. Madame, repartit le baron : je n'achèterai pas ma vie au prix de mon honneur. — Il faut donc mourir, dit madame de Cemy en baissant la tète, mourir innocente... innocente et déshonorée...?
Le baron regarda alors la comtesse qui s*était jetée sur un siège,