LB CHATEAU DE RORQUEROLLES
Lorsque le baron Vevint à lui, il était dans le château de Ronquerolles, dans cette même chambre où, dix ans' auparavant, il avait accepté son pacte avec le Diable. 11 était seul. Cette fois, il ne fut pas obligé de chercher le souvenir de son passé ; il se représenta à lui, vif, ardent, et comme si ces trente jours qui ve-
naieni de s'écouler n^avatent pas duré une minute. Oao!qu*îl eût douze heures ilevant lui, il se hâta d'appeler Snran et il lui dit :
— A nous deux, maintenant! Mon choix est fait. — Je l'attends, reprit le Diable; et, aussitôt que la m'auras dit ce que tu veux, tu Fauras. Ce sera ensuite à toi à être heureux, si tu le peux. — Tu yas le savoir, lui dit Luizzi; mais, auparavant, il faut que tu me dises comment mon innocence a été reconnue, afin que je ne reste pas dans le monde aveo celte ignorance qui a failli déjà m*êlre si fatale. — Tu es resté en prison dix jours; en voilà vingt qu'on fa transporté ici. Tout ce temps, tu es resté dans un état d'imbécillité qui fait que personne ne s'étonnera de ce que tu as perdu le souvenir de tout ce qui s'est passé à celle époque; car on n'a pas de souvenir quand on n'a pas d'idées. — Mais pourquoi suis-je sorti de prison? — Parce que Donezau a été reconnu pour l'assassin du comte de Cerny; il a été retenu sur le témoignage de Jacques Bruno, qui, poursuivi pour le meurtre de Petithomme, avait échappé Jusque-là à la vindicte publique. Traduit en jugement pour un vol qu'il avait commis sur la grande roule, iï avait caché son nom pour qu'on ne reconnût pas en lui l'assassin du chouan 'Peiilhomme. Donezau a eu la maladresse de le reconnaître pour Jacques Bruno, et celui-ci s'en est vengé en le reconnaissant pour l'assassin de M. de Cerny qu'»l avait vu tirer sur le comte du taillis où il se tenait caché. — Knfln, reprit le baron, le crime est arrivé à son juste châtiment, le vice a trouvé sa récompense! — Tu crois? dit le Diable avee une expression indicible ; si c'est cette persuasion qui t'a dicté ton choix, regarde 1