COSI FAN TUTTE
— Voyorts, voyons, dit Armand.
Et ]^ex-notài're commença ainsi :
— Comme vous le savez , ce mariage eut lieu durant les ceht-jours. M. le comte de Cremancé , père de mademoiselle Lucy , avait fait comme tant d^aulres nobles , je suis' bien fftché de le dire devant monsieur le baron , et s^ était
dévoué tout entier au service de ce gueux de Bn-O'^iarpar'té .
{ Nous écrivons ce nom de la manière qu'on vient de voir , pour montrer comment le prononçait M. Fayna}.)
Or, quand il revint de Tarmée, en 181>4, après la chute de ce brigand de Bu-o-na-par-té ^ il trouva que sa femme, qu'il avait laissée à Toulouse pour faire les honneurs de sa maison pendant qu'il allait faire la guerre avec Tusurpateur, avait pour habitude de recevoir tous les jours M. le marquis du Val. Le général Gremancé, car il était devenu général au service de cet infànle Bu-tHM^ar-te , demanda à sa femme ce que le marquis du Val venait faire si souvent chez elle. Madame de Gremancé , une créole qui n'avait peur ni de Dieu ni du Diable quand il lui prenait faptaisie de quelque chose , mais qui avait une grande peur de M. de Gjremancé son mari, parce qu'il lui aurait rompu les jambes et les bras, ipimédiatement et tout de suite, s'il s était douté , pendant une seconde seulement, de ce que le
marquis du Val venait faire eliee lui*> oiadaine de Cremancé répoodit donc à la quefttioû du général, que M. du Val venait ' tous les jours dans sa maison [^our faire la cour à mademoi-^ selle Lucy. « -
-— Puisqu'il y est venu pour eela tout Ifs jours , répondit le général . il y est venu t^op souvent pour qu'il ne l'épouse pas.
Dans le premier moment , ça ne fit pas gn9^ effet à madame de Gremancé , parée qu'elle s'imagina qu'avec un peu d^ càlinage et de cajolerie elle ferait revenir sou mari de cette résor Lution. Mais le mari était entêté cocniue un eue gris , et méchant comme un âne rouge; il- avait dit : Le marquis du Val épousera nua fille, elil fallut bien qu'il l'épousât. Madame de Gremaucé n'y eonseuttt qu'en apparence, parce qu'aie était encore très-amoureuse du marquis jamais celui-ci y consentit tout à fait , attendu qu'il u'^.tait plus amoureux de madame de CreowiQOjé.
Cependant il joua assez h\$fï la comédie pour faire croire à la mère qu'il n'épousait sa fille qu^ pour sauver son honneur.
était 8» to«ublée quleUe. œ voyaii pas la .)>lace
OÙ -elle devaitécrtre , et que sa maiii laissa deuK
fois tomber la plume aTant de pouvoir is-en
servir.
Voii^i cofltuneut noua étions poaés : j'étais assis devant lateble , sur laquelle je rangeais les contrats ; le marqua était avec Lucy dans Tenibrasupé divine a*oisée ^ et semblait a^exeoser de devenir son mari , tandis ^ue la pauvre fille ne pouvait a^nspéeber de pleurer ; à Tautre œin du salon , Barnet expliquait ftinadame de Gpemaneé les avanta^ énormes ^u% ce contrat assurait à aa fille, tandis que celie-oi, au lieu de réeouter, tenait ses yeux ardents fixés sur sa fitte et son futur gendre.
Comme j ^observais l^expression sinistre de son visage, je la vois quitter soudainement M. Barnet et a'>éiaDeer vers te marquis , à qui elle arrache la main de sa fille dont il s^était emparé^ en lui disant :
*-r Vous mentcR, iiunsieur , vous mentez , vojas n'aimez pas «ette fille , vous ne pouvez pas Taimer, ou vous éles un infâme.
DU INABLË.; i»
-^ Je l'aime Irc^i^tTiolenuDeDUemarquifi
— Eh bien I si tu l'aimes , n^rit madeine de Cremanoé , tu ne Tépouseras pas. . . : t.
•^ le vous jure qae je Tépottlerai . ^ i.
-^ Tunei^'épouaeraa pas , repartit madame de Glremancé, arrivée è un 'état d'e&aspénitîoii.qtti tenait de la folie, tu ne Tépouseras pat 1 Ma fiUe, reprit-elle en s'adreiMant à la .tnenïbiante Luof ) regfardes bien cetbemme , eetiionimeia été inon amant , eet bomme a été llamant de votre mère , voulez-vouB en faire votre n)arî?
Tout cela fat l^effirire d'un véetair > et noaa noua regairdioBa, Barttetfet oiei , •éptravaaiésde œ que nous venioB» d'entendre, 49|uand uoiiê vîmes la malheureuse Lucy tomber aux genous de sa mère, eil lui criant : . '<
— Madame, madame, ne dites pas oela ^ d'«utre8 que moi pourraient veus ^entendre et vous croire. Mon père powraît ivèus enèendre.
-— Eh bien I qu'il vienne et qu'il m'entendes répoédit madame deGrëmaneé ,!q«'ilivieaMie et qu'il me tue I car si cet homme est assea infâme pour vous épouser ,^ vous ^ma Itlk , assez iii>-
DU INABLË.. Î3»
•^ Je l'aime I repailiiTioleiiiaieiitie.inarquiii
— Eh Uen I si tu ràimes , reprit itiacieine cb Cremancé , tu ne répouaeras pas. .
•^ ie vous jure que je Téponaerai.
•^ Tunei'épouserM pas, repartit mariéme dé Gireinaneé, arrivée à un "ètatd'eoLaspérotioii. qui tenait de la folie, tu ne Tépouseras paslAla fille ; reprit«eUé en e'udpeëaant à ta 4renàl)lente Luey , regaj^es bieq cetbamme, eetiiommei^-a été mon amant , cet Iromme a • été Tamant 4m votre mère , voulez- vous en faire votre tùvri?
Tout cela 'fut l^ettrire d'un ^éelair, et ikmib nous rei^airdîons, Barsiel'et oaei , «épcnivastéi de ce que nous venions d'entendre , x]vand noiis vîmes la mallieureuse Lucy tomber aux genous de sa mère , eil lui criant : . * t
— Madame, madame, ne dites pas cela '; d^tutres que moi pourraient vous entendre et vous croire. Mon père pourrait fvèua mitendre.
— Eh bien 1 qu'il vienne et qu'il m'entende, répoiidit m&daiiie deGrèm»ncé,!qu'ihvienne et qu'il me tue I car si cet homme est assea infâme pour vous épouser , "et vous y ma^ ItBe , «ssee in-
134 LË^ MEMOIRES
dévoué tout entier au service de ce gueux de Bu-O'narpar'ié .
{ Nous écrivons ce nom de la manière qu'on vient de voir , pour montrer comment le prononçait M. Faynaj.)
Or, quand il revint de Farmée, en 181>&, après la chute de ce brigand de Bu-o-na-par-té , il trouva que sa femme, qu'il avait laissée à Toulouse pour faire les honneurs de sa maison pendant qu'il allait faire la guerre avec r usurpateur, avait pour habitude de recevoir tous les jours M. le marquis du Val. Le général Cremancé, car il était devenu général au service de cet infftoie Bur(HMtfarM , demanda à sa, femme ce que le marquis du Val venait faire si souvent chez elle. Madame de Cremancé , une créole qui n'avait peur ni de Dieu ni du Diable quand il lui prenait fantaisie de quelque chose , mais qui avait une grande peur de M. de Cjremancé son mari, parce qu'il lui aurait rompu les jambes et les bras, ipimédiatement et tout de suite, s'il s'était douté , pendant une seconde seulement , de ce que 1^
DU DIABLE. ftSS
marquis 4ju Val venait faire eiiee lui^ Biadame de Cremancé répoodit donc à la queaiioû d»
général , q»e M. du Val venait toua les jours dans sa maison pour faire la cour à mademoi^ selle Lucy. , i : :
— Puisqu^il y est venu pour Cela tout If s jours , répondit le général . il y est veuulrop souvent pour qu'il ne Tépowe paa.^
Dans le premier moment , ça ne fit pas g^iàé effet à madame de Cremancé j parée qu'elle s'imagina qu'avec un peu d# cftlinage et de cajolerie •elle ferait revenir soa mari de Ci^tte résQr Lution. Mais le mari était entêté comme un âne gris , et méchant comme un âne roiige; il avait dit : Le marquis du Val épousera ma fille, et il fallut bien qu'il l'épousât. Madame de Cremancé n'y consentit qu'en apparence, {>aree qu'elle était encore très-amoureuse du marquis ^^ m«i/8 celui-ci y consentit tout à fait , altendp qu'il n'^.tait plus amoureux de madame de Creimncjé.
Cependant il joua assez bifn la comédie pour faire croire à la mère qu'il n'épousait sa fill^qn^ pour sauver son honneur.
iU LES MEMOIRES
dévoué tout entier au service de ce gueux de Bu'O'narpar'ié.
{ Nous écrivons ce nom de la manière qu'on vient de voir , pour montrer comment le prononçait M. Faynaj.)
Or, quand il revint de Farmée, en 181>&, après la chute de ce brigand de Bu-o-na-par-té , il trouva que sa femme, qu'il avait laissée à Toulouse pour faire les honneurs de sa maison pendant qu'il allait faire la guerre avec Tusurpateur, avait pour habitude de recevoir tous les jours M. le marquis du Val. Le général Cremancé, car il était devenu général au service de cet infftoie Buro-wj^ar-té , demanda à sa femme ce que le marquis du Val venait faire si souvent chez elle. Madame de Cremancé , une créole qui n'avait peur ni de Dieu ni du Diable quand il lui prenait faptaisie de quelque chose , mais qui avait une grande peur de M. de Cjrea^ancé son mari, parce qu'il lui aurait rompu les jambes et les bras, ipimédiatement et tout de suite, s'il s'était douté , pendant une seconde seulement, de ce que 1^
DU MABLE. ftSS
marquU da Val venait faire cliee Iwy madiHfne de Cremancé répoodit donc à la question d»
général , q»e M. du Val venait toua les jours dans sa maison pour faire la cour à mademoin seUe Lucy. » :
— Puisqu'il y est venu pour Cela tout les jours , répondit le général . il y est venu Irop souvent pour qu41 ne Tépowe pas^
Dans le premier moment , ça ne fit pas gm^ effet à madame de Cremancé , parée qu'elle s'imagina qu'avec un peu d# câlinage et de cajolerie •elle ferait revenir soa mari de Ci^tte résor lution. Mais le mari était entêté comme un âne gris , et méchant comme un âne r4>uge; il avait dit : Le marquis du Val épousera ma fitle^, et il fallut bien qu'il l'épousât. Madame de Cremancé n'y consentit qu'en apparence , 4>aree qu'elle était encore très-amoureuse du marquis ^^ . mai^ celui-ci y consentit tout à fait , altendp qu'il n'itait plus amoureux de madame de (IrençiQncjà. Cependant il joua assez bj^n la comédie pour faire croire à la mère qu'il n'épousait sa fill^ qu^ pour sauver sou honneur.
< Tdntqae la comtesse fut daiis cette croyance ^ elle laissa aller les choses , elle les aida inéme , car elle chassa de chez elle M. de Sérac , à qui elle avait déjà promis la main de sa fille en Tabsencedu général; et, malgré les désespoirs de mademoiselle Lucy, elle la força à accepter un mariage que la pauvre enfant détestait , sans toutefois prévoir combien il la rendrait malheureuse.
• Cependant les choses marchaient^ et Ton arriva au jour de 1» signature du contrat. Il paraît que ce jour-là madamede Cremancé s^était aperçue que ce qu'elle croyait un sacrifice de là part do marquis était un véritable bonheur |iowr lui; il paraît qu^elle Tentradit parler à rtiadèmoiseile Lûûy d'un ton où il y avait plus dMmeur qu'elle lï'en avah jamais inspiré à son amant. Et pourtiant , il n'y avait pas moyeti de rompre : lesparents, les témoins étaient invités des det]!x côtés , lés contrats étaient passés , et \e éôir on devait en fal1% la lecture en présence des dëuii^Tanfiitles.
Je vivrais cent ans que je me rappellerais ce
jour comme s'il était d'iiier. Celait dans iegrand salon de.l^Jiotel de. M. de Cremancé. Toute J» famille était en cercle y le général an milieu , étendu sur une chaise longue ; car il avait été pris, d'une violente attaque de goutte, et il lui fallut un grand courage pour quitter. son lit et venir assbter à la lecture du contrat Mon con-' frère Barnet jfit cette lecture qui n -était que de pure forme , et aussitôt qu'elle fut achevée les mariés signèrent, le général , sa femme et ses parents après eux*
A peine le général : eut-il apposé sa signature au bas du contrat, qu'il s^excusa sur sa santé; quatre domestiques le portèrent du rezrdechaussée au premier étage , où était sa chambre à coucher. Immédiatement après , les parents se retirèrent , et nous restâmes seuls daos le salon^, madame de. Cremancé , sa fille, .le naarquis, mon colique Barnet et moi.
Pendant toute la soirée, madame de Cremancé n'avait pas prononcé un seul mot; mais j'avais remarqué que son regard semblait égaré comme celui d'un fou : lorsqu'elle avait signé, elle
était 6» («oubiée qùleUe. oe voyiiiit pas la ,place
oA-eUe deyaituécrire , et qu« sa niaia laissa deux foin tomber la plome avfiiiit de poQvoir iS'en servir. ■ - ■.*■-..,.
-^Voidf cofûœetit noua étions^ pœés : j'étais assis devant la teble , auriaquelle je rangeais les eootrata; le m&rquis était avec Uicy daas l^embmaui)è d'^ne croisée y et semblait e^'exeoser de devenîi?. son mari , tandis «que la pauvre fille ne pouvait s^nspécber de plein*er ; à Tautre 'Coin du salon , Barnet expliquait taïadame de Gremancé les avantages énormes i}u^ ce contrat assurait à aa fiUe, tandfsque celle-ci, au Heu de réeoQter, tenait ses yeux ardents fixés sor sa fiito et son futur gendre.
Comme j ^observais t^expretaion sinistre de son i^sage , . je la vois quitter soudainement M. Bomet et s^<élaneer viens le marquis, à qui elle arrache laniain de sa fille dont il s^était emparé., en 4ui disant : v
^ Vous mentei^, uioBsieur , vous mentez , vojQs n'aimez pas «ette fille , vous ne pouvez pas raimer , ou vous êtes un infâme.
DU INABLË.v i39
-^ Je l'aime I repailiiTioleiiiaieiitie. marquis j
— Eh UenI si tu- l-àimes, reprit itiacieinecfai Cr emancé , tu ne répouaeras pas.
•^ ie vous jure que je Téponaerai. * .
•^ Tunei'épouseras pas, repartit madame de Glremaiicé, arrivée à un^ètat d^eoLaspérotîoii.qtti tenait de la folie, tu ne Tépouseras pasl Ala fille , reprit-elle en a'adreëaant à ta 4renfl)lente Luey , regardes bien oethamme , eet^bonimei a été inon amant , cet Iromme a été Pâmant 4m votre mère , voulez-vous en faire votre mari?
Tout cela fut IWfirire d'un ^lair, «t ikmib nous rei^airdîons, Barmel'et moi , épouvastéide ce que nous venions d'entendre , x]vand noiis vîmes la mallieureuse Luey tomber aux genous de sa mère , eil lui criant :
— Madame, madame, ne dites pas cela'; d'mtres que tnoi pourraient vous ^entendre et vous croire. Mon père poBrrait ivôua miiendre.
— Eh bien 1 qu^il vienne «t qu'il m'entende, répondit madanàe de Grémancé ,.'q«'îlivimne et qu'il me tue I car si cet homme est asses infâme pour vous épouser , >et vous ,ma fiik , «ssee in-
fâiD6<pour yi emsentir, éh :bien1 lui, du mokis, ne p<»?inettra pa8' cet abominable ineestêV
On eût dit que sonrsang de créole était monté à. la tôle de cdtétfemme ; car elle paraissait ivre de col^ :e(de jalouçie^ EUe se tourna alors vers le marquis^ et lui dit d^un^ voix pleine de rage.: • .:-<.■ ; ■ .• ." ■ r . ■:
, — Tu Faimes, ; di84u , OHsérable et ingrat ! tu Taimea^ mais elle ne t'aime pas ^ eUe:, dumoinsl die en^BÎme un autre, auquel elle se donneàra comme je>me suis donnée à toi^'elleén aime un auti^ quitedléslionorenif je '«^espère, comhfie. tu m?a8 fuit déshonorer mon mari. El|é aime M. de Sérac. Prends garde, prends garde à lui!»: • • • . !•■'
£t elle continuait ainsi à accabler le marquis de reproches >£urieux., tandia.queiCeluiH^i s'efforçait vaitteme&t de la oalmer, et que sa fille , retombée, à. terre y poussait d^ffreux sanglots et de sourda gémissements.
Nous nous étions retirés, Baraet et moi , tout à fait à F^itrémité du salon .pour être le moins possible^témoinsde cette déplorable scène.
DU MABLË. 141
Nous élioDS déjà même résolus à essayer de nous échapper, pour, ne pas courir le danger de voir des gens > si puissants ; rougir : deyant nous , lorsque: madame^deCreiliancé^qui , jéîpuis VaU tester, était véritabkmenti devenue folle, saisit le bras du marquis, et renlraina aveo force en s^écriant.:
1 -r*Viena, viens , il faut que moo mari nous voie ensemble y il faut que je lui dise 1» vérité devant toi..
A ce moment même , 4a porte du salon s'ouvrit.et legénikal parut. Jene sais si qudqu^un de,;V0U9 Ta connu ^ mais il était imposaible' de supporter sans baisser les yeu ce regard teroe et froid qu'il semblait appuyer sur vous lors*qU' il voua pariait. Enveloppé ^d'une longue robe de chaoïbre rouge ^ avec ses longs cheveui tout blancs et ses longuea moustaches blanches , il nous fit Teffet d^une. apparition : c-était comme le fantôme de la mort qui. vient quand on rappelle avec de certaines paroles. Il s'arrêta sur le seuil de la porto., et dit d'une voix basse, mais dont je n'oublierai jamais Tacoent :
-r-r Que 86 pas8e-4-il donc ici ?
U le demandait,: et il avait son épée n^e à la niaifi , oubUant t]iiie c'était assez dire qii'il le sauvait Sa fiUe courut à loi, en lui criant :
-r- QÉkoe y grâce , mon pèi^el!
Le généf al se^ pencha yers elle , et d^une Tt)ix dont rien ne peut vous faire comprendre la sup* pUanta et. cruelle eipresaion, il répondit à la «pauvre Lucy i > ■
— Grâce pour vous, u^est-ce pas, Lucy?
grâce pour vous , n'estrce pas , ma < fille? parce que v^us: asTez. im autre amour dans le cœur, et ^e yQua i^vez pisur que votre père ea soit irrité'! niais je. sais quc^eet amour est innocent, H ja voji^ le pardonne. : car a'il avait éii coupable , si'.cat amiour avaitdù laisser planer le plus léger SQup9W. ^ur rbonneur d'une femme qui porte qfioniioiiij j'wrais tué cette feinme, je la tuerais À linâtant méine.
. Et ea proqcNDçant ces mots, le général fit quelques pas vers, mada^ne de Cr^mancé; Luey se jeta aU'^evant de lui ea lui criant :
— Mon père , mon père , mon père I grâce !
Et son père liri répondit eu la recei(|int dans ses bras , et d^une voix douce mais désolée :
— Oui , ma^fille , je vous aurais tuée si vous aviez déshonoré le nom de Gremancé , et comme je ne veux pasque ce nom soit déshonoré...
' — J^épouserai le marquis du Val , répondit Lucy y en tombant à genoux devant son père.
— Merci, ma fille, dit le général en laissant échapper son épée ; puis , se tournant ver^ nou«, il ajouta d'une voix calme : — A demain, mes* sieurs , je vous invile à la cérémonie.
Nous étions à peine à quelques pas de la porte du salon , que le général fut pris d'une douleur si violente à la poitrine qu^on fut obligé de le coucher en toute hâte sur des matelas , et qu^on ne put le remonter chez lui.
— Et le mariage se fit le lendemain ? dit Loizzi.
— Le mariage se fit le lendemain , repartit Tex-notaire. Deux jours après M. de Gremancé était mort, sa femme avait quitté Toulouse; et le jeune Sérac était entré dans un séminaire pour se faire prêtre.
dévoué tout entier au service de ce gueux de Bu-o-na-par-ié .
{ Nous écrivons ce nom de la manière qu'on vient de voir , pour montrer comment le prononçait M. Faynal.)
Or, quand il revint de l'armée, en 181>&, après la chute de ce brigand de Bu-o-na-par-té , il trouva que sa femme, qu'il avait laissée à Toulouse pour faire les honneurs de sa maison pendant qu'il allait faire la guerre avec l'usurpateur , avait pour habitude de recevoir tous les jours M. le marquis du Val. Le général Cremancé, car il était devenu général au service de cet infftoie Buro-na-far-té , demanda à sa. femme ce que le marquis du Val venait faire si souvent chez elle. Madame de Cremancé , une créole qui n'avait peur ni de Dieu ni du Diable quand il lui prenait faptaisie de quelque chose , mais qui avait une grande peur de M. de Cpemancé son mari, parce qu'il lui aurait rompu les jambes et les bras, ipimédiatement et tout de suite, s'il s'était douté ,
pendant une seconde seulement, de ce que 1^
duitr.
Luizzi avait écouté avec un vif intérêt cette
lamentable histoire. La diligence venait dé s^ar-
réter au pied d'une montée très-longue et très-
raide : tous les voyageurs étaient descendus , et
Armand cheminait à côté du notaire en se lais-
sant aller aux sombres- réflexions que ce récit
lui avait inspirées, quand. Ganguernist, qui
voulait prendre les devants pour aller boire II. ^0
quelques petits verres de rhum dans un boucbon qu^on apercevait eu haut de la montée , lui dit en passant:
— Il parait que Thistoire du notaire vous a louché au cœur , monsieur le baron?
— En effet , reprit Faynal , elle parait volis préoccuper beaucoup.
— C^est qu^elle a commencé à me dévoiler le secret d^un malheur et d^un égarement que je ne pou v^s cmnprendre.
— Et que je puis vous^ expliquer tout à fait, dit la femme silencieuse et voilée de la diligence.
-^ Vous?
— Moi; me reconnaissez-vous, monsieur le
Ei cQtte femioai^l^va son vchU» duiui se rap^ fi#U ravoir vuo^y mais il n'eût pu fie dire en ^uel (Mo^men queUieu ; loraquci ealto femme «J9li6>^àvc^)(i]m9a:
' -~ je wia^lft «errtnte qdi vou»oî introduit la fi«it ^m W fowqttisa du Val.
— M(i?îett0 ! s'éem Lui^.
— Oai., Mariette , répondit-elle ; c'est mon nom , je Tai porté comme servante de la marquise 9 et je le portais aussi quand je fis évlKl^ Tabbé de Sérac de ma chambre.
^ Quoi! c^était vous? reprit Luinsi , qui allait de surprise en surprise,
— Oui , c^était moi / qai -j devenue foUe d V mour pour qe prMre , ne trouvai d'autres moyens de me rattacheir et de le ramener elie^ moi , que de Tépouvanter de sa faute ; puis , lorsque j'eus vaincu sa conscience, de lui faire peu à .peu une habitude delà débaucha, jusqu'au jour où , devenu plus débauché que moi ^ il me força à prix d'or et avec des menaces atroces de servir ses infâmes projets.
— Contre qui? dit Luizsi.
-^ ÊODutes y refMrit Mariette.
' Depuis sept ans que . mademœselle de. Gre-
jmaucié était mariée y depuiS' sept ans qu'il était
prêtre, il Tavait toujours aimée:, mais il Fairait
ainiéei d'un, amoop où. le .désespoir avait mis
presque de Tinnocence. . : . / .
Lorsque Tabbé de Sérac fut devenu Tamant
148 LES iMÉMOlRËS
d'une fille publique , car j'étais une fille publique ou à peu près , quand il eut éteint en lui tout noble sentiment en continuant à se plonger dans des orgies que je ne partageais plus/Fabbé de Sérac aioia encore la marquise du Val , mais ce fut d'un amour horrible , d^un amour encore plus sale que priminel.
Hélas ! je n^ayais pas prévu jusqu'où pouvait s^emporter Tesprit ardent et le caractère opiniâtre de cet homme, une fois qu^il serait lancé dans une mauvaise route. Je fus la première à porter la peine du vice où je Tavais poussé ; il me nialtraitait , il me faisait mourir tous les jours de ses frénétiques accès de jalousie, quoiqu'il ne m'aimât pas. -
Ce fut six mois après l'aventure que Ganguernet vient de vous raconter , que l'idée de devenir l'amant de la marquise du Val s'empara de cet homme. Pour y parvenir , il me força à entrer comme servante chez elle. Depuis que j'étais à lui I il m'avait fait quitter mon quartier , et m'avait logée dans une petite maison de l'autre côté de l'eau y où il venait tous les soirs dé-
DU BIABLE. I«^
gttisé y tantôt en boui^eois , tantôt en militaire, jamais avec le même habit ou le même uniforme, de façon que personne ne pouvait soupçonner que ce fût le même homme qui vint tous les soirs chez moi. II me tenait exactement enfermée; il eût pu me tuer que personne ne lui eût de-
mandé ce que j'étais devenue. D'ailleurs il me faisait peur , et je ne sais, s'il m'avait demandé ^ d'aller commettre un crime où j'eusse dû périr, je ne sais si j'aurais osé le refuser. Je fus donc obligée de consentir à ce qu'il voulait ; je ne puis dire comment il s'y prit , par quelles vieilles dévotes il me fit recommander , mais dès que je me présentai chez la marquise du Val , je fus acceptée.
Lorsque j'entrai à son service, elle n'était pas heureuse , mais toute réfugiée en Dieu ; elle passait son temps en pratiques religieuses, car la pauvre femme n'avait pas même, pour se consoler et se distraire , la plus douce et la plus sainte occupation des femmes , celle d'élever ses. enfants.
Luizzi écoutait cette fille , avec non lïioiu
■-y-r Que 86 passe-t-il donc ici ?
U le demandait,, et il avait son épée ni^ à la main , oubliant x^ae c'était assez dire qu'il le sauvait Sa fille courut à lui, en lui criant :
T- (kàoe , grâce , mon pèrel!
lie généf al se pencha vers elle, et d'une vùtx dont rien ne peut vous faire comprendre la supliante et. cruelle eipression, il répondit è la ripauvra Liucy i: r ■
— Grâce pour vous, n'est-ce pas, Luey9 grâce pour vous , n'estroe pas , ma ■- fille ? parce que v^ua airezjun autre amour dans le cœur, et que .voua nvez pieurque votre père en soit irrité-! notais je. sais quo^eet amour est innocent, et je vojijus le pardonne. : car s'il avait été coupable , si.oi^t 9mow avaitdû laisser planer le plus léger sQupfon sur Thouneur d'une femme qui porte qion nom 9 }'«urais tué. cette fenime , je la tuemi^ à notant même.
.:Eit:.ea prononçant ces mots, le général fit quelques pas vers, macbfne de Cremancé; Luejr se jeta aurdevant de lui en lui criant :
— Mon père, mon père, mon père! grâce!
Et sou père lui répondit eu la recevjant dans ses bras , et d^une voix douce mais désolée :
— Oui , marfille , je vous aurais tuée si vous aviez déshonoré le nom de Gremancé , et comme je ne veux pas que ce nom soit déshonoré...
—- J^épouserai le marquis du Val , répondit Lucy , en tombant à genoux devant son père.
— Merci , ma fille , dit le général en laissant échapper son épée ; puis , se tournant vers nous, il ajouta d'une voix calme : — A demain, messieurs , je vous invile à la cérémonie.
Nous étions à peine à quelques pas de la porte du salon, que le général fut pris d'une douleur si violante à la poitrine qu^on fut obligé de le coucher en toute hâte sur des matelas , et qu'on ne put le remonter chez lui.
— Et le mariage se fit le lendemain ? dit Luizzi.
— Le mariage se fit \e lendemain , repartit Tex-notaire. Deux jours après M. de Cremancé était mort, sa femme avait quitté Toulouse; et lejeune Sérac était entré dans un séminaire pour se faire prêtre.
i^ LES MÉMOIRES
par quels moyens cet homme pourrait surprehdre la vertu d^ue femme si pure et si forte à la la. fois. Hélas! monsieur le baron, j'avais oublié que je lui avais donné moi-même une leçpn bienbideuse«
— Quoi ! s'écria Luizzi , ce f ut. , . , •r- Oqi, monsieur, reprit Mariette, ce fut en mêlant, des substances pernicieuses dans le peu de vin qu'elle buvait, ce fut en Fenivrant , elle, cette sainte et noble créature , ce fut. en Tabrij^lissant' , comme moi je l'avais enivré et abruti , qu'il triompha de sa vertu de femme comme j'avais triomphé de sa vertu de prêtre. Il la prit vierge à son mari , comme je le pris vierge à son Dieu. C'est abominable, n'est-ce pas , monsieur le baron?
Mariette s'arrêta , et Luizzi passa sa main sur ses yeux comme s'il eût été pris d'uniéblouissen^ent. Puis il marcha silencieusement près de Mariette qui se taisait. Ce silence fut long : on eùtditquele baron avait besoin de tout ce temps pour mesurer Tinfamie de cette action. Enfin il reprit ;
"^ Ob ! oui , c^est abominable !
— Mais , ajouta Mariette en baissant la ¥oix , et en se rapprochant de Luizzi , mais.une; chose que TOUS ne pourriez concevoir, si elle n^éteit vraie, et si je ne vous l'attestais sur la vie^c^est que cette femme noble , élégante , jeune , entoiir réedu monde le plus brillant , chercha dans le pouvoir qui l'avait livréeà TabbédeSérac Toubli de la faute qu'il lui avait fait commettre. Elle fit un vice de ce qui avait été un malheur! Dès qu'elle était seule, elleseprocuraît des liqueurs fortes; elle les volait dans sa maison, malgré ma surveillance ; et elle en abusait jusqu^li ce qu'elle tombât sans force et sans raison ; 4»ir pour ellela force c'était le pouvoir de souffrir, la raison c'était le remords etses déchirements. Ellea vécu deux ans ainsi , protégée par moi qui la cachais aux yeux du monde et de sa maison, qui aurais voulu la cachera vos yeux, monsieur le baron; carlorsqu'elle me dit dans unde ces mouvements de folie que ce vice faisait souvent naître en elle : — Oui , je me débarrasserai de ce bourreau qui me tue, et puisque je n'ai ni un frère ni
iU LES MÉBfOlRES
un mari qui puisse m^ftrracher à hii , je prendrai un autre amant. Ce matin Luizzi est venu me voir, Luizzi qui me semblait m^aimerquund ii était encore enfant , et qui eut aussi sa part de douleur dans ma misère quand je me mariai ; Luizzi est venu me voir; s'il veut m^aimerv je Faimerai ; je suis encore assez belle pùnv qu'il m'aime, n'est-ce pas? Oh! oui, reprîtelle , en levant les yeux au ciel et en invoquant Dieu ; tant sa folie l'égarait dans ces horribles moments ; oui , je l'aimerai , et vous me par-donnerez cet amour, mon Dieu ; vous le pren^ drez en pitié ; car s'il ne veut pas m'aimer , je braverai tout à fait votre éternelle damnation ; je me tuerai.
Et c'est parce qu'elle l'eût fait , monsieur , que j'ai été vous attendre à la porte de son hôtel ; que je vous ai introduit pr*s d'elle , en vous faisant échapper à la surveillance de l'abbé de Sérac, que j'avais vu debout en face de la porte où vous alliez vous présenter; c'est parce qu'elle se fût tuée , que je vous ai laissé pénétrer dans cet oratoire dont un prêtre avait fait un boudoir.
DU DIABLE. i53
D^ailleurs, je l^avais laissée plus calme ; j'espérai un moinent qu'elle oserait tout vous dire , et que vous seriez assez généreux pour la protéger sans la perdre davantage. Mais elle avait profité de mon absence pour s^ affermir, comme elle disait, la malheureuse, dans la résolution qu^elle avait prise. Et lorsqu'elle entra dans Toratoire où vous Tatfendiez , monsieur le baron...
Mariette s'arrêta comine n'osant achever sa phrase , et Liiizzi reprit lentement :
— Et lorsque l'infortunée se livra à moi au milieu de sanglots et de transports que je ne comprenais pas...
—Elle était ivre, monsieur le baron, elle était ^ ivre !
A peine l^j^arieUe avait-elle prononcé ce mot , qu^une chaise de poste passant rapidement près d^elle et de Luizzi , les força de s'écarter aux cris de gatel que poussait le postillon. Luizzi jeta un regard rapide dans la chaise , et reconnut Fernand et Jeannette qui en . occupaient le fond. Férnand se pencha à la portière, et criant à Armand sans faire arrêter ses cheyaui :
\m LES MÉMOIRES
— N^oubliez pas ma lettre à M. de Mareuilles,
je TOUS la recommande : c'est un de mes bons
amis.
Par un hasard singulier , Luizzi crut remarquer que la mouche qui avait piqué Fernand ne Tavait point abandonné, et qu^elle avait agité et fait frémir ses ailes au moment où ce jeune homme lui avait fait cette recommandation.
Luizzi était tellement préoccupé d^^Aput ce qu^il venait d'entendre et de tout ce qu'il avait vu , il eût payé si cher un moment de repos et de solitude pour pouvoir réfléchir à son aise , qu'il n'entendit pas le cri de surprise que poussa Mariette en voyant Jeannette dans la chaise de poste. Gapeudant y tout en causant ainsij Luizzi était Anrî# fttt fibinmet de la montagne, et il fallait remonter dans la diligence. Luîzpii commençait à croire que le Diable se aillait de sa vie pltls que par des récits; déjà il soupçonnait que c'était hii qui^ probablement fatigué de toujours raconter, l'avait mis dMs cette diligence en compagnie de Ganguernet , de Tex-notaire et
Wy DIABLE. là»
de Mariette , lorsquHI eu resta tout à fait persuadé eu voyaut accourir vers lui Ganguemet qui lui dit :
— En Toilà bien d^uue autre 1 le grand essieu de lu diligenoe Tient de ae casser y et nous» en avons pour dûi ou doiùe heures avant que nous puissions repartir ; nous voilà enfermés pour tout ee temps dans une misérable auberge/ où ii y a tout au plus des œufs pour faire une ome<* lette, et delà piquette et dereau-de«vie de pomme de terre pour Tarroser.
~ Quoi 1 s'éoria Luixzi avec impatience, il n^y a pas moyen de réparer plus tôt ce malheur?
— Ma fotl dit Ganguernet , il y en a un pour TOUS si TOtt^ÏTez de l'argent à perdre et de Fargent à dépenser, c^est-à-dire si tous voulez abandonner le prix de Totre place h la diligence , et prendre une berltne de poste qui refoumè à Parts et qui relaie là-haut.
— Atcc plaisir , dit Luizzi , je la prends , et tout de suite , et à tout prix.
— Il parait que le gousset est bien garni ,
dit Ganguernet en frappant sur le ventre de
Luizzt.
Cette observation rappela au baron qu^il n'a. vait point du tout pensé jusque-là à Tétat pécuniaire où il se trouvait , et lui fit mettre la main dans sa poehe : il en tira quelques poi^aiééê d'or. Il ne supposa donc point que ce fût pénurie d'argent, mais des circonstances qui lui restaient inconnues et que le Diable avait fait naître^ quiTavaienlforcéà prendre la diligence. Il imagina encore que cette berline de poste ne se trouvait si à propos sur sa route que parce que le Diable avait pris soin de Ty mettre ; et, bien résolu à se laisser guider par lui , il fit décharger ses effets, après avoir, au ftéalable, examiné sur la feuille du conducteur en quoi ils consistaient, car il Tignorait absolument. Palliai ces effets se trouva un grand portefeuille enveloppé d'une chemise de cuir, et que le baron ne savait pas posséder. Il se réserva de vérifier son contenu pendant qu'il serait seul dans la berline, et il se sépara de ses compagnons de voyage après avoir donné à Marielte son adresse à Paris.
DU DIABIJE. i61
Une fois qu'il fut seul dans sa voiture, il s'empressa d^ouvrir le portefeuille , et s'aperçut qu'entre autres choses il renfermait des lettres à son adresse , dont il" s'empressa de prendre connaissance , bien qu'elles fussent décachetées , et qu'il pàMit qu'un autre ou bien lui-même les eut déjà lues. La première était signée du procureur du roi de Farrondissement de... et était ainsi conçue :
« Monsieur le baron ,
» Les faits que vous nous annoncez sont d'une
» telle gravité, que j'ai dû en référer à monsieur
» le procureur-général près la Cour royale de
» Toulouse. Une felnme enfermée depuis sept
» ans dans une prison ; sans que personne en
» ait jamais eu le moindre soupçon , est une
» chose qui passe toute croyance. Dès que j'au-
» rai reçu de monsieur le procureur-général une
» réponse pour savoir ce que je dois penser des
» avis que vous me donnez , je vous transmet-
» trai sa réponse.
» J'ai l'honneur d'être , etc. »
iSi LES MËUOIBES
— T Oh ! oh I fit Luizzi , ij jpave^it que j'ai dénoncé le capitaine Féli^ : allons , yoyons ce qui es^ arrivé de cette affaire. Il chercha d^ns 990 p.o^^feuille, et il ouvrit la lettre suivante : elie^ commençait ^nsi :
« Monsieur y vous êtes un infâme »
— C^est le capitaine Félix probablement, ise dit Luizzi , et il m'accuse de ce que je n^ai pas voulu laisser son crime impuni. Luizzi fit cette réflexion consolante, et continua la lecture de cette lettre.
« Vous m'avez fait tuer un jeune homme et » déshonorer uiije femme qui poirtait mon nom ; ^ si vous n'êtes pas un lâche 9 vous nie rendrez » raison de votre indigne, conduite.
Signé Dilois. »
Ce|te seçopde lettre rendit Luizzi beaucoup plus soucieux que la première, et il désira savoir comment il avait répondu à. cette provocation. Pour cela y il chercha dfu^ le portefeuille
une lettre qui l'instruisit du résultat de cette affaire; mai^ il n'y trouva autr^ chose que des con^ptai ) paisses. a veci ses:agent6 4'affaires et son inten4wt II lui siembiia en les exan^^pant qu'il n'aiiaîi point 4u tout négligée ses juitéréts , et les. avait assurés d'une manièi^e quji. l'étonna lui-même. Totit- en pa/couriant , tout en iriaii^t ses nQi«|breiiiS4 papiers y il déqoiivrit.dans un cpin un {mgmm\ de lettre brûlée ^u bord cpni^me si elle avisit été .enlevée à la flamme d'un foy^r au moiûeifet m ells: allait être entièrement çonsumée :: î • :• ' ••;: ,1 ^j..
» Avant de mourir , l'infortunée
» Lucy m'a appris tle secret de ma naissance. » Fallait il que pefvtt ^ous, Armand, quifussiez » .'l-iBgent de ma pertie et de tfipu déshonneur ! » Le. Ciel est jqste.
f] Si jff»e Sophie DiLois. »
Tout ce qu'Armand fit pour découvrir de nouveaux renseignements dans ses papiers ne servit qu'à l'embrouiller davantage dans cet
inextricable dédale d'aventures où il était mêlé : il lui restait bien la ressource d^appeter Satan pour lui demander une explication, à ce qu^il venait de lire; mais outre qu'il n'était pas sûr de Tobt^nir , il ne se sentait pas eu .humeur de recommencer cette vie incessamment agitée qui ne lui avait pas laissé un seul instant de réflexion. 11 remit à son arrivée à Paris à apprendre ce qui était advenu de sa dénonciation contre la famille Buré , comment il avait répondu à la provocation de M. Dilois, et pourquoi madame D'ÛQÏs rappelait Armand, comme s'il eût été son frère ou son amant.
— - Ma foi , se dit le baron en lui-même , ce serait une assez drôle de chose , que dans cette époque de ma vie dont je n'ai aucun souvenir, j'eusse été l'aman) de madame Dilois ; j'en suis bien capable. Probablement, j'aurai cherché à mé faire pardonner ma sotte indiscrétion , et j'aurai obtenu plus que mon pardon. C'est qu'elle est belle et jolie comme un ange , madame Dilois , et j'ai dû être bien heureux ; comment diable cela s'est-il fait? En vérité , c'est une chose
odieuse que ma situation ! n'avoir pas méiiie le souvenir d'un bonheur qui a dû être plein de charmes, par l'immensité des torts que j^avais eus envers cette femme.
Luizzi s'arrêta àcetteréflexioq, et, s^éprenaut de cette idée , il ajouta :
— Pardrieu , je veux un jour m'en donner la joie. Obtenir une femme dont on a blessé la vanité et Tamour ou perdu la position , ce doit être un -triofl^he adorable. Et si je retrouve jamais madame Dilois , certes , je veux la ramener à moi. Je veux... à moins que cela ne soit déjà fait.
Puis il s'écria avec impatience : .
— Oui vraiment , c'est déplorable , et je consens à ce que le diable m'emporte , si jamais je lui donne un seul jour de ma vie , eûl*il à me raconter des histoires aussi effrayantes que celles du révérend Mathurin^ ou aussi ennuyeuses que les contes du vénérable M. Bouilly.
— Je retiens ta parole , dit une voix qni sembla entrer par une portière et sortir par l'autre ^ et qui épouvanta tellement Luizzi qu^l n'osa plus
im LES MÉMOIRES
pendant près de deux heures , ni bouger, ni parler^ * m >penâier. 'M^ • - mi
Cependant il eontiniia son- f dytge saMi i%ncontre fâcheuse, et, le S^iiéTiiier 48SvVilidntra dans Paris , bien décidera ne plus;sÊ^oc<^per de ce qui s'était passé à ToûkMfôè \ à vivre de Isa vie pas^e ) et à laisser au haisard h soid-d^im découvrir Ie'tnf6tèr6<le40tt8 les évén^menrts dont il avait >été le témoin depuis qu'il avait fait connâissianoe avee Satan : ' '-''^'M' •' '■' '»
Onè'résolution qU'il crut prendre atitôi très- /ermement , ce fut d'appeler le moins fiossiblô le Diable à son aide , et surtout de ne se servir sous aucun prétextieV ni^poiir aucun' ùfifage, des renseignements qu'il leurrait en* recevoir;' et , pour tenir cette résolutiion , il Mntint bveq lui-même de ne voi¥ 9U<^un des individus qtii' avàieirt eu dW| ¥epp6rt8 avec lui durant le voyage qu'il venait de faire.* '*" ■• ■ -'J'" îj-.-, .h 0.1
Luizzi penéé d^ne à i^eprendre ses*^ premières hAbttttdeiBdè' jeune homme lors^u^ilM&taiEt àt^aris, et 'à revoir ses anciennes connaissances. Pour ne pas manquer à sa résolution , il se eontenta ,
DU DIABLE. t67
le 8oir de son arrivée , de faire remettre à leurs adresses les diverses lettres que Fernand lui avait donfnées, même celle destinée à M. de Mareuiltes, bien qfu'etle lui eût été particulièrement recommandée.
LuTZzi comptait s'dtre mis ainsi à l'abri de totrtes recherchés, lorsque , le lendemain même île son arrivée , son ^let de chambre lui annonça M. de Mareuillés.'Luizzi trouva que' c'était un fort beau jeune homme, fort bien mis, et voilà tout , etauquel il se contenta de raconter tout simplement comme quoi il avait servi de témoin à Fernand. Mais il était déridé quelque part que Luizzi ne ^e débarrasserait pas aussi aisément qu'il le pensait de ce qui tenait au Diable, même par un fil imperceptible. Arnsi, ce M. de Mareuilles , ami de ce Fernand, dont le Diable s'était emparé; se prit d'une véritable passion pour Lùizzi , et comme le pauvre baron était rhonraie du mdndef qui savait le moins se débarrasser d'un ennuyeux, il se laissa VOlon*^ tiers accompagner toàte M journée par sa nouvelle connaissance au café de Paris , aux Italiens,
i68 LES MÉMOIRES
au bois , partout où vivent les hommes qui n^out
de monde que les hommes.
En même temps, il se laissa conduire dans une maison où M. de Mareuilles était i:eçu , et bientôt il pensa que le hasard Tavait parfaite^ ment servi , en le mettant en rapport avec, un bon garçon fort riche , fort noble et fort niais , mais qui Tintroduisait dans des salons où lui Armand était parfaitement inconnu , et dont la fréquentation ne pouvait que le faire considérer comme un homme d^une vie régulière et à l'abri de tout reproche.
11 ne se doutait pas que dans ce monde , aussi bien que dans tout autre , il se présenterait à lui des occasions qui exciteraient sa curiosité , et le remettraient aux griffes de Satan , et que dans sa position il valait encore mieux , pour lui , vivre avec le vice qui marche le front nu , qu^avec celui qui s'habille d^hypocrisie et de faux semblants de vertu. Il est à remarquer que Luizzi n'avait pas encore songé au vrai but de son marché avec le Diable , et que sa destinée exceptionnelle ne Tavait pas affranchi de la loi
eommune de rhumanité , qui est de subir la vie avant de la juger, et de marcher avant d^avoir choisi une route.
L^aventure qui devait remettre Luizzi en entrevues réglées avec son mentor ne se fit pas attendre.