‹ Les mémoires (extraits);Chapitre 11 sur 64 · UNE RÉPRDIANDE DE LOUIS XUI AU PÈRE DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

UNE RÉPRDIANDE DE LOUIS XUI AU PÈRE DE SAINT-SIMON

Si le roi savait bien aimer mon père, aussi savait-il bien le reprendre, dont mon père m'a raconté deux occasions. Le duc de Bellegarde, grand écuyer et premier gentilhomme de la chambre, était exilé ; mon père était de ses amis et premier gentilhomme de la chambre aussi, ainsi que le premier écuyer et au comble de sa faveur. Cette dernière raison et ses charges exigeaient une grande assiduité, de manière que, faute d'autre loisir, il se mit à écrire à M. de Bellegarde en attendant que le roi sortît pour la chasse. Comme il finissait sa lettre, le roi sortit et le surprit comme un homme qui se lève brusquement et qui cache un papier. Louis XIII, qui de ses favoris plus que de tous les autres voulait tout savoir, s'en aperçut et lui demanda ce que c'était que ce papier qu'il ne voulait pas qu'il vît. Mon père fut embarrassé, pressé, et avoua que c'était un

mot qu'il ucrivait à M. de Bellegarde. « Que je voie! » dit le roi ; et prit le papier et le lut. « Je ne trouve point mauvais, dit-il à mon père après avoir lu, que vous écriviez à votre ami, quoique en disgrâce, parce que je suis bien sûr que vous ne lui manderez rien de mal à propos ; mais ce que je trouve très mauvais, c'est que vous lui manquiez au respect que vous devez à un duc et pair, et que, parce qu'il est exilé, vous ne lui écriviez pas monseigneur ; » et déchirant la lettre en deux : « Tenez, ajouta-t-il, voilà votre lettre ; elle est bien d'ailleurs, refaites-la après la chasse, et mettez monseigneur comme vous le lui devez. » Mon père m'a conté que, quoique bien honteux de cette réprimande, tout en marchant, devant du monde, il s'en était tenu quitte à bon marché, et qu'il mourait de peur 'de pis, pour avoir écrit à un homme en profonde disgrâce et qui ne put revenir dans les bonnes grâces du roi^

1. Bellegarde (Roger de Saint-Lary et de Termes, duc de), grand écuyer et gentilhomme de la Chambre sous Henri III, gouverneur de Bourgogne et de Bresse et surintendant des mines sous Henri IV, fut fait duc et pair sous Louis XIII. Il se mêla aux cabales dirigées contre Richelieu et fut exilé par le ministre à Saint- Jargeau. C'est lui que Victor Hugo a mis en scène dans Marion Lelorme (■1365-1646). — Louis Xlll (1601-16431.

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