L'étiquette royale portait tout le contraire en France
2. Nobles protestants qui avaient quitté la France après la révocation de l'Édit de Nantes (1683).
de lui mander ce que c'était que ^1°° Panache, sa figure, son âge, sa condition, et sur quel pied elle était à la cour de France, et que surtout elle voulait absolument n'être pas trompée et en être informée aujuste. Mayereron, à son tour, fut dans un grand étonnement. Il manda à la reine qu'il ne comprenait pas par où le nom de lAP" Panache était allé jusqu'à elle, beaucoup moins la sérieuse curiosité qu'elle lui marquait d'être informée d'elle exactement ; que M""' Panache était une petite et fort vieille créature avec des lippes et des yeux éraillés à y faire mal à ceux qui la regardaient, une espèce de gueuse, qui s'était introduite à la cour sur le pied d'une manière de folle, qui était tantôt au souper du roi, tantôt au dîner de Monseigneur' et de M"'* la Dauphine^ ou à celui de Monsieur^ à Versailles ou à Paris, où chacun se divertissait à la mettre en colère, et qui chantait pouille aux gens à ces dîners-là pour faire rire, mais quelquefois fort sérieusement et avec des injures qui embarrassaient et qui divertissaient encore plus ces princes et ces princesses qui lui emplissaient ses poches de viandes et de ragoûts dont la sauce découlait tout du long de ses jupes, et que les uns lui donnaient une pistole ou un écu, et les
1. Titre porté par le fils aîné du roi de France. — C'était alors Louis, le Grand Dauphin, mort en 1712, ainsi qu'on le verra plus loin, pour qui fut composée la collection Ad tisum Dclphmi, et dont La Bruyère s'est ingénié à faire l'éloge en style lapidaire. [Des Jugements.)
2. Femme du Grand Dauphin, mère des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry.
3. Titre qui appartenait au frère aîné du roi. C'était le duc d'Orléans, père du Régent (1640-1701).