‹ Les mémoires (extraits);Chapitre 39 sur 64 · Le cardinal Mazarin mourut le 9 mars · texte numérisé non relu

Le cardinal Mazarin mourut le 9 mars

MORT DE LOUIS XIV t2l

Par l'ouverture de son corps qui fut faite par Maréchal, son premier chirurgien, avec l'assistance et les cérémonies accoutumées, on lui trouva toutes les parties si entières, si saines et tout si parfaitement conformé, qu'on jugea qu'il aurait vécu plus d'un siècle sans les fautes dont il a été parlé qui lui mirent la gangrène dans le sang. On lui trouva aussi la capacité de l'estomac et des intestins double au moins des hommes de sa taille ; ce qui est fort extraordinaire, et ce qui était cause qu'il était si grand mangeur et si égal.

Ce fut un prince à qui on ne peut refuser beaucoup de bon, même de grand, en qui on ne peut méconnaître plus de petit et de mauvais, duquel il n'est pas possible de discerner ce qui était de lui ou emprunté, et dans l'un et dans l'autre rien de plus rare que des écrivains qui en aient été bien informés, rien de plus difficile à rencontrer que des gens qui l'aient connu par eux-mêmes et par expérience et capables d'en écrire, en même temps assez maîtres d'eux-mêmes pour en parler sans haine ou sans flatterie, de n'en rien dire que dicté par la vérité nue en bien et en mal. Pour la première partie on peut ici compter sur elle; pour l'autre on tâchera d'y atteindre en suspendant de bonne foi toute passion*.

i . «' Les portraits que Saint-Simon fait de Louis XIV sont tous nobles, dignes et surtout vivants et intéressants. On peut trouver qu'il contestera Louis XIV quelques qualités que ce roi eut peut-être plus qu'il n'a dit. Mais il est impossible, en lisant Saint-Simon, de ne pas être frappé d'une chose, c'est qu'il a infmiment plus donné au grand roi qu'il ne lui a ôté devant la postérité. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, l. X.)

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