D'Huxelles tenait pour les bâtards, ainsi que Villeroy
3. Tallard (1652-1728), maréchal de France depuis 1703, membre du Conseil de régence depuis 1717, fut en 1723 de l'Académie française.
Enfin le parlement en place , les pairs arrivés et les présidents ayant été en deux fois prendre leurs fourrures derrière des paravents disposés dans la pièce voisine, des Granges vint avertir que tout était prêt. Il avait été agité si le roi dînerait en attendant, et j'avais obtenu que non, dans la crainte qu'entrant aussitôt après au lit de justice, et ayant mangé avant son heure ordinaire, il ne se trouvât mal, qui eût été un grand inconvénient. Dès que des Granges eut annoncé au régent qu'il pouvait se mettre en marche, Son Altesse Royale lui dit de faire avertir le parlement, pour la députation à recevoir le roi, au lieu du bout de la pièce des Suisses, oii elle avait été réglée, et dit tout haut à la compagnie qu'il fallait aller prendre le roi.
A ces paroles, je sentis un trouble de joie du grand spectacle qui s'alLtit passer en ma présence, qui m'avertit de redoubler mon attention sur moi. J'avais averti Villars de marcher avec nous , et Tallard de se joindre aux maréchaux de France, et de céder à ses anciens, parce qu'en ces occasions les ducs vérifiés n'existent pas. Je tâchai de me munir de la plus forte dose que je pus de sérieux, de gravité, de modestie. Je suivis M. le duc d'Orléans, qui entra chez le roi par la petite porte, et qui trouva le roi dans son cabinet. Chemin faisant, le duc d'Albret et quelques autres me firent des compliments très marqués, avec grand désir de découvrir quelque chose. Je payai de politesse, de plaintes de la foule, de l'embarras de mon habit, et je gagnai le cabinet du roi.
Pardaillau de Goudrin, duc dWutiu.
Il était sans manteau ni rabat, vêtu à son ordinaire. Après que M. le duc d'Orléans eut été quelques moments auprès de lui, il lui demanda s'il lui plaisait d'aller : aussitôt on fit faire place. Le peu de courtisans revenus là, faute d'avoir trouvé où se fourrer dans le lieu de la séance, s'écarta, et je fis signe au maréchal de Villars, qui prit lentement le chemin de la porte, le duc de La Force* derrière lui, et moi après, qui observai bien de marcher immédiatement avant M. le prince de Conti. M. le Duc le suivait, et M. le duc d'Orléans après. Derrière lui les huissiers de la chambre du roi avec leurs masses, puis le roi environné des quatre capitaines des gardes du corps, du duc d'Albret, grand chambellan, et du maréchal de Villeroy, son gouverneur. Derrière, venait le garde des sceaux, parce qu'il n'était pas enregistré au parlement, puis les maréchaux d'Estrée% Huxelles, Tallard et Besons, qui ne pouvaient entrer en séance qu'à la suite, et non devant Sa Majesté. Ils étaient suivis de ceux des chevaliers de l'ordre et des gouverneurs et lieutenants généraux des provinces qu'on avait avertis pour le cortège du roi, qui devaient seoir en bas, découverts et sans voix, sur le banc des baillis. On prit en cet ordre le chemin de la terrasse jusqu'à la salle des Suisses, au bas de laquelle se trouva la députation du parle-
{. Le duc de La Force fut membre du conseil de régence et ambassadeur à Londres.
2. Le maréchal d'Estrées (1660-1737) était déjà maréchal lorsque mourut, en 1707, son père Jean d'Estrées, maréchal aussi, et portait alors le nom de maréchal de Cœuvres.
ment, de quatre présidents à mortier et de quatre conseillers à l'accoutumée.
Tandis qu'ils s'approchèrent du roi, je dis au duc de La Force et au maréchal de Villars que nous ferions mieux d'aller toujours nous mettre en place, pour éviter l'embarras de l'entrée avec le roi. Ils me suivirent alors un à un en rang d'ancienneté, marchant en cérémonie. Il n'y avait que nous trois à pouvoir marcher comme nous fîmes, parce que d'Antin* n'y venait pas , le duc de Guiche était démis, Tallard point pair, et les quatre capitaines des gardes étaient autour du roi avec le bâton en ces grandes cérémonies. Mais avant d'en dire davantage, je crois à propos de donner le dessin figuré du lit de justice dont la disposition éclaircira d'un coup d'oeil ce qui va être raconté.
1, Un des pais fameux courtisans du temps : « Le duc d'Antin se distingua dans ce siècle par un art singulier, non pas de dire des choses flatteuses, mais d'en faire. Le roi va coucher à Petit-Bourg; il y critique une grande allée d'arbres qui cachait la vue de la rivière. Le duc d'Antin la fait abattre pendant la nuit. Le roi, a son réveil, est étonné de ne plus voir ces arbres qu'il avait condamnés. — « C'est « parce que Votre Majesté les a condamnés qu'elle ne les voit plus, » répond le duc, » (Voltaire, Siècle de Louis XIV.)
Seconde Antichambre du roi oii était le dais vide entre le grand cab-pet du Conseil et la grande
Antichambre où fut tenu le lit de justice représenté ici.
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MM. les Evêques D. et G. de Laon et Noyon. Mx d'Estrées, Huxelles, Tallard, Bezon
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Salle des Gardes du Corps.
Les Ducs de Noailles et Charost et plusieurs autres entrèrent avec le roi et vinrent se mettre en
p:ace parmi ceux qui sont marqués ici et qui y étaient avant l'arrivée du roi.