GONDI RÉVOLUTIONNAIRE
ser aon clergé dans sa main et tourner à son profit les aigreurs légitimes des rentiers contre les caisses royales. La suite ne démentit pas ces premières promesses. Il y avaitune force dans Paris que la royauté avait eu le tort de dédaigner ou de laisser inactive ; c'était la milice bourgeoise. Corps de parade, bon tout au plus en apparence pour assister aux processions ou recevoir les rois à leur entrée dans la capitale, elle pouvait, suivant Theure, prendre de Fimportance at devenir pour la cité un élément de paix ou de désordre. Les bourgeois qui la composaient ^ avaient déjà Tétat d'esprit qui a rendu célèbres les gardes nationaux leurs successeurs; raisonneur» et crédules, ils détestaient Mazarin, respectaient la reine tout en en disant du mal, vénéraient profondément le petit roi et trouvaient — en quoi ils n'avaient pas tout à fait tort — que les affaires n'allaient pas très bien. Une révolution était-elle le moyen de les faire marcher de nouveau? Personne ne le pensait à part soi ; tous l'affirmaient à haute voix. Quant aux chefs, c'étaient, pour la plupart, des conseillers au Parlement, des maîtres des requêtes, des maîtres des comptes, de gros marchands fort riches et fort considérés, mais qui presque tous, par esprit de corps et par intérêt, étaient fort avant dans l'opposition parlementaire. Cette situation de la milice bourgeoise explique en partie l'attitude guerrière que prit le Parlement après la fuite de la reine et du roi en janvier 1649. L'œil perçant de Retz avait
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deviné de bonne heure le parti qu'on pourrait tirer d'un corps d'armée aussi considérable, dans une ville où la police était réduite et tout à fait impuissante. Il s'était attachée connaître et, si possible, à s'attacher une bonne partie des officiers, et ce devint là une force considérable entre ses mains. Ajoutez que Gondi ne se borna pas aux manteaux noirs, comme on disait alors, c'est-à-dire aux bourgeois d'importance. Il avait autant et plus peut-être encore de connaissances, d'amis ou d'obligés parmi les manteaux gris, c'est-à-dire parmi les petits bourgeois et les gens du peuple. Il s'était mis au courant des prétentions ou des plaintes particulières de chaque corporation ; et ce n'était pas un mince honneur pour tous ces artisans d'avoir dans sa personne un patron aussi actif, aussi remuant — et, malgré son rang et sa naissance, — aussi bon enfant. Les li, braires de la Samaritaine qu'on avait expulsés du Pont-Neuf sur la plainte de leurs confrères brevetés et patentés de la rue Saint-Jacques étaient tout dévoués à Gondi ; ils comptaient sur lui pour obtenir la permission de se réinstaller dans leur ancien quartier général, bien connu des amateurs du temps et qu'on appelait la bibliothèque commune de tout Paris. Gondi avait aussi des accointances avec les mai'chands de bois des ports qui disposaient d'un personnel fait exprès pour l'émeute, crocheteurs, mariniers, débardeurs et ravageurs, tous gens de main et aussi de sac et de corde, recrutés dans la