SES AMBITIONS PERSONNELLES
point par où il doit périr apparaît clairement. Il transporte dans une France monarchique où le souverain est tout, les procédés d'nn État populaire. Il n'a pu se faire accepter ; il s'imposera. Un ministre tout-puissant lui barre la grande route du pouvoir. Il essaiera d'y arriver par le détour de la faveur publique, des séditions de la rue, des conspirations qui soulèvent tout un peuple pour la plus grande gloire d'un seul homme. C'est là son erreur, et dans la faute où il se laisse aller, son tempérament est complice de la situation que lui ont faite les événements. Les républiques antiques — et aussi quelques modernes — ont été, pour les ambitieux du type deGondi, de merveilleux champs de culture. Pour une entreprise avortée, combien ont réussi qui n'ont dû leur succès qu'à la rouerie et au cynisme du metteur en scène. Et d'ailleurs, quand le coup a raté, qu'importe ? Ce n'est que partie remise. Si les factieux de haut vol ne deviennent pas premiers ininistres dans un État fondé sur la souveraineté populaire, c'est qu'ils n'ont pas su durer. On parle toujours de l'ingratitude du peuple; mais il oublie aussi vite le mal quon lui a fait que les services qu'il areçus. Et en cela il montre, après tout, plus de bon sens qu'on ne veut lui en accorder. Mais aussi il est le maître et ne doit compte de ses caprices à personne. Les souverains qu'il a remplacés n'étaient pas d'aussi bonne composition. Je vois d'ici la carrière politique d'un Gondi au XIX® siècle ; il avait tout ce qu'il faut pour réussir
au milieu de nous. Intelligence vive et primesautière, parole facile, conviction légère, une générosité de grand seigneur qui sait que la foule a souvent soif, une affectation de camaraderie égalitaire que le peuple prend volontiers pour une véritable amitié, une remarquable aptitude à s'assimiler toutes les questions, sans en connaître à fond aucune, en faudrait-il davantage aujourd'hui pour le placer au premier rang? Mais au xvii* siècle le consentement populaire, sans être inutile, n'avait que la valeur que voulait bien lui accorder rhumeur timide ou peureuse du souverain. Et le jeu que joua Gondi tourna mal pour lui parce qu'il se heurta à l'antipathie personnelle d'une nature rancunière et bornée comme celle d'Anne d'Autriche. L'accueil qu'elle lui fit, après la fin des hostilités, quand il alla lui rendre ses devoirs à Compiègne, fut à cet égard très significatif :
— Comme je montais rescalier. un petit homme habillé de noir, que je n'avais jamais vu et que je n*ai jamais vu depuis, me coula un billet en la main, où ces mots étaient écrits en lettres majuscules : Si vous entrez chez le Roi, vous êtes mort. J'y étais: il n'était plus temps de reculer. Comme je vis que j'avais passé la salle des gardes sans être tué, je me crus sauvé. Je témoignai à la reine qui me reçut très bien, que je venais l'assurer de mes obéissances très humbles et de la disposition où était l'Église de Paris de rendre à Leurs Majestés tous les services auxquels elle était obligée. J^insinuai, dans la suite de mon discours, tout ce qui était nécessaire pour pouvoir dire que j'avais beaucoup insisté pour le retour du roi. La reine me témoigna beaucoup de bonté et