SES AMBITIONS PERSONNELLES
même beaucoup d'agrément sur tout ce que je lui disais. Mais quand elle fut tombée sur ce qui regardait le cardinal et qu'elle eut vu que, quoiqu'elle me fît beaucoup d'instance à le voir, je persistais à lui répondre que cette visite me rendrait inutile à son service, elle ne put plus se contenir, elle rougit beaucoup, et tout le pouvoir qu'elle eut sur elle fut, à ce qu'elle a dit depuis, de ne me rien dire de fâcheux. »
Retz ajoute, avec un accent de vérité qui désarme le critique le plus soupçonneux :
— a Je revins à Paris, ayant fait tous les effets que j'avais souhaité. J'avais effacé le soupçon que les frondeurs fussent contraires au retour du roi ; j'avais jeté sur le cardinal toute la haine du délai; je m'étais assuré l'honneur principal du retour ; j'avais bravé le Mazarin dans son trône (1). »
C'est assez explicite. Par malheur, toutes les fois que Gondise drape en Romain dans ses Mémoires^ il y a des chances pour qu'il ait rêvé ce qu'il raconte. Si Mazarin n'a pas laissé de Souvenirs où il lui donne le démenti — et rien n'est plus regrettable, car ces deux grands menteurs auraient fait la paire, à la grande joie de la galerie, — Gondi avait dans son entourage immédiat un confident qui Fa trahi. C'est Guy Joly, conseiller au Châtelet, Valter ego et l'âme damnée du coadjuteur et qui, après s'être assis à sa table pendant nombre d'années, a éprouvé le besoin de le trahir pour des motifs oii il serait imprudent de
(1) Œuvres du cardinal de Retz, Mémoires^ t. H, 2- partie, p. b24,
faire entrer l'amour de la vérité. Guy Joly,à propos de cette entrevue, proposée par la reine et repoussée fièrement par Gondi, dit expressément :
— « Le coadjuteur ne fut pas si difficile : il alla sans beaucoup de façon à Compiègne, sur les instances qui lui en furent faites, quoique plusieurs de ses amis Fen détournassent dans la pensée que ce voyage ne lui était proposé que pour le décrier dans l'esprit du peuple ; mais il n'écouta pas ces raisons, et il se figura qu'il suffirait de publier à son retour qu'il n'y avait été que pour rendre ses devoirs au roi et à la reine sans voir le cardinal. La vérité est pourtant qu'il le vit et qu'il eut une conférence avec lui de trois ou quatre heures pendant la nuit (1). •
Ce Guy Joly était du reste le digne serviteur d'un tel maître. Il avait du sang de barricadier dans les veines : nul ne s'entendait mieux que lui à allumer une sédition en criant : c Aux Mazarins I aux Mazarins! » Après le retour d^u roi à Paris, il fut un des douze syndics qui, sous couleur de défendre les intérêts des rentiers, les ameutaient à chaque instant contre la cour. Dans cette Fronde, étrange et cocasse, où le monde semble renversé, ce sont de graves bourgeois, vêtus de manteaux noirs et ayant tous les dehors de Thonorabilité la plus parfaite, qui s'en vont presque tous les matins solliciter à grands cris le Parlement ou conspuer THôtel de Ville. Joly conduisait l'orchestre et battait la mesure. Mais c'étaient
(1) Mémoires de Guy Joly, collectioil Michaud 6t Poujoulat, t. Uj p. 25, année 1649.