‹ Les mémorialistes; le cardinal de RetzChapitre 28 sur 47 · GUY JOLY · texte numérisé non relu

GUY JOLY

là de petits, exploits pour une âme agitée et impudente comme la sienne. Il s'illustra autrement à quelque temps de là en décembre 1649, dans une comédie qui n'était pas sans danger et où Ton reconnaît sans peine, malgré ses dénégations, le génie inventif du coadjuteur. Il s'agissait, pour obtenir une Assemblée générale du Parlement, de simuler un assassinat sur la personne d'un frondeur connu. On comptait — ce qui arriva en effet — que l'opinion publique prendrait le change et attribuerait le coup aux Mazarins. Le difficile était de trouver un patient de bonne volonté i^our{B.ireV assassiné, Gondi s'offrit en personne; mais il n'appuya pas assez pour faire croire qu'il le souhaitât tout de bon. On lui préféra Joly qui joua son rôle en conscience. Le H décembre, il monta en carrosse et, au moment oii il traversait, ainsi qu'il était convenu, la place Maubert, un gentilhomme aposté, M. d'Estainville, fonça sur lui brusquement à cheval et lui tira au-dessus de la tête un coup de pistolet qui ne l'atteignit pas, — naturellement. Emoi, cris, fureur, indignation du bon populaire, qui sera éternellement dupé ; exécrations contre les Mazarins : on voit le spectacle d'ici. Joly, pour mieux assurer le succès de la ruse, avait troué d'avance une des manches de son pourpoint et s'était fait une contusion au bras où il devait être atteint. Il se mit au lit : les médecins vinrent ; on loua Dieu du hasard qui avait amorti la balle dans sa course, et le Parlement s'étant assemblé ordonna qu'il serait

informé sur cet assassinat. Pour comble de confusion et pour corser Timbroglio, une sorte de fou, nommé le marquis de la Boulaie,qui était aux gages du cardinal, parcourut les rues avec cinq ou six braillards de son espèce en criant : « Aux armes » , et dans Tétrange désordre où étaient les rues de Paris, pleines de mousquetades tirées au hasard par des peureux ou des ivrognes, deux coups de feu furent tirés sur le carrosse du prince deCondé qui passait sur le Pont- Neuf ^u clair de la lune vers les neuf heures du soir pour retourner à l'hôtel. Les Mazarins avaient tiré sur Joly ; les frondeurs tiraient sur le prince de Condé. Le tohu-bohu fut complet.

« Les flatteurs du Palais-Royal confondirent avec empressement et avec joie l'entreprise du matin avec l'aventure du soir : Ton broda sur ce canevas tout ce que la plus lâche complaisance, tout ce que la j[)lus moire imposture, tout ce que la crédulité laplus sotte y purent figurer, et nous nous trouvâmes le lendemain matin réveillés par le bruit répandu par toute la ville que nous avions voulu enlever la personne du roi et la mener en l'Hôtel de Ville ; que nous avions résolu de massacrer monsieur le Prince et que les troupes d'Espagne s'avançaient vers la frontière de concert avec nous (1). »

Petitesse de sentiments, petitesse de moyens, les perfidies les plus malpropres mêlées à des bouffonneries dignes de Mondor et de ïabarin, ruses de mouchards et gaîtés de révolutionnaires, la Fronde est là

(1) (Euvres du cardinal de Retz, Mémoires^ t. H, p. 562.

Page 1