QUALITÉS LITTÉRAIHES DE SON ŒUVRE
portrait: mais en voici un autre qui touche à la perfection. C'est celui du maréchal de Turèntie :
« M. de Turentié a eu dès sa jeunesse toutes les bonnes qualités, et il a acquis les grandes d*assëi bohhé heure. Il ne lui a manqué aucime que celles dont il ne s'est pas avisé . Il avait presque toutes les vertus comme inaturelles. Il n*a jamais eu le brillant d'aucune. L*ôn *â crli plus capable d*êtÉ*e à la tête d*Utie armée que d^un parti, et je le crois aussi paÉ*ce qu'il fl'^élâii pas naturellement entreprenant. Mais toutefois, qui le sait? Il â toujours eu en toUt, comme en son parler, de certaines obscurités qui né se sont développées que dans les occasions, mais qui ne s*y sont jamais développées qu'à Sa gloire (1). »
Un médalUôii suffit au duc de Lohgueville : tnàis quelle singulière gHmace il eût faite en s'y reconnaissant [
« M. de Longueville avait, avec le beau nom d'Orléans, de la vivacité, de l'agrément, de la dépense, dé la libéralité, de la justice, de la valeur, de la grandeur, et il ne fut jamais qu'un homme médiocre, parce qu'il eut toujours des idées qui furent infiniment au-dessus de sa capacité. Avec la grande qualité et les grands desseins, l'on n'est jamais compté pour rien ; quand l'on ne les soutient pas, on n'est pas compté pour beaucoup, et c'est ce qui fait le médiocre (2). »
On peut trouver Retz sévère, injuste même quelquefois par certaines omissions faites volontairement, mais il est rare qu'il trace un portrait de fantaisie,
(1) Œuvres du cardinal de Retz, t. II, Mémoires^ 2* partie, p. 479.
(2) Ibid, p. 176-177.
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destiné à satisfaire uniquement ses rancunes ou ses haines. Cela lui arrive cependant quelquefois, et c'est dans cette dernière catégorie .qu'il faut ranger le dessin infidèle qu'il nous donne de son rival abhorré, du cardinal Mazarin. Ici la passion parle toute pure, et en admirant la verve de l'exécuteur, nous sommes obligés en même temps de constater son injustice et sa cruauté.
« Le cardinal Mazarin était d'un caractère tout contraire (à celui du cardinal de Richelieu). Sa naissance était basse, et son enfance honteuse. Au sortirdu Cotisée» il apprit à piper, ce qui lui attira des coups de bâton d'un orfèvre de Rome appelé Moreto. Il fut capitaine d'infanterie en Valteline ; et Bagni qui était son général m'a dit qu'il ne passa dans sa guerre qui ne fût que de trois mois pour un escroc. Il eut la nonciature extraordinaire en France par la faveur du cardinal Antoine qui ne s'acqijérait pas en ce temps-là par de bons moyens. Il plut à Chavigny par ses contes libertins d'Italie, et par Chavigny à Richelieu qui le fit cardinal par le même esprit, à ce que l'on a cru, qui obligea Auguste à laisser à Tibère la succession de l'empire. La pourpre ne l'empêcha pas de demeurer valet sous Richelieu. La reine l'ayant choisi faute d'autres, ce qui est vrai quoiqu'on en dise, il parut d'abord l'original de Trivelino Principe. La fortune l'ayant ébloui et tous les autres, il s'érigea et Ton l'érigea en Richelieu ; mais il n'en eut que l'impudence de l'imitation. Il se fit de la honte de tout ce que l'autre s'était fait de l'honneur. Il se moqua de la religion. Il promit tout parce qu'il ne voulut rien tenir. Il ne fut ni doux ni cruel parce qu'il ne se ressouvenait ni des bienfaits ni des injures. Il s'aimait trop, ce qui est le naturel des âmes lâches : il se craignait trop peu, ce qui est le caractère de ceux qui n'ont pas de soin de leur
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réputation. Il prévoyait assez bien le mal .parce qu'il avait souvent peur ; mais il n'y remédiait pas à proportion parce qu'il n'avait pas tant de prudence que de peur. Il avait de l'esprit, de l'insinuation, de l'enjouement, des manières ; mais le vilain cœur paraissait toujours au travers et au point que toutes ces qualités eurent dans l'adversité tout l'air du ridicule et ne perdirent pas dans la plus grande prospérité celui de fourberie. Il porta le filoutage dans le ministère, ce qui n*est jamais arrivé qu'à lui, et ce filoutage faisait que le ministère, même heureux et absolu, ne lui seyait pas bien et que le mépris s'y glissa qui est la maladie la plus dangereuse d'un Etat et dont la contagion se répand le plus aisément et le plus promptement du chef dans les membres (1). »
Voleur au jeu, escroc à la guerre, valet de Richelieu, cardinal de rencontre, poltron et filou, on devait parler ainsi de Mazarin le soir en 1649, dans les arrière-boutiques de la rue Saint-Denis. Mais Mazarip offrait assez de prise à l'attaque pour que Retz ne se crût pas obligé de ramasser ces potins de petit bourgeois parisien. Sa haine l'aveugle au point qu'il en perd sa finesse ordinaire ; il ne s'aperçoit pas qu'en rabaissant à ce point son heureux rival, il donne en même temps une fâcheuse idée de sa propre valeur. Et les reproches mêmes qui sont ou qui peuvent paraître justes, quel sel ont-ils dans la bouche de Gondi?(( Il s'est moqué de la religion >, dit-il. On croirait entendre Vincent de Paul, et non son indigne élève. La religion était en de bonnes mains, placée
(1) Œuvres du cardinal de Keiz, Mémoires, 1. 1, 2* partie, p. 283-286.
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sous le patronçige d'un cardinal aussi ?élé et aussi attaché à ses devoirs que lui ! « Il promit tout pétrpe qu'jl ue voulait rien tei^ir. »
Mais retournez-vous, de grâce, c|t Ton vous répojadra.
Mazarin seul a violé ses promesses. Retz et ses amis, esclaves de leuf parolp, oiH tenu les leurs, on sfiit comment. Pour qui Retz prend-il ses lecteurs? Quand les gens d^esprit se mêlent d'être ridicules, ils le sont plus complètement que les imbéciles. Tous les portraits de Retz ne sont pçis, par bonheur, ^ussi sottement chargés, et en sortant même de^ Mémoires ^ on peut en trouver de lui qui aient une véritable valeur historique et littéraire. De ce nombre est le portrait un peu flatté, mais singulièrement brillant, du comte de Fiesque dansV Histoire de la conjuration, et nous ne pouvons pas mieux finir ce livre que par cette citation dont bien des traits peuvent s'appliquer à la carrière de noire héros :
M Aiasi finit cette entrpprise avpc Jeaa-Louis de Fiesque, cQiute de Lavagne, que les ui^s louent et les autres blâment et que plusieurs excusent. Si l'on considère cette loi indispensable qui veut que nous respections le gouvernement présent de notre pays tel qu'il est^ son ambition est fort criminelle : si Von regarde spi> courage et son habileté dans la conduite de cette action, elle paraît héroïque : enfin, si l'on a égard à la puissance des Doria qui menaçait la maison de Fiesque et la Repu ■ blique même d'une ruine prochaine, elle est excusable : mais de quelque façon que Ton en parle, les langues les plus envenimées ne peuvent désavouer que4e comte Jean