GOMMENT FURENT RÉDIGÉS LES COMMENTAIRES
, Monluc nous apprend lui-même qu'il dicta ses Comnien tairas. Entouré de se^s parents et de ses amis, le touret sur le nez, le bonhomme prenait plaisir à faire écrire sous lui ce qu'il avait vu. En moins de deux ans Tœuvre fut achevée. Si la vue avait]faibli, la mémoire, qui avait toujours élé excellente, était restée intacte ; ceux qui entouraient Monluc, connaissant ses histoires pour les lui avoir entendu raconter, étaient sans doute en état de soulager ses défaillances. Pasquier et de Thou veulent qu'il ait eu des notes préparées à l'avance, année par année. C'est aussi contraire
(1) Comm» et lettres dé B. de Monluc, t. II, livre iv, p. 259.
196 ËLAISfi DE MONLUC.
à Taffirmation de Monluc lui-même qu'à son caractère. Ce qui marque l'ouvrage d'un trait ineflaçable, c'est justement qu'on n'y sent point l'apprêt : il est rustique, il est sain, il est savoureux comme du pain bis ; les hommes de lettres, avec leurs petites balances à peser les mots, n'ont point passé par là. Naïf, Monluc ne l'est pas^ et pour cause : il sait très bien pourquoi il écrit ses Commentaires, et le soin de sa mémoire est la première préoccupation de cette âme égoïste et ambitieuse ; mais il est autre chose que naïf, il est naturel, il se présente en pied à ses lecteurs tel qu'il est parce qu'il lui semble qu'on ne peut pas être mieux ; il n'a jamais douté de Monluc : pourquoi les autres en douteraient-ils ?
Paraissez, Navarrais, Maures et Castillans,
VOUS trouverez ici un Gascon gasconnant, capable de vous tenir tête à tous à la fois. Un Français est supérieur à toutes les nations ; le Gascon seul est supérieur aux Français, et Monluc est le premier des Gascons. Il le dit, il le répète, et on finit par le croire, parce que chez ce diable d'homme comme chez ses compatriotes l'acte vaut la parole et quesesgasconnadesne sont presque jamais des tartarinades.