‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 81 sur 102 · XIV. Ce qu'il faut penser de la véracité de Monluc · texte numérisé non relu

XIV. Ce qu'il faut penser de la véracité de Monluc

HAINE DE MONLUC POUR LES ÉCRITURES. — COMME QUOI M. DE GUISE LE FIT QUINAUD AU SIÈGE DE THIONVILLE.

Il ne faut pas demander à un vieux routier dont la main s'est usée à frapper sur les ennemis de son roi, d'être un écrivain disert et fleuri : Monluc n'avait jamais été un grand clerc, et le

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métier qu'il fit pendant près de soixante ans n'était pas fait pour développer en lui le goût de l'étude. Il détestait d'instinct les paperasses, l'écritoire, les robins, les chicanons de toute espèce qui passent leur vie à l'ombre, chaussés d'énormes lunettes, et on ne se le figure pas, même dans son ultime vieillesse, courbé sur une table pour arrondir des majuscules à l'adresse de la postérité. Toutes ses lettres, même celles de sa jeunesse, ont été écrites par ses secrétaires ; il se contentait d'y apposer sa signature. En celail différait grandement du plus célèbre capitaine de son temps, de François de Guise, qui, par son application à entrer dans l'infini des détails et à rédiger tous les ordres de sa main, était vraiment déjà un général moderne. Monluc, qui l'estimait d'ailleurs à tant d'autres titres, ne pouvait pas soufïrir chez lui ce prurit d'écritures. Son intempérance habituelle de langue faillit même sur ce point lui attirer une méchante affaire, au début du siège de Thionville. La chose en soi n'était pas de conséquence ; mais si M. de Guise n'eût été un homme d'esprit, elle eût pu nuire au Gascon, qui cette fois-là au moins fut quinaud. Voici comme 11 la raconte lui-même, avec assez de bonne grâce e£ d'humeur :

• — tJn jour, je venais des tranchées pour lui demander quatre enseignes d'Allemands pour entrer en garde avec nous et nous tenir escorte, car nous cominencions tovi à approcher de la ville. Et à cause que Tarlillerie l^avait tiré hors de son premier logis, il s'était mis en

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une petite maisonnette basse, là où iln^y avait qu*une petite chambre qu'avait une fenêtre qui sortait eur la porte: et là je trouvai M. de Bourdillon qui depuis a été maréchal de France, auquel je demandai où était Monsieur: il me dit qu'il écrivait. Alors je dis: « Au diable ses écritures 1 il semble qu'il veuille épargner ses secrétaires : c'est dommage qu'il n'est greffier du parlement de Paris, car il gagnerait plus que du Tillet et tous les autres ». M. de Bourdillon se mit fort à rire, parce qu'il connut que je ne pensais pas qu'il m'entendit : et parce qu'il voyait que M. de Guise m'entendait, il m'aiguillonnait toujours pour me faire parler sur ce greffier. Alors M. de Guise sortit tout en riant : « Et bien, Monseigne, serais-je bon greffier ? » Jamais je n'eus tant de honte et me courrouçai fort contre M. de Bourdillon de ce qu'il m'avait fait ainsi parler, et n'en faisaient que rire... (1)

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