En al mineur
84 LE:S MËr^DËLSSOHN-BÂRTHOLDY.
rent bien un peu de ce qu'un jouvenceau, un gamin avec un bâton, prenait la place de leur solennel conductor^ en perruque frisée et poudrée, puis nous commençâmes. Dès la première fois, tout marcha bien et les auditeurs se montrèrent satisfaits ; après chaque morceau, ils applaudirent et l'orchestre fit comme eux. (En signe de bon accueil, ils frappent de l'archet le dos de leur instrument ettrépignent.) Le premier morceau fini, ils firent un vacarme du diable, et, comme j'en fis redire la fin, qui n'avait pas été jouée à mon idée, ils recommencèrent le même tapage. Les directeurs vinrent me trouver sur Testrade, dont je dus descendre pour faire des saluts à n'en plus finir. J.-B. Cramer était dans l'enchantement et m'accablait de compliments ; il me fallut faire le tour de l'orchestre et donner des poignées de main en veux-tu en voilà. Ce fut certainement un des plus heureux moments de ma vie; car tous ceux qui, une demi-heure plus tôt, étaient des étrangers pour moi, venaient de se changer en amis. Hier soir, le succès du concert fut plus grand que tout ce que j'avais rêvé. On commença par la symphonie; le vieux Cramer me conduisit au piano comme si j'avais été une jeune dame, et je fus accueilli par une longue salve d'applaudissements. On voulut me faire bisser Vadagio, mais je m'y refusai dans la crainte de fatiguer le public; quant au scherzo, on le redemanda avec tant d'insistance, que je me vis obligé d'obéir, et, quand nous l'eûmes exécuté, le public prolongea ses applaudissements jusqu'à ce
qu'après avoir remercié Torcheslre, je quittai la salle, d
On peut s'imaginer la joie que ressentirent les parents de Berlin en apprenant le succès de l'enfant chéri. Fanny particulièrement, en fut tout émue, et la lettre suivante, qu'elle écrivit à Klingemann, le 4 juin, témoigne de sa tendre et constante sollicitude pour son frère bien-aimé :
« Vous me comprendrez quand je vous dirai que les succès de Félix ne m'étonnent ni ne me remuent; car, en ce qui le touche, j'ai toujours cru à sa prédestination. Tout cela est beau et bon, et des lettres comme la sienne d'hier, et la vôtre d'aujourd'hui, me causent une joie infinie, parce que je vois que vous le gâtez et le dorlotez, exactement comme je le souhaitais. Maintenant, une prière : Félix recevra prochainement un paquet contenant quelques douceurs et des souvenirs du pays. Ce paquet vous est adressé; soyez assez bon pour le lui remettre vous-même; seulement, attendez qu'il soit bien disposé, et non quand il sera mécontent de son copiste ou de toute autre chose. Ah! cher Klingemann, plus vous ressentez de plaisir de sa présence, de la vie qu'il apporte partout avec lui, plus vous devez comprendre combien son éloignement nous attriste et comme il nous manque! Aussi, je vous ^n supplie, écrivez-nous souvent; vos lettres sont pour nous un baume et une consolation. »