LE PROFESSEUR G. GUILLAIN
Introduction.
Depuis quelques années, le médecin qui se trouve en présence d’un syndrome méningé voit surgir, comme par réflexe, devant ses yeux des images, les unes confuses, les autres plus précises, de « cas heureux ».
Sur ces cas, les communications et les travaux se sont multipliés, particulièrement depuis la fin de la guerre. Et, surtout si son malade est un enfant, surtout si les lymphocytes prédominent dans le liquide céphalo-rachidien, enfin surtout si une « laborantine » ou un laboratoire sérieux n’arrivent pas à déceler dans ce liquide de bacilles de Koch, le médecin se raccroche avec espoir à l’idée des « Méningites lymphocytaires bénignes », des « Episodes méningés curables », ou des méningites vermineuses.
Pour ces dernières cependant, elles sont rares — la preuve, c’est qu'on les publie encore quelquefois — et tellement rares que, même si l’on a pensé à elles, même si l’on a administré un vermifuge, l’expulsion d’un parasite et la guérison consécutive
restent malgré tout une surprise.
Aie
Autrefois, les guérisseurs et les sorciers se réservalent souvent ces surprises ; c'était chez eux où entre leurs mains que se prenaient le vif-argent ou la fougère ; c'était sous l'influence de leurs paumes appliquées que les lombrics quittaient l’organisme et que guérissaient des enfants qu’on avait abandonnés.
Actuellement les médecins connaissent l’existence des méningites vermineuses et savent les traiter, mais il semble bien que là se bornent leurs progrès et que, pas plus qu’autrefois, nous n’ayons de moyens sûrs de les reconnaître. Le polymorphisme et,si l’on peut dire, le mumétisme des méningites vermineuses n’ont fait qu'augmenter avec le temps et l'apparition de nouveaux examens de laboratoire n’a fait que donner à ces méningites de nouveaux prétextes à copier un peu plus les méningites tuberculeuses.
De même que le tableau clinique, la « formule » céphalo-rachidienne des unes imite celle des autres et nous en sommes encore à attendre la découverte du bacille de Koch ou l'expulsion du lombric pour trancher le problème.
Nous aurions été heureux d'apporter pour notre part, le signe certain, la pierre de touche qui eût permis de faire un peu plus tôt un diagnostic si angoissant. Ce signe, nous ne l’avons pas trouvé.
Nous espérons cependant que ce travail n’aura pas été inutile. En montrant le polymorphisme étonnant de la méningite vermineuse, en rassem-
blant les aspects si variés sous lesquels elle a été
dépistée, nous aurons rappelé qu'il faut toujours penser à elle si invraisemblable qu’elle puisse paraître.
Qu'il nous soit permis de remercier notre maître, Monsieur le Professeur Lereboullet, qui nous a inspiré l’idée de ce travail et nous a ouvert ses services et ses archives, et le Docteur Gournay qui a bien voulu nous communiquer des cas inédits et nous guider de ses conseils.
Historique.
I. — L'influence nocive des vers intestinaux est connue depuis les premiers âges de la médecine.
À vrai dire, les conceptions que l’on avait de leur rôle exact varièrent suivant les époques. Certains auteurs admettaient qu'ils se formaient spontanément, aux dépens des substances nocives de l’organisme, et qu'ils étaient non la cause mais le déchet de la maladie. On leur reconnaissait d’autant plus volontiers un rôle utile qu'après leur naissance le malade guérissait. Toutefois on ne laissait pas de provoquer cependant leur expulsion chaque fois qu’on le pouvait.
En 1818, pour la première fois, Bremser décrivit comme une entité la « maladie vermineuse » dans la description de laquelle il faisait entrer beaucoup des symptômes que la voix populaire attribuait à la présence de parasites intestinaux.
Pendant le début du xrx® siècle, on attribua les troubles qu'ils produisaient surtout à leur action mécanique. Cette action portait soit sur les mu-
queuses digestives, soit directement sur les divers
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organes où des migrations de vers avaient été ob-
servées.
Après les travaux de Pasteur, on les considéra surtout comme des inoculateurs, capables de faire pénétrer par leurs morsures, les germes du contenu intestinal dans le courant sanguin.
Actuellement la théorie toxique est plus en vogue. De cette dernière, Avicenne était déjà un protagoniste puisqu'il admettait qu'une vapeur part des lombrics et peut gagner le cerveau. Mais les travaux de Weinberg, de Brinda et surtout de Simonin entre autres lui ont donné de solides bases, et Morenas a introduit la notion nouvelle du rôle de l’anaphylaxie. On trouvera une bibliographie très importante sur les accidents qu’entraînent les vers intestinaux dans la thèse de Simonin et pour les travaux plus
anciens dans le Traité des entozoaires de Davaine.
II. — La possibilité de méningites liées à la présence de ces parasites semble avoir été soupçconnée depuis longtemps. Trousseau les connut et les expliqua par la « vellication », c’est-à-dire par le chatouillement de la muqueuse intestinale et une action réflexe consécutive. En fait, ce fut Lebon, de
Besançon, qui, en 1863 (1), publia le premier travail
1. La plupart des auteurs indiquent un travail de Lebon sur le même sujet, qui aurait paru dans le même Journal dès 1835. Nous n’avons trouvé aucune trace de cette publication. D'ailleurs, dans son article de 1863, Lebon mentionne qu'il a constaté son premier cas huit ans seulement plus tôt, étant alors, dit-il, « frais émoulu de l’école ».