LA FORCE ET LA FAIBLESSE DE LA VOLONTÉ
queute. Il faut toujours être en garde contre elle. Les qualités d'un individu dans un milieu déterminé peuvent n'être qu'un reflet de ce milieu, ou le résultat de son influence. Chez un autre elle appartiendrait bien plus à la personnalité même. Et la distinction de l'état du premier et de celui du second n'est pas toujours facile à faire. Parfois elle est impossible si l'expérience ne vieut l'imposer, si un changement dans les conditions de la vie ne vient, en transformant la nature apparente de l'individu, nous mieux informer de sa nature réelle. On entrevoit à peine l'immense quantité de simulations que peut produire ainsi l'influence méconnue du milieu et des conditions d'existence.
§IV
Que toujours quelque réalité se trouve au fond de ces simulations, c'est ce qu'on prévoit. C'est, d'abord la réalité du moment : une idée, un sentiment quelconque, pour n'avoir pas la force que nous serions tentas de leur attribuer et qu'eux mêmes semblent annoncer, n'en ont pas moins une énergie réelle et une indéniable existence. De plus ces qualités, dont la société fait surgir l'apparence, c'est-à-dire la réalité partielle et momentanée, elle tend à les confirmer et à les enraciner. Elles finissent, en certains cas, par être presque esseatielles à l'esprit qui en a pris l'habitude et s'est lentement transformé. Sa souplesse n'est pas indéfinie. A un point de fixation de ses tendances, au lieu de se transformer encore, si les conditions changent, il peut se rompre. En sorte que la simulation peut non seulement
se muer en réalité, mais encore se retourner. Une ancienne qualité naturelle disparaîtrait ou peu s'en faut, et il n'en resterait que des rudiments, des apparences qui feraient parfois croire encore à son existence et à son pouvoir, tandis qu'une tendance opposée, surajoutée d'abord par et pour les nécessités de la vie, deviendrait plus réelle que la qualité primitive.
La faiblesse de la volonté se simule comme l'énergie. La timidité est à certains égards une faiblesse spécialisée de la volonté. Elle peut donner l'illusion de la faiblesse générale qui ne l'accompagne cependant pas toujours, et il s'en faut.
On s'imagine parfois que le timide est facilement influencé, qu'il manque d'initiative et ne sait pas résister à la volonté d'autrui. C'est là une confusion qui mène à de fréquentes erreurs.
L'apparence de la timidité (comme la fausse impassibilité) peut être due simplement à la réserve, à la retenue systématisée. Dans ce cas elle s'associeraità une volontéassezforte, mais par le fait seul qu'il simulerait la timidité, même bien involontairement, l'individu pourrait simuler la faiblesse.
La timidité vraie implique bien de la gaucherie, quelque indécision des systèmes psychiques, et l'inaptitude de l'esprit à constituer rapidement en certains cas sa volonté. Elle s'accorde pourtant très bien avec de grandes qualités du vouloir. Pour ne pas être parfait, pour ne point être toujours prompt, sûr et suffi-