I VI
Il est encore bien des confusions possibles et que je ne puis relever toutes. L'imprévoyance, par exemple, simule le courage ; et ce cas se rattache à celui que nous avons vu tout à l'heure : la simulation du courage par l'activité indépendante des éléments psychiques et l'absence de contrôle intérieur. Quand l'imprévoyance s'unit à dés passions assez vives, le courage apparent va jusqu'à la témérité. De même la prudence simule la lâcheté et réciproquement. Dans l'équilibre ou le déséquilibre de l'esprit, il n'est pas toujours possible de faire à chaque désir la part qui lui revient. Est-ce que le désir est trop tenace pour qu'une inhibition puisse l'arrêter et que la prudence ait quelque influence, est-ce au contraire qu'il paraît violent à cause du manque naturel de contrôle et de réflexion? Tel homme
recule-t-il devant un danger après un examen réfléchi qui lui montre l'inutilité de l'audace, ou bien se dérobe-t-il par peur des inconvénients à subir, alors qu'il croit au fond de lui-même qu'il vaudrait mieux résister ? Ce sont des questions qu'une connaissance profonde des individus peut faire résoudre en certains cas, non pas dans tous, et qui dans quelques-uns sont probablement insolubles par nature. Il n'en reste pas moins que les faits qui nous les font poser prêtent souvent à des simulations et à des erreurs dont l'individu tâche parfois volontairement de profiter. Qui n'a rencontré la lâcheté habillée en prudence?
Il est enfin un autre genre de simulation sur lequel je ne m'arrêterai pas ici, mais que je dois indiquer. Sa portée est grande et je désira la faire soupçonner mais il intéresse surtout la morale.
Un même acte, un même individu seront jugés de façon très différentes selon les idées générales, philosophiques, religieuses, sociales, de ceux qui l'apprécient. Tel assassinat politique, par exemple, sera traité de « lâche attentat » par les uns, alors que son auteur sera pour d'autres un héros. On peut donc penser qu'il simule au moins une qualité, sinon les deux, et que s'il n'exploite point lui-même ce mensonge, ses amis ou ses adversaires ou tous à la fois vont l'exploiter chacun dans l'intérêt de leur cause. Les conséquences de ce fait vont, je crois, très loin.