I. P. Hartenberg, L'hystérie et les hystériques, p
quelque malice, converser mystiquement avec M""" Guyon, sans risquer d'être taxé d'hystérie i. V.Hugo a pu avoirbeaucoup d'orgueil, non moins de sensibilité et d'imagination, être extrême en ses opinions successives, fort attentif à ses intérêts et diablement madré- ; A. de Musset a pu être d'une sensibilité frémissante, être égoïste, infatué de lui-même, capricieux, ardent au plaisir ; Mérimée, mystificateur, égoïste et ami des femmes ; Montesquieu, étonnamment paillard ; Marbot, hâbleur sans vergogne ; Quentin de la Tour, outrecuidant et fantasque, sans qu'aucun d'eux encoure la qualification d'hystérique \
1. Il semble pourtant que l'hystérie l'ait guetté. S'il y fut peut-être prédisposé héréditairement, ce qui le sauva de la névrose, ce fut l'éducation qu'il reçut, le milieu dans lequel il vécut, la carrière qu'il choisit et à laquelle il se voua avec feu. Le prêtre sincère dans sa foi s'impose en effet une discipline intérieure, une sorte de dressage quotidien en vue du bien qui lui confèrent une plus pleine possession de soimême et une valeur morale supérieure à celle de la généralité des laïques.
2. Michelet, génie excessif et instable, semble avoir côtoyé la névrose. Lire l'étude que lui consacre M. E. Faguet dans le Dix-neuvième siècle.
3. Il entre, à la vérité, dans tout diagnostic posé, comme dans tout jugement porté, une large part d'appréciation personnelle. De légères oscillations hors de la normale suffisent à quelques médecins pour que tel grand homme, littérateur ou même orateur de la chaire, soit considéré comme à moi-
Tout autre nous a paru Chateaubriand; et l'épithète, quoique mal famée, doit le réjouir, lui ou sa grande ombre.
Et d'abord elle a, par son étymologie, je ne sais quoi, ou plutôt je sais bien quoi de féminin qui n'est pas pour lui déplaire. A côté du Chateaubriand solennel et gourmé, n'y avait-il pas pour les intimes, mais pour les intimes seulement, un Chateaubriand très vert en ses propos, « un Chateaubriand secret, lâché et débridé de ton » ?
Et puis elle le range tout près de ces femmes fantasques qu'il a tant aimées, voisinage pourvu de plus d'attraits que les bords de la Seine préférés de son rival de gloire.
Et puis elle atteste sa perspicacité : lui-même se qualifiait d'androgyne ; il se soupçonnait atteint du morbus sacer des anciens, sorte de pandemonium de maladies nerveuses.
tié fou ; à lire certains ouvrages, notre Panthéon littéraire et artistique ressemblerait fort à une annexe des Petites-Maisons. Travers, défauts ou vices ne semblent cependant pas avoir été plus fréquents chez les grands hommes que chez ceux du commun. Si, chez eux, ils frappent plus les regards, c'est à cause du grand jour que leur vaut la célébrité : il ne faudrait pourtant pas que les petites gens, comme nous, abusassent de leur obscurité.
De même que le génie peut exceptionnellement loger sous le même toit qu'une névrose, il n'est point une névrose ; il n'est point la névrose et aurait pu exister sans elle.
Et puis elle lui vaut la commisération qui s'attache à tout malade.
En le disculpant en partie de toutes sesfrasques, elle lui tend la perche.
Elle ne lui dérobe rien de son génie.
Enfin, elle le sauve de l'épithète de simple menteur ou de menteur dénué de simplicité, comme il voudra.
Peut-être, à cause d'elle, rate-t-il l'apothéose, qu'on ne décerne généralement pas aux malades ; mais, par elle, il esquive l'anathème dont l'Apocalypse poursuit le menteur tout court, et <( l'étang de soufre et de feu » dans lequel elle le plonge.
Chateaubriand doit être content.