PRÉFACE
Il y a deux manières de comprendre le roman ou la nouvelle historique : Tune consiste à mettre en action des événements et des personnages fournis par l'histoire; l'autre s'efforce de ressaisir, à l'aide d'éléments qui sont du pur ressort de la fiction, l'esprit d'un temps disparu, d'en exprimer le charme ou l'originalité, d'en extraire et dégager, pour ainsi dire, le parfum.
C'est cette seconde méthode que j'ai, dans ces
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récits, essayé d'appliquer à l'époque de la Renaissance. Ces récits, en effet, sauf quelques faits généraux, indiqués seulement, appartiennent tout entiers à la fiction. Mais j'ai tâché que la couleur de Pépoque que j'avais à peindre y fût plus vivement reflétée que s'ils eussent été empruntés à la réalité même , et que la Renaissance s'y épanouît en quelque sorte dans toute sa fleur.
Cette heure un peu vague, qui se dore du nom de Renaissance , apparut successivement chez toutes les nations latines, à mesure que, par le long travail des siècles, ces nations furent ramenées à un état de culture littéraire et artistique se rapprochant de celui où la Grèce et l'Italie étaient parvenues dans l'antiquité. A cette rencontre sur les hauteurs où la civilisation nouvelle arrivait à son tour, il y eut comme un baiser passionné de celle-ci à ses devancières. Je ne sais quelle lumière matinale éclaira cette première étreinte : l'art et la poésie se teignirent, à tous leurs sommets, de lueurs de printemps. C'est cet air de renouveau, se répandant sur le monde intellectuel, qui a fait inventer ce nom de Renaissance, d'ailleurs inexact, s'il était pris au sens littéral, car les nations modernes n'avaient nullement attendu jusque-là pour revivre; elles avaient parcouru leur laborieux chemin avec
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des étapes plus ou moins glorieuses, et elles apportaient au commun rendez-vous leurs qualités naturelles et acquises, leur génie original, les traditions d'une existence indépendante et féconde.
L'étreinte filiale dont nous venons de parler, cette reconnaissance joyeuse sur les hauteurs a lieu, bien entendu, à mille pieds au-dessus du chaos indigeste où se démènent les pédants et les gauches imitateurs. L'éclat qui l'accompagne, cette clarté matinale qui revêt chaque objet qu'elle touche d'une grâce charmante, s'étend et gagne une à une toutes les plus libres manifestations de la poésie et de l'art. Nulle part elle n'est plus visible que dans la comédie italienne à ses débuts; elle frappe en plein le théâtre comique qui s'élève. C'est même là qu'on peut le mieux surprendre ce gai et pétillant rayon.
La preste comédie italienne, qui ressaisit hardiment les masques antiques et leur donne une physionomie nouvelle, est une vraie fille de la Renaissance. Elle en a reçu la vivacité et l'élégance, qui furent ses premiers dons, et le piquant attrait de la beauté jeune qui se fait tout pardonner. Elle offre le plus parfait contraste avec notre comédie moderne, vieillie, maussade et atrabilaire. Elle n'a aucune prétention à l'analyse acharnée et pénétrante du cœur humain;