SCÈNE II NADINE, YÉGOR
NADINE, éperdument bavarde
Eh bien, quoi? Qu'y a-t-il ? Nous voilà seuls! Que se passe-t-il ? Que voulez-vous ? Qu'avez-vous à me dire ? De qui êtes-vous jaloux? De Wladimirof, qui est joli, ou de Grégor Grégorowitch, qui est énorme ? Parlez ! parlez dune ! J'accorde audience à votre mauvaise humeur. Je donne la parole à votre jalousie. Mais dépêchez, j'ai promis la mazurka. (Yégor ouvre îa bon. lie. Eiie continue.) Ah ! vous ne trouverez pas, je suppose, que je manque de complaisance! Je suis au bal, ma coiffure est un prodige, ma robe est un miracle ; — oui, monsieur, ma robe; on ne le croirait pas, mais j'en ai une; les femmes disent pis que pendre de mes bras qui sont bien et de mes épaules qui sont mieux ; les hommes, — vous excepté, cela s'entend, — les hommes... bref un triomphe. Alors vous survenez, vous me faites un signe furieux, pourquoi ? apparemment parce que je ne suis point laide à faire peur. Je pourrais n'en tenir aucun compte. Point. J'obéis. Je vous précède dans ce salon écarté. Je brave le ridicule
QUATRIÈME TADLKAU
d'être surprise en tête-à-tête avec mon mari, et, tranquillement, j'écoute toutes les niaiseries qui vous passent par la
tête. I Végor veut parler, elle ne reprend pas baleine.) Oh ! qiierellfcZ, ba-
vardez, égosillez-vous ! Je m'attends à tout. Criez que je suis frivole, laide, bavarde même — bavarde! quelle méchanceté noire ! — menacez-moi, dites-moi que vous êtes le frère de Sophia Ivanowna et l'aide de camp du Gouverneur, que vous me ferez enlermer dans un couvent, soyez hargneux tout à votre aise, battez-moi, mordez-moi ! Vous voyez, je
Suis resignée. (Yégor est rouge de fureur, elle ne s'interrompt pas.) Mais
croyez que je ne supporterai pas, tous les jours, de pareilles scènes, monsieur! Suis-je condamné aux mines? Habitons-nous la Sibérie ? Nous sommes à Troki, dans un pays à peu près civilisé, bien que les femmes s'y fagotent encore comme du temps de Pierre le Grand ! Je |prétends être libre d'aller, de venir, de m'habiller à ma guise...
VÉGOR, plaçant un mot
Et de vous...