NADINE
Déshabiller de même ! de danser, de souper, de rire, d'écouter qui me parle — je vous écoute bien ! — et de sourire à qui me sourit. Voulez-vous divorcer? Divorçons. Je ne vous plais guère. Vous ne me plaisez pas. Toujours des cris, et mille paroles vaines ! C'est entendu : le divorce. Maintenant, je vais danser la mazurka. Vous voyez, j'ai aux talons de petites ailes qui font un bruit de castagnettes d'or. Car je pense qu'enfin vous n'avez plus rien à me dire !
i/V la comtesse Sonya qui entre nu bras d'un officier et pendant que la salle se remplit de femmes en toiletes de bal et de jeunes gens en uniforme.) Ail !
Sophia Ivanowna, votre bal serait parfait si vous n'aviez pas invité mon mari !
SON VA
Un bal d'adieux, chère Nadine. Juste de quoi ne pas pleurer en se quittant.
NADINE, à un domestique qui passe portant un plateou
Donnez du Champagne au prince ! il est tout essoufflé!
Elle sort en éclatant do rire.
YKGOR, qui court après elle
Oh ! Je l'étranglerai!
SONYA, très rieuse, se tournant vers le groupe qui la suit
11 faut que je vous renvoie. Cette toilette frivole n'est pas convenable pour un jour de bataille, et je dois revêtir mon
COStUme de guerre. (Elle montre deux coméristes qui viennent d'entrer par la petite porte de gauche, 1 une portnnt une table de toilette, l'autre ayant sur les liras une robe et un corsage fait d'une cotte de mailles d'acier.) VOUS
voyez, je vais faire un « changement » comme disent les filles d'opéra. Mais je vous rejoins. Ah ! vous ne savez pas? une idée que j'ai eue : avant de nous battre, nous soupons. Un médianoche jusqu'au premier cri du clairon.
VOUS êtes des nôtres, tOUS? (Elle les éloigne d'un geste.)