‹ Les mères ennemies; drame en trois partiesChapitre 34 sur 81 · VAS · texte numérisé non relu

VAS

Bon ! j'étais déguisé en paysan lithuanien. J'avais l'air d'un petit ours. Ne me gronde pas, puisqu'on ne m'a pas fait de mal ! C'est toi d'ailleurs qui m'as conseillé ce voyage.

Moi ?

Sans le faire exprès. Il y a huit jours, tu m'as dit, avec un air terrible, — car tu as l'air terrible souvent, oh ! jamais contre moi, — tu m'as dit : « Dans la maison de mon ennemie, il y a une jeune fille, Helyonne Kilinska. Elle est d'une race puissante et riche, elle est chère au fils de celle que je hais ! Après la campagne, elle sera ta femme. »

SON VA

Oui, j'ai dit cela.

IVAN

Moi, je voulais bien servir ta colère — parce que tu es bonne, — mais, tu comprends, je n'étais pas fâché de savoir si je pourrais le faire avec plaisir.

QUATRIEME TABLEAU 'Jl

SONT A

Eh bien?

IVAN

Ah! ma mère!... Laisse-moi t'expliquer. Les matins, en habit de paysan, je quittais Pruzani ; je gagnais à travers le bois le château de Mikalina où elle habite depuis la mort de son père. Elle était à sa fenêtre, toujours, une fenêtre où il y a des oiseaux et des fleurs qui remuent. Mon Dieu ! qu'elle est jolie! Autant que toi. Mais autrement.

s ON VA

Ah ? autrement !

IVAN

Ses longs cheveux qui coulent sont de l'or pâle, très lisses; elle a le visage un peu long, d'une pâleur azurée, comme si le bleu du regard lui glissait sur la peau. Je n'avais pas pensé, en partant, qu'elle pût être si fière avec tant de douceur. Elle brodait à sa fenêlre. Me montrer, lui parler? Je n'osais pas ; je me tenais derrière des arbres, caché, en face d'elle. Je restais là, jusqu'au soir, la regardant, très content d'être tout près, bien triste d'être si loin. Ah ! petite mère, est-ce que la campagne sera bien longue?

SONVA

Et lui, l'as-tu vu?

IVAN, assombri

Lui ! ne parle pas de lui.

SONVA, haineuse

As tu vu le fils d'Elisabeth Boleska ?

Eh bien, je l'ai vu.

Est-ce qu'il est beau ?

Je crois que oui.

IVAN

SON Y, Y

SON" Y Y

Moins que toi, j'en suis sûre

IVAN

Et je crois qu'elle l'aime, ma mère ! Je les ai suivis dans une allée, un soir : elle lui donnait la main ! Oli ! je le haïssais à cause de toi, déjà; je le hais bien plus, à cause d'elle. Je veux me battre .' que mon père y consente ou non, je le suivrai dans cette guerre !

SONYA

Non. Je veux pour toi la victoire sans le danger ; et puis, tu es trop jeune, Ivan.

IVAN

Tu es une femme, toi, et tu pars avec l'armée ! Je me battrai.

SON'Y.Y, d'une voix sourde

Oh ! moi, je me suis toujours promis de revoir ce château de Mikalina, où j'ai été reçue un jour ! (Eiie se retourne et

aperçoit le comte, entré depuis un instant par In pelito porle à droile et qui l'écoute, l'air soucieux. Elle continue d'un ton de coquetterie cdlinej Et VOUS

m'y conduirez, n'est-ce pas, mon cher comte?

(Elle a mis la tète sur 1 épnule de son rnnri.)

HOLESKI, la repoussant doucement

Rentrez dans le bal, Sonya. Je désire être seul ici.

SONYA, rieuse

Oui, pour combiner le plan de bataille? Faites \iie mais vous ne m'avez pas complimentée sur mon habit de combat. N'ètes-vous pas fier de votre guerrière? (André Boieski Téioigne d'un geste.) Je m'en vais. A tout à l'heure, général! (a ivon.) Viens, toi! et ne soit point jaloux. Est-ce qu'une femme peut voir mon Ivan et ne pas l'adorer!

(Sortent Ivan et Sunya.)

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