SCÈNE PREMIÈRE HELYONNE, puis ETIENNE BOLESKI
Au lever du rideau, le si ence. — Helyonne apparaît, Têtue da blanc, une corbeille de roses blanches à la main; elle descend l'escalier, trempe son doigt dans un bénitier, s agenouille devant un petit autel de la Vierge, sous la clarté de la lune.
HELYONNE.
Chère Dame ! Souveraine adorable ! Je vous donne ces roses blanches, les dernières peut-être de ce printemps ; car voici les jours de bataille, et les fleurs innocentes vont se rougir de sang dans le jardin de votre Pologne !
Etienne est entré depuis un instant, il a longtemps, longtemps regardé Helyonne.
ETIENNE
Helyonne, avez- vous prié aujourd'hui pour votre ange gardien? car vous êtes toute parfaite, et il fait, je vous le dis, plus de péchés que vous.
HÉLYONNE
Que le nom de Jésus soit glorifié !
ETIENNE
Tant que je t'aimerai !
HÉLYONNE
Ah! vous répondez mal, Etienne Boleski.
ETIENNE
Dans les siècles des siècles ! N'est-ce pas la même chose?
HÉLYONNE, avec un sourire
Non, je n'ai pas prié Dieu pour mon ange gardien, car je suis une grande pécheresse; aujourd'hui encore j'ai eu des distractions pendant que votre mère disait les oraisons du matin.
ETIENNE
A qui donc songiez-vous, Hélyunne ?
HÉLYONNE
Je ne songeais pas à quelqu'un. Il faut avouer, monsieur, que depuis un temps vous vous en faites bien accroire. C'est en France, certainement, que vous avez pris cette vanité d'imaginer que vous inquiétez la pensée des jeunes filles.
ETIENNE
Je me corrigerai, mademoiselle
HÉLYONNE
Je pensais à une ceinture que je brode.
Elle prend dans la corbeille qu'elle a posée à terre une longue ceinture tissue d'o et d'argent et brodée.
CINQUIEME TABLEAU LOg
ETIENNE
C'est pour parer quelque sainte de votre chapelle.'
HÉLYONNE, avec dépit
Ni les saintes, ni les femmes ne portent de telles parures.
ETIENNE
Pour décorer l'image d'un Bienheureux ou du Christ même?
HÉLYONNE
On ne brode pas des gardes de sabre et des aigles aux vêtements des Bienheureux.
ETIENNE
Puisqu'il en est ainsi, je ne devine pas ce que vous ferez de votre ouvrage.
HÉLYONNE
C'est que vous êtes bien peu courtois, monsieur Etienne Bolet-ki! car je suis d'âge à être mariée, je pense, et comme beaucoup de gens ne me trouvent point laide, vous pourriez bien dire que j'ai un amoureux à qui je veux faire un présent.
ETIENNE
Ah! vous avez un amoureux, Hélyonne Kilinska?
HÉLYONNE, presque en iJeurs
Non, monsieur, non, car si j'en avais un, il aurait deviné depuis longtemps que la ceinture est pour lui, et il ne serait pas cau.ce que j'ai envie de pleurer!
ETIENNE
11 a peur de s'en faire accroire...
HÉLTONNE, très vivement Oh! qu'il est rancunier! (Elle lui offre vivement In ceinture tout
étinceionte de fleurs d or et d'emblème* i. Tiens ! regarde! la trouvestu jolie? Tu la porteras dans les batailles, et puisse le vent la faire flotter du côté de la fenêtre où je t'attendrai toujours!
Etienne se jette sur la ceinture et la b:ùse passionnément dans les ;
wjnnc.
ETIENNE, agenouillé
Oh ! je t'aime ! je t'aime !