SCÈNE V
ELISABETH et HÉLYONNE en prière; ANDRÉ BOLESK1, qui
entre furtivement por la petite porte de la sacristie ANDRÉ BOLESKI
Elisabeth ...
ELISABETH, se dressant, farouche
Oh ! que viens-tu faire ici ? qui t'appelle ? Que veux-tu ?
BOLESKI
Je vous en prie, écoutez -moi.
ELISABETH
Ma fille ! tu as vu le mauvais génie de notre race. Tu as entendu le maudit de la patrie et du ciel ! 11 est là, le dé-
sespoir va entrer (p:us bos.) C'est la première fois que je tremble pour Etienne !
ANDRÉ BOLESKI
Je viens le sauver.
Tu mens ! L'angoisse, les désastres, voilà ce qui peut venir de toi ! Le salut, non.
ANDRÉ BOLESKI
Je jure par le saint nom de Jésus ...
ELISABETH
Tu l'as renié !
ANDRÉ BOLESKI
J'atteste les tombeaux où dorment les ancêtres...
ELISABETH
Leurs os frémissent d'horreur sous tes pas! — Sors! va-t-en ! ne sois plus ici, si tu ne veux pas en être chassé par les spectres !
ANDRÉ BOLESKI
Ah ! Vous m'écouterez ! dussé-je vous fermer la bouche avec ma main!
ELISABETH
Non !
HÉLYONNE
Il s'agit d'Etienne, ma mère! parlez, monsieur.
CINQUIEME L'ABLEAU 117
ANDRE BOLESEI, à Hêlyonne
Qui êtes-vous, mademoiselle? Je devine, vous êtes Hélyonne Kilinska. Vous aimez Etienne. Je vous remercie. Écoutez-moi ; il doit se rendre dans cette nuit au carrefour Pruzani?
Qui te l'a dit, espion ?
ANDRÉ BOLESKI
Et de là s'engager dans la forêt pour rejoindre ses amis du Palatinat? Eh ! bien, dans la forêt trois mille russes l'attendent, embusqués dans les gorges, derrière les roches. Qu'il ne parte pas ou qu'il passe par la plaine, sinon il mourra sans même avoir pu se défendre.
ELISABETH, avec un cri
Il est parti !
ANDRÉ BOLESKI
Parti !
HÉLYONNE
Ma mère, on peut le rejoindre encore !
ELISABETH
C'est le mensonge qui a parlé. Un] traître n'aime pas son fils.
ANDRÉ BOLESKI
Hélas ! toutes ces minutes perdues ! Mais vous, mademoiselle, croyez-moi, je dis la vérité. Pourquoi serais-je venu si ce n'était pour sauver Etienne? J'ai quitté le campement
Ils LES MÈRES ENNEMIES
dans l'ombre sans que personne me vit. A cheval, j ai pris par des chemins de traverse que je n'ai pas oubliés. Voilà comment je suis venu au risque d'être arrêté par les vôtres, d'être tué peut-être. N'importe, il fallait qu'Etienne fut prévenu. Ah! croyez-moi, Elisabeth se défie de moi; elle a raison, je l'ai offensée. Mais j'aime Etienne. Je l'adore. Dieu m'a envoyé ce châtiment d'être père et de n'avoir pas de fils. Je suis à vos pieds, sauvez-le, vous seules le pouvez ! Envoyer un de mes serviteurs ? Je n'en ai pas de fidèles pour un tel message. Moi ? vos Polonais me fusilleraient avant de m'avoir entendu. Allez vers lui, vous dis-je. Ah! par pitié hàtez-vous! on va l'assassiner! Songez que le temps passe. Le carrefour Pruzani, c'est tout près d'ici. L'assassiner, mademoiselle! lui, votre fiancé! Ah! pour me faire croire, faut-il que je me brise la tète contre ces dalles ?
HKLVON'NE
Ma mère, il pleure !
ELISABETH, à Helyonne
Une voiture! Préviens Tzoryl.
ELISABETH, pencbée vers Boleski
Que le ciel, la nuit de ton agonie, ne te permette pas les larmes du repentir si tu me trompes avec ces pleurs ! (a He-
lyonne qui rentre.) \ ienS.
CINQUIÈME TAHLFAU 119