‹ Les mères ennemies; drame en trois partiesChapitre 58 sur 81 · PREMIERE DAME · texte numérisé non relu

PREMIERE DAME

Ah ! certes la grande Catherine n'a eu besoin que de se considérer elle-même pour étudier le modèle de ce noble portrait.

CATHERINE

Oh ! ne me flattez pas. Je continue. (Eiie dicte.) « Comme il arrive de toutes les gloires vraiment pures, celle de ce bon calife fut calomniée par l'envie ; mais il ne se vengea des méchants qu'en les accablant de bienfaits ; et ferme dans sa résolution d'être juste et tolérant, il répandit plus de grâces encore, éteignit plus de haines, fit tomber plus de

ferS... » (Une porte s'ouvre.) Qu'eSt-Ce ? LE CHAMBELLAN

Madame, un envoyé de sa Majesté le roi de Pologne sollicite l'honneur d'être introduit auprès de Votre Majesté.

CATHERINE

Un envoyé du Comte Poniatowski?... qu'il entre.

Rhod/ko entre. Deux heyduques se tiennent debout h la porte. RHODZKO

J'apporte de bonnes nouvelles à Votre Majesté. L'insurrection polonaise, tour à tour éteinte et rallumée, n'est plus à cette heure qu'un tas de cendres sur qui souffle le vent. En cendres les châteaux. En cendres les forêts. Ceux des magnats rebelles qui ne sont pas morts sur les champs de bataille attendent leur châtiment dans les forteresses de Troki et de \\ ilna, ou implorent leur grâce du fond de leurs gentilhommières saccagées. Ce qui restait de Pologne à la Pologne appartient désormais à Votre Majesté.

IIUïTIKMK TABLEAU 148

CATHERINE

Je savais cela, et le comte Poniatowski, — non, le roi de Pologne — aurait pu vous épargner la fatigue du voyage.

UIIODZKO

Votre Majesté ne sait pas tout.

CATHERINE

Ah !

RHODZKO

Elle a appris que les insurgés sont vaincus; elle ignore à qui elle doit sa victoire.

CATHERINE

A mes Kosaks, à mes Ukraniens, au comte André Boleski, gouverneur de Troki.

RHODZKO

Non.

CATHERINE

A qui donc ?

RHODZKO

A moi.

CATHERINE

Qui êtes-vous ? Dites- moi votre nom.

Mon nom n'importe pas. Madame. Ce que j'ai accompli, ce que j'ai voulu, voilà ce que je dois apprendre à Votre Majesté.

CATHERINE

Eh bien ! qu'avez-vous voulu?

niionzKo Etre libre, être puissant.

CATHERINE

Et qu'avez-vous fait?

J'ai mérité de l'être. Vos kosaks et vos Ukraniens auraient élé battus par les seigneurs de Pologne, et quant au comte Boleski il eut trahi la pairie russe pour sauver son fils polonais. Mais, moi, j'ai surgi, terrible ! J'ai ameuté contre la tyrannie des heureux, la faim, la soif, toutes les rancunes des misérables ; sous mes ordres, le pauvre a couru sus au riche, le paysan a attaqué le magnat, le serf a vaincu le maître ! D'abord une poignée d'hommes, bientôt une multitude, nous avons été la rébellion formidable et triomphante, et vous êtes victorieuse enfin, vous, la grande tzarine, grâce à nous, les serfs.

CATHERINE

J'entends, et vous comptez sur quelque récompense, vous et vos campagnons?

RHODZKO

Je réclame la récompense promise.

CATHERINE

Promise ?

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