‹ Les mères ennemies; drame en trois partiesChapitre 59 sur 81 · HUITIÈME TABLE M · texte numérisé non relu

HUITIÈME TABLE M

IWIODZKO

Jurée. En présence du roi Stanislas-Auguste, l'ambassadeur de Votre Majesté

CATHERINE

Le comte Platow ?

RHODZKO

Le comte Platow, en présence du roi Stanislas, a juré que le jour où la république polonaise serait vaincue, tous les serfs polonais seraient des Russes libres.

CATHERINE

Il a juré cela ?

RHODZKO

Sur les Saintes Images.

CATHERINE

C'est un serment très grave. Mais, dites-moi, monsieur, n'avez-voua pas, vos compagnons et vous, pillé les châteaux de vos maîtres ?

RHODZKO

Mes compagnons ont pillé.

CATHERINE

N'avez-vous pas tué bon nombre de magnats ?

RHODZKO

Nous avons tué.

CATHERIN!;

N'avez-vous pas mangé et bu dans les salles seigneuriales ?

RHODZKO

Ils ont mangé et bu.

CATHERINE

Eli! bien, voilà qui va le mieux du monde; piller, tuer, manger et boire, c'est pour des personnes de votre sorte une récompense fort convenable ; je daigne y ajouter la grâce de fermer les yeux sur le rmuvais exemple que vous avez offert en vous révoltant contre vos seigneurs légitimes. Allez, retirez-vous, je donnerai des ordres pour qu • vous ne soyez pas inquiétés.

RHODZKO

Madame, avez-vous mal entendu ?

CATHERINE

Faites sortir cet homme.

RHO!)ZKO

Madame, nous avons gagné d'être libres.

CATHERINE

Que cet homme sorte.

On le saisit.

Quoi ! mes frères morts, tant de femmes veuves et la Pologne trahie...

lIlilTIKMI-; TABLEAU 1 il

CATHERINE

Inutilement ? Non pas. Vous étiez des serfs polonais et vous aies des serfs russes ; c'est quelque chose, cela.

Sur un signe da l'Impératrice, les hoyduques entraînent Rhodzko. CATHERINE à l'une des dames

Reprenons. Où en étais- je ?

LA DAME, relisant

« Il répandit plus de grâces encore, éteignit plus de « haines, fit tomber plus de fers. »

CATHERINE

Bien, continuez. (Dictant.) « Un jour même ce grand calife « pour récompenser le zèle que lui avaient montré les serfs « de l'une de ses provinces, n'hésita pas à leur donner la « liberté, à leur distribuer des terres. Comme ils étaient « très nombreux ce fut pour lui une grande perte ; mais ce « qu'il perdit en richesses, il le regagna en estime dans l'o- « pinion de l'humanité. D'ailleurs le prix qui lui fut le plus « cher, ce fut la pensée que chaque jour il était béni par « tant d'hommes auxquels il avait rendu le plus légit'iie « des droits, je veux dire la liberté ! »

Toutes les dames s'inclinent comme pour applaudir à ces nobles paroles, Catherine sourit.

Page 1