SCÈNE lï
Les mêmes, moins LA FOULE.
ETIENNE, au colonel qui s est approché
Je vous suis, (a Elisabeth) Adieu, mère! Vous direz à llélyonne — si vous la revoyez, hélas! — que ma dernière prière unira votre nom et le sien au nom de mon pays.
ELISABETH, avec un cri
Ah! non! non! non! tu ne t'en iras pas! Cette heure, depuis si longtemps, je la guette. Et c'est demain l'horrible jour, et je ne t'embrasserai plus, jamais plus, jamais plus. Reste encore, mon Etienne!
Ë TIENNE, baissant la voix, très grave
Qu'est-ce donc, mère? N'ètes-vous plus celle qui m'envoya combattre le saint combat?
ELISABETH
Je suis celle dont l'enfant va mourir .
ETIENNE
Dont le fils a fait son devoir ! On nous voit, on nous entend. Séchez vos larmes, pas de sanglots. Vous devez l'exemple aux mères.
ELISABETH, triomphant d'elle-même
Tu dis vrai! Dieu m'absolve d'un moment de faiblesse. (Moins ferme.) Pourtant, viens ici, plus loin d'eux, près de moi. Nous parlerons très bas. (au coionei : ) Vous permettez, monsieur, que je bénisse mon fils, une dernière fois ? (Le coionei, ému, s'incline.) Donne-moi ta main, mon fils!
Ils sont un peu à l'écart, se tenant par la main, épaule contre épaule, tournant le dos aux autres personnages.
ELISABETH, tout bas, la voix pleine de pleurs
On peut bien se dire ces choses lorsque personne n'entend : c'est affreux de se quitter.
ETIENNE
Vous me re verrez.
ELISABETH
Quand tu étais petit, tu me disais « tu ». Dis-moi « tu », comme autrefois.
ETIENNE, passionnément
Tu me reverras, mère ! — On m'attend.
ELISABETH, le retenant d'une voit de privro
Oui. Mais laisse-moi t'embrasser, veux-tu, dis? sans qu'on le voie, comme cela.
Elle l'embrasse de coté, sur le front. ETIENNE, se dérobant
Adieu !
ELISABETH, brusquement, avec un grand geste
Eh bien, oui, pars, adieu! et rends-moi fière de ta mort,
COmme je l'étais de ta Vie! (Pendant que les prisonniers s'éloignent lentement, Elisabeth demeure debout dans une attitude de serein orgueil. Dès qu'elle est seule, sa fermeté peu à peu l'abandonne, puis elle s'effondre pour ainsi dire sur elle-même et se répand en sanglots déchirants.) Mon
enfant! Mon enfant !
Elle tombe anéantie sur le banc à gauche. Sonya, en costume de fête, descend l'escalier du palais, très émue.)