‹ Les mères ennemies; drame en trois partiesChapitre 67 sur 81 · SCÈNE lï · texte numérisé non relu

SCÈNE lï

Les mêmes, moins LA FOULE.

ETIENNE, au colonel qui s est approché

Je vous suis, (a Elisabeth) Adieu, mère! Vous direz à llélyonne — si vous la revoyez, hélas! — que ma dernière prière unira votre nom et le sien au nom de mon pays.

ELISABETH, avec un cri

Ah! non! non! non! tu ne t'en iras pas! Cette heure, depuis si longtemps, je la guette. Et c'est demain l'horrible jour, et je ne t'embrasserai plus, jamais plus, jamais plus. Reste encore, mon Etienne!

Ë TIENNE, baissant la voix, très grave

Qu'est-ce donc, mère? N'ètes-vous plus celle qui m'envoya combattre le saint combat?

ELISABETH

Je suis celle dont l'enfant va mourir .

ETIENNE

Dont le fils a fait son devoir ! On nous voit, on nous entend. Séchez vos larmes, pas de sanglots. Vous devez l'exemple aux mères.

ELISABETH, triomphant d'elle-même

Tu dis vrai! Dieu m'absolve d'un moment de faiblesse. (Moins ferme.) Pourtant, viens ici, plus loin d'eux, près de moi. Nous parlerons très bas. (au coionei : ) Vous permettez, monsieur, que je bénisse mon fils, une dernière fois ? (Le coionei, ému, s'incline.) Donne-moi ta main, mon fils!

Ils sont un peu à l'écart, se tenant par la main, épaule contre épaule, tournant le dos aux autres personnages.

ELISABETH, tout bas, la voix pleine de pleurs

On peut bien se dire ces choses lorsque personne n'entend : c'est affreux de se quitter.

ETIENNE

Vous me re verrez.

ELISABETH

Quand tu étais petit, tu me disais « tu ». Dis-moi « tu », comme autrefois.

ETIENNE, passionnément

Tu me reverras, mère ! — On m'attend.

ELISABETH, le retenant d'une voit de privro

Oui. Mais laisse-moi t'embrasser, veux-tu, dis? sans qu'on le voie, comme cela.

Elle l'embrasse de coté, sur le front. ETIENNE, se dérobant

Adieu !

ELISABETH, brusquement, avec un grand geste

Eh bien, oui, pars, adieu! et rends-moi fière de ta mort,

COmme je l'étais de ta Vie! (Pendant que les prisonniers s'éloignent lentement, Elisabeth demeure debout dans une attitude de serein orgueil. Dès qu'elle est seule, sa fermeté peu à peu l'abandonne, puis elle s'effondre pour ainsi dire sur elle-même et se répand en sanglots déchirants.) Mon

enfant! Mon enfant !

Elle tombe anéantie sur le banc à gauche. Sonya, en costume de fête, descend l'escalier du palais, très émue.)

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