‹ Les mères ennemies; drame en trois partiesChapitre 68 sur 81 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ELISABETH BOLESKA, SONYA

SONYA, à des valets

Retenez-le. Empèchez-le de sortir ! Ne laissez pas une arme à sa portée, surtout ! Je reviens. — Il faut que je trouve

ir.« LES MEftES ENNEMIES

cette femme, (i^iie a descendu les marches.) Ali ! cruel enfant, s tu savais ce que ton amour va coûter à ma haine. (Elle voit Elisabeth. Elisabeth ! (Elisabeth s'éloigne.) Restez. Oui, j'ai à vous parler.

liOLESKA

Suis-je prisonnière ?

SONYA

Soit. Prisonnière.

ELISABETH

Parlez donc. Je ne crois pas que je réponde.

SONYA

Vous répondrez. Il arrive dans la vie des choses extraordinaires, vraiment : je suis assise à côté de vous, (un mouvement d'Elisabeth,) Non, venez plus près, au contraire. Nous nous haïssons bien, n'est-il pas vrai ? Eh bien ! nous allons nous rendre l'une à l'autre un service inappréciable. Des sœurs ne feraient pas mieux que nous ne ferons. C'est horrible. Vous allez sauver mon fils et je vais sauver le vôtre. Oh ! vous concevez que, si je m'offre à délivrer Etienne Boleski, c'est que j'y suis contrainte. Je ne l'ai jamais autant exécré qu'en ce moment! Mais, voilà, il y a des fatalités auxquelles on ne peut pas dire non. Vous allez comprendre. Ivan aime cette jeuno fille dont vous êtes la tutrice, la mère : Hélyonne Kilinska.

ELISABETH

Que tu m'as volée !

SONYA

Il l'aime! et elle le repousse. S'il ne l'a pas, il meurt.

C'est ainsi. Oh! le terrible enfant. Eh bien! commandez

Hélyonne d'épouser Ivan et qu'elle jure de vous obéir :

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votre fils s'évadera cette nuit même. Ah ! je ne croyais pas que je lui ouvrirais la porte de son cachot !

ELISABETH

Je suis prisonnière, m'avez-vous dit? Je voudrais que l'on me conduisit dans ma prison.

SON VA

Vous ne m'avez donc pas entendue?

ELISABETH

Tu ne me connais donc pas? — Ah! véritablement, cette femme qui est venue un jour, frivole et gracieuse et de fleurs au corsage, voler à mon lit mon époux, et son père à mon fils, et l'honneur à ma race, cette Ltale passante dont le rire a laissé dans ma solitude un écho qui sanglota vingt ans, je la savais bien fourbe et vile, mais non pas folle au point de me croire infâme autant qu'elle !

SONYA

Infâme, quand je vous offre le salut de votre fils ?

ELISABETH

Folle, quand tu me l'offres au prix d'une lâcheté.

SONYA

Quoi ! vous ne l'acceptez pas?

ELISABETH

Allons ! je vois qu'il faut lui expliquer les choses ; que la conscience existe et que le devoir soit, elle ne comprend pas facilement cela. Quoi! un vieillard, compagnon d'armes de mon père, a poussé de ses mains mourantes sa fille encore enfant sous la sauvegarde de ma tendresse et de ma

ldO LES MÈRES ENNEMIES

bonne foi; certain que je garderais intacte celte jeune àme à la patrie et à Dieu, il s'est endormi, tranquille, comme s'il ne l'eût pas quittée ; et moi, je te livrerais, pour qu'il fût souillé à ta guise, le dépôt sacré de l'ami ? Je te donnerais, pour que tu en fisses une Russe, cette Polonaise ? pour que tu en fisses une hérétique, cette chrétienne? et cette vierge issue d'un héros, pour qu'elle enfantât dans ta maison le déshonneur de son père? un fils! qui, peut-être, emploierait un jour à mieux asservir leur patrie le libre sang des aïeux!

SONTA

Qu'importe ceux qui naîtront! Pense à celui qui va cesser de vivre.

Crois-tu qu'il consentirait, celui-là, au pacte que tu proposes? J'ai engendré, grâce à Dieu, mon égal ! Et si je venais, ce soir, lui dire : « Pars, sois libre, au prix d'Hélyonne livrée », il me répondrait : « Qui êtes-vous, femme? Je ne vous connais pas. »

SONYA

Ainsi, tu le laisseras mourir?

ELISABETH

Qu'il meure en estimant sa mère.

SONTA

Ah! tu ne l'aimes pas, orgueilleuse! A Ivan, moi, j'ai sacrifié ma haine.

Ï;USABETH

A Etienne, moi, je ne sacrifie pas l'honneur. Laquelle de nous est la meilleure mère?

NEUVIEME TABLEA1 I' I

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