‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 2 sur 46 · LETTRE IL · texte numérisé non relu

LETTRE IL

Réponse de M. du Reanel.

Le 17 octobres

D'apkîès le rapport de Sauvai ^ je partis sur-le-champpour Erneville, et depuis citfq heures que jy suis, \t n^ai pu la voir encore. Léocadie et Maurice , sans consulter leur mère , avoient déjà'envoyé chercher le docteur Tiphaine, et voici ce que cet hou« nête et babiîe homme m'a dit en particulier : que ce mal subit venoit certainement à^une cause morale. Elleaeu des convulsions violentes ^elle a de la fièvre ^ elle est morne , silencieuse^ ne peut supporter personne dans sa chambre ^ pas même Léocadie. La visite ^u médecin a jparu lui déplaire beau-

coup;.a peine a-t-elle répondu k ses qaes<tioQs; elle n'a parlé à ses en fans que pour leur défendre formellement d'envoyer un courrier au marquis^ ou même de lui mander parla poste cet accident. On étoit tenté'' de lui désobéir à cet égard^ce que j'ai empêché. J'ai fait sentir aussi au médecin qu'il devoît cacher son opinion sur son mal , et c'est ce qu'il fera. Au reste ^ le médecin n'est point inquiet. Mais je vous avoue.

Madame , qu'il m'est impossible de retour-* ner ce soir à Gilly; je coucherai dans le château d'Ërneville pour la première fois de ma vîeen l'absence d'Albert. Je veux savoir comment elle passera la nuit, et comment elle sera demain.

Voici comment ce mal a pris.

Hier Cjour de poste), Pauline se portoit à mervèiUe. A quatre heures on apporte de la poste une grosse lettre pour Pauline, et Jes gazettes. Pauline, après avoir beaucoup regardé sa lettre , se leva sans l'ouvrir, et passa seule dans sa chambre. Tout le monde fut à la promenade. Au bout d'une heure,

Pauline sonna Jacinthe étoit sortie ;

Sua&etle entra chez elle, et la trouva dans un élat affreux ; elle avoit le frisson et des convulsions^ elle demanda de Téthcr, et ne

yonloît point se coucher; maïs le ftisson augmentant , on la mil au Ht. Elle eut alors de grands, vomîssemeus. Les enfans ren-trèrent dans ce moment; ils envoyèrent à Bourbon chercher le docteur, qu'elle refusa positivement de voir. Personne ne se coucba^ et à quatre heures du matin elle se trouva si hial, qu'elle demanda le médecin.

Il lui donna ue potion qui la calma un peu • Elle est beaucoup mieux aujourd'hui, mais toujours au lit , et , comme je vous l'ai dit , jne voulant voir qui que ce soit. Elle a même prié le docteur de retourner à Bourbon. Vous savez combien il lui est attaché.

11 ne partira d'ici que lorsqu'elle sera en état de se lever.

Dans tout ceci les enfkns sont ce qu'ils doivent être pour la plus tendre des mères et la plus parfaite de toutes les institutri*-^ ces. Léocadie surtout est adorable. Com-« bien tout ce qui aime Pauline do^t la chérir!.... J'envoie Simon qui me rapportera de vos nouvelles et de celles du baron. J'aurai l'honneur de vous ^écrire demain malin de bonne heure; Sauvai vous portera ma lettre, il pourra répondre à toutes vos ques* tiuns, et il reviendra quand vous voudrez le renvoyer. Adieu ^ 'Madame; qui peut

tnîeax qjje moi comprendre voire peine et votre iaquiélude ?

LETTRE IIL

Du ménitià la même.

D'Erneville , le i8 octobre.

Jï Vai vue , elle est levée ; un bain qu'elle a prisa cinq heures du matin a fait des miracles. Elle n'a plus de fièvre ^ mais elleest bien folble, bien cbangée, et ce qui n*esft que trop frappant, c'est la rougeur extrême de ses yeux.. .. ',

Son cœur a soufTerl une violente secousse, il est impossible d'en douter; puisse-t-elle soulager sa peine en vous la confiant ! Pour moi, sans connoitre son chagrin secret et sans le deviner, je le partage du fond de

J'ai découvert aujourd'hui que M"* du

Rocher a pris sur elle, malgré la défense de

Pauline, d'écrire au marquis; ainsi je suis

persuadé qu?il reviendra très - incessamment.

Je partirai d'ici demain après le dîner; vous pensez bien , Madame, que ce ne sera

e LES MERES

point poar reiourner à Gilly : je vous con-* sacrerai tout le reste de celle semaine. • . . Etre auprès de vous, c'est n'avoir pas quitté Pauline , c'est là retrouver encore.

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