‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 3 sur 46 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Ditefnarquis à la comtesse.

I>u clltean d^Emeville , le 2t ^cto^re.

PiiutmRest encore bien abailua^ elle a les yeux bien rouges... 'mais d'ailleurs elJe est parfaitement rétablie.

Vous m'avez positivement ordonné de vous instruire avec une parfaite vérité de tous les détails de sa maladie... Hélas! ma mère, que vous dirais je?... Le 16 elle éioit dans la plus brillante santé ; la poste arriva. On lui remit une lettre et les gazettes; elle laissa les gazettes dans le salon sans les ouvrir ( je les ai retrouvées toutes cachetées surla cheminée), die fut lire sa lettre dans sa chambre^ et après cette lecture elle eut d'horribles convulsions... J'ai ouvert toutes les gazettes , arrivées ce jour-là par le même courrier , et j'y ai vu que le doc de Ilos«*

RIVALESu »,

mond ^ il la chasse du roi » est tombé de.

cheval^ et qu'il a été si grièvement blessé^ que l'on n'avoit aucune espérance pour s% vie. ..Heureusement (et cette expression a^ m échappe point , ]e Teroploie avec ré« flexion) heureusement^ dis-je, queb gaset* te du 19 apprend cffie le duc est hors d'affaire ; et 2!e 19 > Pauline, pour la première fois depuis son accident^ s*est mise à table ^ et est descendue dans les fardons. .. Au res-« te, je dois dire qu'elle n'a lu ni la première ni la seconde gazette ; tontes deux sont restées cachetées dans le salon > mais Pauline reçoit des lettres par la poste 1... Personne ici n'a lu ces ga^etlçs que j*ai sur-le-champ brûl^^afin qu'on ne puisse fairej^du moins danslechâleau, de fâcheux rapprochemens* Pour prix de ma coriQance sans bornes, j'ose vous demander avec instance de 1 ui tai re mes réflexions à cet égard. L'en instruire nesérviroit qu*à Taffliger et à me désespérer ^ en m'ôtantma seule consolation, celle de vous ouvrir mon àme sans aucun déguisement.

Pauline soutient que son mal n'a eu pour cause qu'une violente indigestion , suivie d'une attaque de nerfs. Je parois le croire , olleest sMisfaite, nous vivons en paix; si elle savoit ce que {e pea3e sur ce points elle u^

pourroît que répeler que tous les hasards Jont toujours cofhbinés contre elle. Je suîô un peu blasé sur cette phrase^ elle ne me feroit nulle impression, et nous serions tous deux également' à plaindre. Je conviens qu'il est physiquement très-possible que Pauline ait eu sans aucune cause morale de la fièvre 6t des convulsions justement h. Vbeure de Tarrivéedela poste. Mais ce jour même , k cette heure même, elle reçut une lettre. Cette lettre n'étoit ni devons, ni de moi. Elle «^enferma pour la lirè^ et s'évanouit après l'avoir lue... Voilà bien dès hasards sîngu-» Ëers pour un seul fait!

Vous me direz, mon amie, que même en fupposant qu'elle eût aimé jadis l'homme qu'elle n'a vu que quelques jours, il seroît sans vraisemblance qu'elle eut conservé pour lui un tel sentiment, après quatorze jans d'absence. Non, je ne croîs pas qu'elle aîtconservé de l'amour, mais je croîs qu'adorant Léocadie,elle s'est passionnée pour son père ; que sans être complice de ses artifices, elle lui en sait gré ; qu'elle les trouve ingénieux et intéressans, qu'elle y voit à la fois un désir estimable de la disculper , et une tendresse touchante pour Léocadîe. Ces

attentions, ces présens charmans et magni-

RqneSy celle piersévérance, ces lel|resrcmplies de senlimens^ loules ces choses on l fi-* ni par la loucber profondement; rien ne me pareil plus simple. Mais n'en parlons plus y ]e vous accorde que toutes ces étranges ap-* parences ne son t poin l des preuves positives; avoues du moins qu'il y a de quoi s'ëlonner, douter et s'attrister. Vous me reprochiez de m'abandonner à des idées fantastiques qni troublent et noircissent mon imag^ination.

Ah! mamère!...hélas! jesuis forcé d'aimer avec moins d'abandon l'objet qui pouvoit seul occuper uniquement et remplir mon cœur... Toute idée étrangère à cet objet , quelque triste qu'elle paroisse, si elle peut me distraire de mon infortune réelle,nesattroitêlre pour moi que salutaire. Lesillu-^ sions du souterrain n'agissent que sur mon imagination qu'elles occupent fortement, eUes ne m'inspirent que de la mélancolie; mes réflexions sur Pauline me déchirent le cœur , et si je m'y livrois sans réserve, elles me jeteroient dans le plus affreux déses<»

poir!... Laissez-moi donc m'égarer avec une ombre, méditer sur un tombeau , et dans des rêveries vagues, tristes, mais attachantes, perdre quelquefois le souvenir et Je sentiment de mes peines véritables I...r

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