‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 33 sur 46 · LETTRE L · texte numérisé non relu

LETTRE L

De la marquise à la baronne.

Le aa maî.

Zs grand jour ^ le jour le plus intéres^ sant de ma vie est rapproebé et fîité ^ Léo^ cadie épousera Mpurice le aSdu mois pro^ cbain. Ija cérémonie se fera dans le château , sans pompe et sans éclat, et ensuite nous partirons tous pour Dijon ; car ma mère ne viendra point ici , elle ne peiit quitter son amie malade et inconsolable de la perte si récente d'un fils unique. Maurice^ au mois d*aoùt j partira pour Tlfalie avec M. Rémi et Sauvai , et je crois aussi avec son père !w.. Je passerai trois mois à Dijon y et puis je reviendrai avec ma bien

176 LES MEBES

aimée Léocadie y qui porlem le nom ^JEr^ neville. M. cl M™* d'Orgeval se sont cob^ AxxxKs de la manière la plus extravaganle :

^aur la lettre d'Alberl y ils ont envoyé sur^ Je-champ chercher lear fille par une femme de rhambre, ce qui a produit y entre Zéphirine , Léocadieet moi , une scène douloureuse qui m'a fait un mal affreux.

Zéphirine en tout ceci a montré le meit-* leur naturel , et les sentimens les plus toucbans et les plus généreux. M™* d'Orgeval m'a écrit une lettre aussi folle qu'insultant te ; elle m'y accuse d'avoir /a/^ naître la passion de Zéphirine pour Maurice ; elle m'assure que je XLÔterai de la tête de fer* sonne que Léocadie est ma fille , et que seulement tout le monde sera persuadé que V appât de deux cent mille lisnres de ren* tes niajait vaincre tous les scrupules.

Ainsi elle est peii$uadée que je marie ma fille à mon fils ! Concevez - vous que Toa ose dire de telles infamies ? La réflexion, et ensuite les offres d'Albert pour Zéphirine , ont extrêmement modéré ces premiers accès de fureur. M. d'Orgeval a écrit hier à son frère une lettre irès-plale , mais qui n'est point impertinente, et dans laquelle on voit clairement qu'il acceptera

toutes nos offres y si on les réitère ^ ce que nous avons déjà fait!

Ab ! chère amie, que ce mariage se fera sous de tristes auspices !..& Tout le monde , est mécontent ! Maurice m*a parié raison^ oablement 9 il rend toute justice à T^éoca^^ die y il la trouve une personne incomparable, mais il ajoute que Payant toujours re* gardée comme sa sœur, il ne peut vaincre une sorte de répugnance que l'idée de Té* pouser lui fait éprouver , malgré son admiration et sa tendresse pour elle. Enfin il avoue qu'il regrette Zephirîne , et qu'il s'af ilige en pensant que le ser'.iment qu'elle a pour 7ui , la rendra malheureuse , du moins pendant long-temps. Léocadie est triste, silencieuse ; ellepleure continuellement ; Âll>ert est morne et farouche , ma justification rétonne sans le toucher.... son cceûr m'est >, fermé sans retour.... Tout s'afflige autour . de moi ; puis-je ne pas souffrir !...i M. du Resoel soutient mon couf âge , il médit que le bonheur renaîtra, quand tous ces pre-.

. miers mou vemens seront passés !. . Le bonlieurl ...Non, jamais!.... Albert !.... ah!

. qu'il a changé depuis cinq ans ! Onoire»**. vous qu'il conserve encore de la défiance ?

I) parlé ce matin à M. du Kesnel comme

s'il étoit persuadé que ce mariage ne se fera point ; il lui a dit d'un ton ironique : < Fous verrez quil surviendra quelque oès" tacle impréi^u /. • Enfin quand le mariage sera fait 9 peut-être qu'alors quitte de toute défiance y il redeviendra ce qu il doit être. Adieu 9 mon amie ; ah ! pourquoi faiit^ il que nous soyons séparées dans une telle circonstance?. •»

LETTRE Ll.

•' Du camie Jules à la comte$se de RoememL

De Moulins , le a5 mû.

Que Yiens-je d'içprendre ! O ciel, 00 fei marie! Léocadie épouse , dit-on , dans un ^' mois , le* fils aîné de la marquise d'Ërne^ ville!... Ah! ma chère tante, que devienr nent vos promesses ? N'auront-elles senri qu'à me donnef de chimériques espérances pour le malheuréterneldemavte!.. Ave»vous quelque moyen d'empêcher ce fatal mariage? Daignez me répondre sans nul .^déguisement.... Non , je ne souffrirai point qu'on me renlève..... J'attends votre réponse : si elle ne me rassure pas , je n^é-

coûterai plus que mou désespoir.... Nul )ioinme , sur la terre , n'épousera Leocadie qu'après m'a voir 6lé la vie î...

LETTRE Lîl.'

J}t M. du Remet à la baronne cfo yordac.

Du château d'ErneviUe , le a3 mai-

OuEi. coup je vais porter à voire sensible

cœurî... mais il le faut'.... Ah ! Madame ,

û vouspouvez vous échapper un moment ,

Teoes au secours de votre malheureuse

amie 1 Elle est au désespoir I iatoais,,

noa jamais , dans aucun temps elle ne tut aussi à idaindre I . . .

Ce matin , à dix heures , nous étions dan»

la petite galerie qui donne sur le parterre , le marquis, Pauline et moi. Tout à coup paroll Léocadie , baignée de larmes et tenant une lettre ouverte ; elle se jette aux pieds de la marquise en sanglotant et en disant : Lisez , maman , cette lettre est de ma mère. Pauline prend d'une mam iremblaole le papier qu'on lui présente... Gejte lettre fatale, de la même écriture que les autres , contient ce peu de mots :

i«o LES HERES

« Ma fille ^ TOUS ne pouvez disposer àt ic voussans mon consentement. Je ne puis H vous le donner pour le mariage qu'on K vous propose. Je sens, comme vous, M combien votre bienfaitrice Vous honore ¥ en daignant vous choisir pour son fils ; (c mais une raison puissante s^oppose â H cette alliance , et }e vous défends y au u nom de ma lendresse et des droits sa- « crés de la nature , d*y penser dë.sormais.

« Vous pouvez montrer ma lettre «. •

Le papier tombe des mains de Paiiltoe...

Le marquis ramasse la lettre, la Vit loat haut 9 et se retournant vers moi : Ne l'avoisje pas prévu , mé dit*il du ton le plus anier^

2u'il surviendroit un obstacle ?i . • Qooll léocadie, s'est écriée Pauline, vous refa* aériez d'épouser mon fils!... Ahl maman, a répondu Léocadie en versant un torrent ^ de larmes , serôis-je digne de vos bontés , ^ 81 j'élois capable de désobéir à ma mère, et dans une telle occasion ? C'en est assez , a dit le marquis avec des yeux où se peignoii la fureur ; c'en est assez , la mesure est remplie , et je me flatte q^ue cette scène sera du moins la dernière de ce genre... Pauline, épouvantée , a voulu se dégager des bras de Léocadie, toujours à genoux, elle s^esl

RIVALES. tiï

levée pour sortir ; mais elle est retombée dans son fauteuil , elle étoit près de s'évanouir.... Elle se trouve mal! s'est écriée Léocadie éperdue. •• Le matquis s*est ému, ma\s voyant que la pâleur de Pauline se dis^*sîpoît: Écoulez Pauline, a-t-il dit, chaque chose doit avoir un terme , et par consé* quent V indulgence a des bornes aussi. La mienne est épuisée ... uy comptez plusl En pronouçant ces paroles il s'est éloigné..* Alors rinfortunée Pauline jetant sur moi le plus douloureux regard :)Vle voilà donc par- "Venue au comble du malheur , me dit-elle?

Albert m'outrage sans ménagement , et Léocadie me desobéit !... A ces mots Léo« cadîen'a répondu que par des gémissemens qui ont achevé de déchirer le cœur de Pauline et le mien ; mais malgré le plus affreux désespoir, cette malheureuse enfant per«sîsle dans ses refus , et rien ne peut vaincre sa résistance à cet égard. Depuis cette scène déchirante , Albert est renfermé dans sa chambre. Pauline s'est aussi retirée dans la sienne, et s'est mise au lit il y a deux heures. Elle a renvoyé Léocadie qui, baignée de larmes , est dans son cabinet. Personne

ne s'est mis à table pour dîner Jugez ,

Madame , de tout ce que j'éprouve I Vous

i82 LES MERES

imaginez bien que j'ai faitTimpôssible ponr engager Léocadîe à se rétracter , mais en Vain.... Grand Dieu y quelle révolution!...

Pauline a reçu le coup de la mort ! elle succombera à ce dernier chagrin !... Léocadîe n'est pas moins à plaindre y >yous pouvez m'en croire ; j'ai lu dans son cœuk* , et malgré son opiniâtreté , qui me désespère , je* dois convenir qu'il est impossible d'avoir plus de reconnaissance, et une sensibilité plus vive et plus profonde. Elle est dans un état digne de pitié.

ISôus verrons y demain matin ^ ceque les réflexions de la nuit auront produit. Je né ferai partir cette désolante lettre que lors*que j'aurai revu deniaia Pauline et Léo-* cadie.

Concevez-vous Thorrible et funeste bizarrerie de <îetle mère inconnue ! Est-il une raison y ou même un prétexte qui puisse motiver ou colorer l'ingratitude el l'extravagance d'un tel refus I . . Ceci nous apprend que Léocadie a des moyens secrets de correspondre avec elle , et qu^elle l'avoit consultée sur ce mariage. Vous comprenez combien cette découverte a blessé Pau— Kne I... Femme infortunée autant quinléressante ! Ah ! pourquoi Fai-je connue ? je

RIVALES. i83

n'ai jamais pu la servir ^ et mon attachement inntile pour elle m est bien funeste I...

Le a4 9 à 6 heures du matîn*^

Pauline est partie pour Dijon il y a deux heures !.. . Je suis accablé ! c'est tout ce que je puis vous dire ! Ah I Madame ^ qu'on est malheureux d'aimer ainsi!...

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