LETTRE LXXII
De la marquise à la baronne.
1)6 Neufchâtel, le 25 jaiWftl.
Quel jour, aion amie ^ que celuî*ci!....
ah! qu'il s*est écoulé douloureusemeot pour moi!... c'est aujourd'hui que M"'' de Rosmond a dû prendre le voile!.... Alherl s'est levé avant le jour, il est sorti tout seul pour aller errer sur les bords du lac/... Jlélas ! je n ai pas osé l'aller rejoindre^ mais mon imagination m'a représenté ioul ce qu'il éprouvoit ; j'ai gémi y j'ai pleuré , j'ai souffert avec lui!....
Je me suis attendrie aussi sur la malheU'reuse victime! . . . Chère amie^ nous avons été trop sévères pour elle en condamnant ce gé« néreux etgrand sacrifice!. ... Qui sait ce qui se passe dans son eœur! qui sait si le temps et la tendresse maternelle ont pu triompher de lapassion qui fit scn malheur!...
O si celle âme si forte et si sensible avoît conservé ce funeste penchant !... que pourroit-elle faire de plus sage et de plus ver-
RIVALES. 36i
tueux que de se réfugier dans le sein de la religion !... Que celte idée me touche! que je plains cette infortunée si digne d'un meilleur sorti... Ah ! pourquoi la Providence , plus propice aux vœux secrets d'Albert , ne mVt-elle pas fait naître sa sœur ^ et ne lui clonna-t-elle pas pour épouse la mère de Léocadie?.... nous serions tous heureux !.•• Adieu y chère et tendre amie ; avec quel plaisirje retournerai vers vous , en songeant i. quevouspasserezàSmevilleTannéeenlière de votre veuvage , et qu'ensuite rapprochée pour jamais de moi y vous serez établie à GUljr , dausce lieu que Tamiiié depuis longtemps nous rendoit si cher , et qu'elle achèvera de consacrer pour nous en vous y fixant-!.... Dites à notre ami que ma première lettre sera pour lui.
LETTRE LXXIII et dernière.
De la comtesse cPErnepille à la baronne de
J^ordac.
Iber DijoB , le a6' juHer.
G'cN est fait j elle a pris le voile ; je vais, comme vous le désirez , ma chère baronnei vous doaaer tous les détails que j'ai pu recueillir de M"'*' de V*** qui a tout vu^
La cérémonie se fit hier à midi. Il y avoit autant de monde que l'église^qut est grande) en pouvoil contenir. La comtesse de Rosmond^superbement parée^étoit d'une beauté éblouissante. Elle avoit une contenauce noble et modeste, un air touché, mais calnAC et ferme. On n'a remarqué en elle ni trou-* ble,ni tristesse, ni l'apparence de la plus légère émotion. Son intéressante amie, M^^'de Cernirt, qu'on appelle Agnès, ne paroissoit occupée que d'elle , on l'a vue pâlir plusieurs fois en regardant la comtesse!... elle sembloit oublier son propre sacrifice, elle ne ^yoît que celui de son amie!...
Lorsque les deux novices dépouillées de leui's ornemeas , ont reparu pour recevoir le voilée que leur a donné révèi:|ued'Aulun^ elles se tenoient par la main ; Agnès marchoit d'un pas chancelant, la comtesse s^est avancée vei*s la grille avec une majestueuse assurance; mais lorsqu'elle a vu poser le voile sur la tête d'Agnès y elle s'est attendrie, et ses pleurs ont coulé pour la première fois..,, tandis qu'au contraire Agnès a paru se ranimer dans cet instant où elle seconsacroit à l'amitié ainsi qu'à la religion! La comtesse reprenant proraptement le maintien du recueillement et de la sérénité, a été se prosterner avec Agnès au milieu du cbœur; alors un seul drap mortuaire a été déployé sur ces deux amies qu^un même serment réunit pour jamais dans le même cloître, et dont le même tombeau renferme* ra sans doute un jour les cendres !..•
L'é vêque d' Autun a prononcé le discours le -plus pathétique. Le texte en étoit heu** reux et touchant ; le voici :
tf Quand Qn est tombé, ne se relève-t-on » pas ? et quand on s'est détourné du droit » chemin , n'y revient-^on plus? m Jérémie^ ch. 8.
« J'ai quitte tous les vêlemens des jourâ
36i LES MERES RIVALES.
)} brillatis, je me suis revêlue d'un sac et » d'un habit de suppliante , et je crierai au » Très-Haut tous les jours de ma vie. n Baruchy ch. ^.
On a envoyé un courrier au comte et à la comtesse Jules , qui sans doute vont acourir, afin de tout tenter pour arracher de son cloitre la belle pénitente y mais tous leurs eflbrts seront certainement superflus.
Adieu vHia chère baronn.e, écrivez-moi le plus souvent que vous pourrez ; n ai-je pas besoin de consoialion quand tous mes enfans sont si loin de moi? et les preuves de votre amitié ne sont-elles pas les plus douces que je puisse recevoir?
FIK DU TROISIEME £T DJIRNIER VOLUME.
Contenues dans ce Volame^
Lettre I". De la baronne de F'ordac à M. du ResneL P^ge i
Lettrk il Réponse de M. du ResneL 2
Lettre IIL Du même à la même. 5
Lettre IY. Du marquis à la comtesse. 6
Lettre V. De la marquise à la baronne*
xo
Lettre VL Réponse de la baronne» ii
Lettre VU. De la marquise à la baronne*
Lettre VIIL De la même à la même. i5
Lettre IX. Du vicomte île St. Méran au comte de Poligni. i8
Lettre X. Réponse du comte de Poligni.
Lettre XL Du vicomte jde Sl Mêran à M. du ReeneL Page 35
Lettre XU. De la marquise à sa mère*
Lettre XIIL De la comteaee d^Olbreuse à
la m^arquiae. 4o
Lettre XIV. Du nncomte de St. Méran à la comteaêe de Ro8m4>nd, 46
Lettre XV. De la marquise à la baronne.
Lettre XVL De la même d la même.
Lettre X VIL De JIT'* du Rocher a la marquise* &&
Lettre XVIII, Anonyme, de la mère inconnue à Léocadie, 5g
Lettre XIX» De Léocadie à la marquise.
Lettre XX. Réponse de la marquise* j5
Lettre XXL De la même à la baronne de yordac* 79
Lettre XXIL De la même à la même.
DES HIATIÊRES. 367
JjETTKE XXfll. Du comte Jules à la corn--
tease de JRosmonâ; P^lge 87
Lettre KXW. Réponse de ta comtesse de Rosmond au comte Jules, 94
LEtTB£ 3CX^« Rjq^onse du comte Jules à la com.tesse de Roem,ond. 97
Lettre XXVL Ru cheuâlier de €déas ^ la comtçsse de Bel ^ ^ ^ ^ chanoinesse.
Lettre XXVII. De la mire inconnue à
sa fille Uocadie^ ^oi
Lettre XXVIII. Réponse de Léoùadie.
io5 Lettre XXIX. Réponse de ia mère inconnue. 106
Lettre XXX» De la marquis à la ba^ ronne. 11c
Lettre XXXI. Réponse de ta baronne^
Lettre XXXIL Du comte Jules à la comtesse de Rosmond. ii4
Lettre XXXIII, De la marquise à la baronne. 122
Lettre XXXTV". De la mère inconnue a Léocadie. Page i2i
Lettre XXXV, De la marquUe à la baronne» iq5
Lettre XXXVL De la même à la même.
Lettre XXXYII, De la même à la même.
Lettre XXXVni. De la comtesse d'Emeville à la mxirquise, i3g
Lettre XXXIX, De la comtesse d'Olbreuse à la marquise. i42
Lettre XL, Du comte Jules à la comtesse de Rosm.ond, lij
Lettre XLL Du même à la m.ëme. i5o
Lettre XLIL De Léocadie à la marquise»
Lettre XLIII. De la marquise à la ha-ronne. i5g
Lettre XOV. De la même à la m^ême.
Lettre XLV. De la baronne à la marquise, 162
Lettre XLVI. Réponse de la marqui&e.
Page i65
Lettre XLVII. De la même au marquis.
Lettre XLVIIL Réponse du marquis. 170
Lettre XLIX. De M. du Resnel à la ba-^
ronne. 17^
Lettre L. De la jnarquise à la baronne.
Lettre LL Du comte Jules à la comtesse
de Rosmond. ^7^
Lettre LIL De M. du Resnel à la baronne de f^ordac. 179 Lettre LIIL De la marquise à Léoc/odie.
Lettre LIV. Réponse de Léoeadie. i84
Lettre LV. De M, du Resnel à la baronne. i85
Lettre LVI. De Léoeadie à la mère in-' connue. 189
Lettre LVIL De la comtesse de Rosmond au comte Jules. .191
Lettre LVIII. J[)u chevalier de Celtg^ à la marquise douairière de T***. 19^
Sytt TABLE
Lettre LIX. T>é la marquiee à la han,nne. ' P«g« ^9*
Lettre LX. I>« M. du Reanel à la baronne. ' 97 Lettre LXI. Du même à- U même. 198 Lettre LXII. Du m4me à la même 2o3 Lettre LXIII. Du marquis à la comtesse.
Lettre LXIV., Du mêine à h. même. 216 Lettre LXV. De la marquise à la comtesse.
Lettre LXVI. De la même à la même.
Histoire de la comtesse de Rosmond, écrite par elle-même, et envoyée par la marquise d'EmevJMe à la comtesse sa mèrt,
Lettre LXVII. De la^ marquise à la baronne de Vordcw. 538
Lettre LXVUL De la baronne de F'ordac à la comtesse d'ErnepiUe. 345
Lettre LXEX. Du marquis d^Ernepille à la comtesse, de jRosm^nd. 55o
Lettrb LXX. De la comtesse de Rosmond au marquis d'ÈrneviUe. Page 355
Lettrb LXXL Réponse du marquis. 358
Lettre LXXIL De la marquise à la ha^ ronne. 36o
Lettre LXXUI et dernière. De la corn-' tesse d'Emeville à la baronne de Vordac.
Fin de k Table du dernier Volume.
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