‹ Les mères rivalesChapitre 11 sur 45 · LETTRE CL · texte numérisé non relu

LETTRE CL

De madame d'Orgeval à son mari.

D'Erneville , le 8 août*

Tu as bien fait , mon bon ami , de différer ton retour j tu ne te serois pas

amusé ici. Nous avons passé ces trois derniers jours bien tristement. Léocadie a eu, pendant deux jours, une grosse fièvre, sans aucun danger ; mais tu penses bien que Pauline a été dans des états violens, elle a veillé deux nuits , tous les amis sont venus , la baronne et le philosophe , et nous avons eu d'heure en heure des scènes de sensibilité..,.. St-Méran est absolument/?«Wio/z«e pour cette petite fille; je n'ai jamais vu d'exagération plus ridicule , et c'est beaucoup dire du lieu d'où je t'écris. Zéphyrine a fort bien joué son rôle aussi , elle a parfaitement fait sa cour à Pauhne. Je te réponds que la petite rusée en sait déjà long pour son âgfe ; mais elle est en bonne école pour ce?a.

Ce n'est pas tout. Léocadie est beaucoup mieux , mais ton frére/est fort malade depuis hier. Ce mal ^it est venu de la manière du monde^^^ pli^s extraordinaire. Je vais te conte' ^out ce que j'en sais ; tu en jugeras. /

Avant-|/^ ^^ soir Léocadie étoit déjà beaucou'^^i^"^ > °iais Pauhne la veilia

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encore jusqu'à deux heures et demie du matin ; les élus étoient avec elle dans sa chambre , c'est - à - dire^, la baronne , le philosophe et Si - Me'ran , tandis que le baron , la du Rocher ;, Rémi ;, Sauvai , madame Regnard et moi nous e'tions dans le salon. Nous jouions au wisk et au reversi^ mon frère alloit et venoit. Enfin, à trois heures moins un quart , Pauline , entoure'e de sa cour , parut , vint me baiser au front , dit ianguissamment un mot de bonté à chacun , et , s'appuyant sur le bras de la confidente Vordac , nous quitta pour aller se coucher. Après le de'part de la reiîie, les favoris disparurent, il ne resta plus dans le salon que Rémi , Sauvai et moi.

Mon frère dit que, le chaud étant excessif, il avoit btsoin d'aller prendre l'air après avoir été renî^mié toute la journée. Nous lui fîmes prometre d'aller du côté du souterrain , afin d ép«r /^ revenant , et moi je me décidai à attem^^ ^^^ retour. Nous nous mîmes à prendre ^l^^ ^\^^ ^ ^j. au bout de cinq quarts d'heurt j^ ^^^

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quis ne revenant point , le jeune peintre me proposa d'aller au - devant de lui. Comme il faisoit grand jour, j'y consentis . Nous fûmes du côté du souterrain , et nous en vîmes sortir le marquis et Saint-Méran ; mais il me seroit impossible de te donner une ide'e de la figure effrayante de ton frère. Il étoit pale comme la mort, il a voit les yeux horriblement hagards , il marchoit en vacillant , comme un homme ivre. Saint-Me'ran paroissoit e'mu, et d'ailleurs ne donnoit aucun signe de frayeur. Nous avons e'té , Sauvai et moi , tout abasourdis à l'aspect de ton frère. Il a éprouve' un embarras visible on nous apercevant^ il a voulu balbutier quelque chose , il ne savoit ce qu'il disoit , il bégayoit /sa voix trembloit. Saint-Méran a pris la parole pour nous dire en riant que le revenant ne s'éloit pas montré , mais que le marquis , dans l'endroit le plus obscur du souterrain , avoit rencontré une rocïie contre laquelle il s'éloit grièvement blessé à la jambe.,. Que penser de ce récit ! .'. . . Il n'y avoit point de sang m. y

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à son bas, cette blessure ne pouvoit élre conside'rable ;, et il e'toit dans un état affreux ! Je sais qu'il n'a pas l'esprit

foible , et qu'il est très-brave • cependant il étoit épouvante' , hors de lui : cela est certain. . . Et que faisoit là Saint- Méran sorti du salon une demi-heure avant lui, et qui nous dit en nous quittant qu'il alloit se coucher?. . . Enfin le lendemain nous apprîmes que le marquis avoit une fièvre épouvantable qui dure encore ; il ne veut voir personue. Pauline même n'a la permission d'entrer dans sa chambre qu'un moment dans la journée Il y làdessous quelque mystère fort singulier ? Comme Sauvai a conté l'état dans lequel nous avons rencontré le marquis à la sortie du souterrain , tout le monde est persuadé qu'il a vu l'horrible spectre. Moi-même , en vérité , je ne sais que penser. Cepcndani St-Méran étoit avec lui, etparoissoit fort tranquille : on s'y perd. Tout ceci donne nn poids prodigieux aux histoires du levciiaiit , et je t'assure que nous mourons tous de peur.

Adieu, mon bon ami • mande-moi ce que tu penses de ces aventures.

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