LETTRE GLI
Du marquis à la comtesse.
D'Erneville , le i4 août.
Rassurez - vous, ma tendre mère. Il est vrai que j'ai été bien malade, mais la fièvre m'a quitté. Cependant permettezmoi de différer encore le récit que vous me demandez. Je conçois votre curiosité, mais j'ai la tête si foible !... Je vais voyager dans les environs pendant huit ou dix jours , ensuite je reviendrai ; je vous écrirai alors avec détail, et vous saurez tout. Adieu, ma mère j je suis bien malheureux , et sans aucun espoir de cesser jamais de l'être.
go. - LES MÈRES
LETTRE CLIL De M. d'Orgeval au chevalier de Cettas.
Le 23 août.
Je puis à présent, mon cher chevalier, vous éclaircir Y énigme. Vous aviez fort bien pensé, quand je vous montrai la lettre de Denise, qu'il ne s'agissoit ni iïapparilion ni de revenans. Voici ce qu'on m'a conté à Bourbon, où l'histoire fait grand bruit.
Albert étoit jaloux de St-Méran, il a épié, il a écouté des conversations,, il a surpris des billets, etc., bref il s'est battu avec le vicomte. Ils se donnèrent rendez-vous dans le souterrain dont la peur chasse tout le monde. Vous savez qu'au milieu du souterrain la voûte se trouve interrompue par un grand espace en plein air j ils se battirent là auprès du rocher, vous connoissez cet endroit.
Le marquis fut blessé. On convint de tenir la cliose très-secrète,* cependant^
durant sa maiadie, Albert ne put dissimuler son chagrin et sa rancune, il ne voulut pas voir sa femme; et St-Méran partit trois Jours après, avant la guérison d'Albert. Tout cela est assure'ment trèsclair.
Enfin, mon frère, à peine rétabli, vient de quitter Erneville : il voyage; Pauline est triste, inquiète; je pense que ce beau roman \\ finir par une séparation. J'admire que mon frère ait eu la patience d'attendre si long-temps, car, de bon compte, en voici trois bien conslate's : le duc de Rosmond, le philosophe et. St- ^léran .
Si vous n'étiez pas si discret, vous pourriez bien en nommer un quatrième ; j'ai toujours été persuadé qiie vous avez eu cette bonne fortune auti-efois , pendant ce fameux voyage d'Albert aux eaux de Vieil i.
Adieu, mon cher; mes complimens ù nos amis.
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