‹ Les mères rivalesChapitre 28 sur 45 · I.ETTRE CLXXX · texte numérisé non relu

I.ETTRE CLXXX

De la baronne de Vordac à M. duResneï.

Le 17 octobre.

Jugez, monsieur, comme je suis malheureuse de savoir Pauline malade, et d'être retenue ici par un devoir sacre'. Ayez pitié de moi, Mandez-nxoi au vrai comment elle est, quel est son mal, car tout ce qu'on m'en dit ne m'apprend rien. Sauvai pre'tend que c'est une attaque de nerfs. Mademoiselle du Rocher me mande que c'est une indigestion. Le petit billet de Léocadie est très-effrayant, et n'explique rien. Au nom du ciel, écrivez-moi avec détail. A-t-on envoyé à Dijon un courrier au marquis ? . . . , Enfin , ne me laissez rien ignorer de ce qui la touclie. Mon inquiétude est inexprimable. J'attends voire réponse avec une impatience dont vous seul pouvez avoir une idée.

Grâce au ciel, le baron est moins mal ce soir.

LETTRE GLXXXI.

Réponse de M. du Resnel.

Le 17 octobre.

D'après le rapport de Sauvai, je partis sur-le-champ pour Erne ville, et depuis cinq heures que j'y suis, je n'ai pu la voir encore. Le'ocadie et Maurice, sans consulter leur mère, avoient déjà envoyé chercher le docteur Tiphaine, et voici ce que cet honnête et habile homme m'a dit en particulier : que ce mal subit veuoit certainement d'une cause morale.

Elle a eu des convulsions violentes, elle a de la fièvre, elle est morne, silencieuse, ne peut supporter personne dans sa chambre, pas même Léocadie. La visite du médecin a paru lui déplaire beaucoup j à peine a-t-elle répondu à ses questions ; elle n'a parlé à ses enfans que pour leur défendre formellement d'envoyer un courrier au marquis , ou même de lui mander par la poste cet

accident. On étoit tenté de lui de'sobéir à cet e'gard, ce que j'ai empêché. J'ai fait sentir aussi au médecin qu'il devoit cacher son opinion sur son mal , et c'est ce qu'il fera. Au reste le médecin n'est point inquiet. Mais je vous avoue, madame, qu'il m'est impossible de retourner ce soir à Gilly ; je coucherai dans le château d'Erneville pour la première fois de ma vie en l'absence d'Albert. Je veux savoir comment elle passera la nuit, et comment elle sera demain.

Voici comment ce mal a pris.

Hier ( jour de poste ) , Pauline se portoït à merveille. A quatre heures on apporta de la poste une grosse lettre pour Pauline, et les gazettes. Paidine, après avoir beaucoup regardé sa lettre, se leva sans l'ouvrir, et passa seule dans sa chambre. Tout le monde fut à la promenade. Au bout d'une heure, Pauline sonna.... Jacinthe étoit sortie; Suzette entra chez elle , et la trouva dans im état affreux j elleavoit le frisson et des convulsions ; elle demanda de l'éther, et ne vouloit point

se coucher ; mais le frisson augmentant, on la mit au lit. Elle eut alors de grands vomissemens. Les enfans rentrèrent dans ce moment j ils envoyèrent à Bourbon chercher le docteur, qu'elle refusa positivement de voir. Personne ne se coucha , et à quatre heures du matin elle se trouva si mal qu'elle demanda le me'decin. Il lui donna une potion qui la calma un peu. Elle est beaucoup mieux aujourd'hui, mais toujours au lit, et, comme je vous l'ai dit, ne voulant voir qui que ce soit. Elle a même prié le docteur de retourner à Bourbon. Vous savez com-^ bien il lui est attaché. Il ne partira d'ici que lorsqu'elle sera en état de se lever. Dans tout ceci les enfans sont ce qu'ils doivent être pour la plus tendre des mères et la plus parfaite de toutes les institutrices. Léocadie surtout est adorable. Combien tout ce qui aime Pauline doit la chérir!. . . J'envoie Simon qui me rapportera de vos nouvelles et de celles du baron. J'aurai l'honneur de vous écrire demain matin de bonne lieure^.

BIVALES- 2i29

Sauvai vous portera ma" lettre, il pourra répondre à toutes- vos questions, et il reviendra quand vous voudrez le renvoyer. Adieu, madame; qui peut mieux que moi comprendre votre peine et votre inquiétude ?

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