‹ Les mères rivalesChapitre 27 sur 45 · DU MARQUIS D'ERNEVILLE · texte numérisé non relu

DU MARQUIS D'ERNEVILLE

Ecrites par lui dans le souterrain^ au clair de lune, le 4 septembre, trouvées dans le portefeuille , et envojées dans la lettre anonjme.

Oui, Ton peut jouir des affections même renfermées sous ta tombe ! La mort ne sauroit les de'tiuire ; elle ne fait que les e'purer. On en jouit avec une profonde mélancolie, mais il seroit plus triste encore d'y renoncer !.... Il est quelque chose de plus terrible que la mort^ c'est l'oubli !... L'ingrat, l'affreux oubli , voilà le néant pour la sensibilité !...

O Camille ! j'éloignai de ma pensée , durant ta vie, ton dangereux souvenir ; maintenant je puis^ je dois me le rappeler I M'y livrer n'est plus qu'un châtiment et qu'une expiation La douleur et le remords me conservent l'idée de mon crime.

et la reconnoissance jette un voile e'ternel snr tes erreurs. Je ne veux me retracer que tes charmes ,- ta franchise , la noble fierté' de ton âme ^ et cette e'nergie touchante et passionnée qui n'appartenoit qu'à toi!....

Tu n'es plus ! mais tu vis toujours dans ce cœur qui , n'ajant pu se donner à toi , et n'osant même te regretter , ne se consolera jamais! Je ne puis offrir à ta

mémoire que ma douleur. . . . Ah ! du moins , les pleurs que je re'pands sur ta cendre couleront jusqu'à mon dernier soupir !. . . . Là , je t'ai revue ! ce n'e'toit point un songe : je t'ai revue. . . .non telle que tu m'apparus autrefois dans ces jours rapides d'enchantement et d'égarement!..

L'éclatante fraîcheur de la jeunesse ne brilloit plus sur ton visage , le feu de l'amour n'animoit plus tes yeux j moins éblouissante , mais aussi belle et plus touchante mille fois , je t'ai revue sur ce rocher ! . . . . dans ce lieu consacré pour moi par un inconcevable prestige ! Oui , je veux écarter tous les doutes d'une

orgueilleuse et vaine raisoa !.. je veux croire que ton ombre errante s'est reposée dans ce mystérieux asile ! . . . . Oh î combien ta ravissante figure étoit majestueuse!... Ton regard fixe et perçant^ comme un glaive vengeur , pénétra jusqu'au fond de mon âme ! A.1î ! ce trait déchirant ne peut s'en arracher ! . . . Que voulois-tu ?... venois-tu pour me punir , ou pour m'an- Tioncer mon pardon?. . . Croirai -je que l'âme , dégagée de ses liens terrestres , puisse conserver le désir de la vengeance ? Non , la haine et le ressentiment sont des passions humaines • le sentiment seul doit être immortel , seul il doit nous survivre !..... ton apparition dut être un bienfait !.. Cependant, quel trouble affreux elle m'a laissé ! quelle révolution elle a produite dans mon cœur!. . .Oh! du sein de la tombe quel empire as-tu su reprendre sur mon imagination ! . . . . Sans cesse obsédé par ton image, toujours distrait et préoccupé , je ne vois que toi , je ne vois, hélas! qu'une ombre fugitive j la réalité s'anéantit pour moi j je n'en

saurois jouir, ma vie n'est plus qu'un rêve mélancolique j je m'abandonne tout entier à de tristes illusions , je me plais à les nourrir, à les conserver 1. . . Pourquoi cette imagination si frappée , si remplie de toi , ne peut-elle te présenter encore à mes yeux ?. . . , Inutiles souhaits formés tant de fois depuis trois ans ! . . . Camille ! . , . reviens .... tu m'entends , tu m'écoutes , mais cesse d'être invisible ! montre-toi!.... Oh ! si je pouvois te voir encore une seule fois sur la cime de ce

rocher! à la douce et pure clarté de

ce ciel étoile ! là , sur ce siège de

mousse , à côté du cyprès que mes mains ont planté.... j'oserois t'intcrroger , je n'aurois qu'une seule question à te faire , je demanderois : Camille est - elle heureuse ? et si elle me répondoit : Oui , je le suis , je mourrois satisfait !..,.

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