‹ Les mères rivalesChapitre 30 sur 45 · LETTRE CLXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXIII

Du marquis à la comtesse.

Du château tVEraeville , le 21 ocfcbrc.

Pauline est encore bien abattue, elle a les yeux bien rouges. . . . Mais d'ailleurs elle est parfaitement rétablie.

Vous m'avez positivement ordonné de vous instruire avec une parfaite vérité de tous les détails de sa maladie. . . . Hélas! ma mère, que vous dirai-je?. . . Le 16 elle étoit dans la plus brillante santé ^ la poste arriva. On lui remit une

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lettre et les gazettes 3 elle laissa les gazettes dans le salon sans les ouvrir ( je les ai retrouvées toutes cachete'es sur la cheminée), elle fut lire sa lettre dans sa chambre, et après cette lecture elle eut d'horribles convulsions. . . J'ai ouvert toutes les gazettes arrivées ce jour -là par le même courrier, et j'y ai vu que le duc de Rosmond, à la chasse du roi, est tombé de cheval, et qu'il a été si grièvement blessé que l'on n'avoit aucune espérance pour sa vie. . . . Heureusement ( et cette expression ne m'échappe point, je l'emploie avec réflexion), heureusement ^ dis-je, que la gazette du j 9 apprend que le duc est hors d'affaire j et le 19, Pauline, pour la première fois depuis son accident, s'est rnise à table, et est descendue dans les jardins. .. . Au reste, j.e dois dire qu'elle n'a lu ni la première ni la seconde gazette j toutes deux sont restées cachetées dans le salon, mais Pauline reçoit des lettres par la poste ! . . . . Personne ici n'a lu ces gazettes, que j'ai sur-le-champ brûlées, afin qu'on ne puisse faire, du

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moins dans le château, de fâcheux rapprochemens. Pour prix de- ma confiance sans bornes, j'ose vous demander avec instance de lui taire mes réflexions à cet égard. L'en instruire ne serviroit qu'à l'affliger et â me désespérer , en m'ôtant ma seule consolation, celle de vous ouvrir mon âmesans aucun déguisement. Pauline soutient que son mal n'a eu pour cause qu'une violente indigestion, suivie d'une attaque de nerfs. Je parois le croire, elle est satisfaite, nous vivons en paixj si elle savoit ce que je pense sur ce point, elle ne pourroit que répéter que tous les hasards sont toujours combinés contre elle. Je suis un peu blasé sur cette phrase, elle ne me feroit nulle impression, et nous serions tous deux également à plaindre. Je conviens qu'il est physiquement très- possible que Pauline ait eu , sans aucune cause morale , de la fièvre et des convulsions justement à l'heure de l'arrivée de la poste. Mais ce jour même, à cette heure même, elle reçut une lettre. Cette lettre n'étoit

ni de vous ni de moi. Elle s'enferma pour la lire, et s'e'vanouit après l'avoir lue. . . . Voilà bien des hasards singuliers pour un seul fait!

Vous me direz, mon amie, que même ensupposantqu'elleetitaiméjadisriiomme qu'elle n'a vu que quelques jours, il se^ roit sans vraisemblance qu'elle eût conservé pour lui un tel sentiment , après quatorze ans d'absence. Non, je ne crois pas qu'elle ait conservé de l'amour, mais je crois qu'adorant Léocadie elle s'est passionnée pour son père; que sans être complice de ses artifices, elle lui en sait gré; qu'elle les trouve ingénieux et intéressans, qu'elle y voit à la fois un désir estimable de la disculper, et une tendresse touchante pour Léocadie. Ces attentions, ces présens charmanset magnifiques , cette persévérance , ces lettres remplies de sentiment, toutes ces choses ont fini par la toucher profondément ; rien ne me paroît plus simple. Mais n'en parlons plus, je vous accorde que toutes ces étranges apparences ne sont point

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