‹ Les merveilles célestesChapitre 17 sur 39 · LES UNIVERS LOINTAINS, SOLEILS DOUBLES MULTIPLES, COLORÉS · texte numérisé non relu

LES UNIVERS LOINTAINS, SOLEILS DOUBLES MULTIPLES, COLORÉS

l*ar delà l'inlini dos deux.

Je vis encore une étendue Où des soleils mystérieux,

Qui se cachent à notre vue.

Illuminent d'autres mortels.

Là notre terre est inconnue,

Là sont d'immenses archipels Dont les humains, sans se connaître, Adorent tous le même Maître, Chacun sur différents autels.

Les merveilles qui viennent de passer sous nos yeux pâlissent encore devant celles dont nous approchons. Ici, ce que nous appelons la nature est entièrement bouleversé. Nos observations, les idées issues de l'expérience, nos classifications, nos jugements en ce qui concerne les «euvres de la nature, n'ont plus la moindre application. Nous sommes réellement dans un autre monde, étrange, invraisemblable, non naturel pour nous. La vie, les forces qui l’entretiennent, la lumière, la chaleur, l’électricité, les périodes des jours et des nuits, les saisons, les an-

nées, le monde visible et invisible, tout est transformé. Nous voici à la surface de globes célestes illuminés par plusieurs soleils de toutes grandeurs, de toutes lumières, de toutes couleurs, par des lunes aux disques multicolores. Rien d’approchant ne s’est vu sur la terre : est-ce vraiment là notre création? ne sont-ce pas d’autres univers?

Résumons donc en un même panorama les études que nous avons faites sur la nature de ces mondes ' et observons les types essentiels de l’étonnante diversité qui les sépare du nôtre.

A l’œil nu, ou dans les lunettes de moyenne puissance, toutes les étoiles apparaissent comme de simples points lumineux. Si l’on emploie un instrument qui permette un grossissement considérable, on est surpris de voir que quelques-uns de ces points se dédoublent : on aperçoit deux étoiles, au lieu d'une seule.

11 y a un siècle, on connaissait au plus 20 groupes de ce genre; aujourd’hui les observateurs en ont recensé plus de 0,000. Ces groupements de deux ou plusieurs étoiles ne sont pas seulement apparents, c'est-à-dire dus à la présence de deux ou plusieurs étoiles dans la même direction du rayon visuel d’un habitant de la terre.

Sur 6,000 étoiles voisines, peut-être doubles réellement, les astronomes ont déjà reconnu 650 systèmes physiques, c’est-à-dire 650 groupes de soleils tournant l’un et l’autre autour d’un centre commun.

Les éléments de plusieurs de ces systèmes ont été complètement déterminés.

Les distances de quelques-uns de ces systèmes étant connues, on a pu calculer approximativement les dimensions réelles des orbites. C’est ainsi qu’on évalue à 410 millions de lieues le rayon moyen de l’orbite décrite

1 Yoy. nos Éludes et lectures sur l'Astronomie, t. 11.

par l’une des étoiles qui composent « du Centaure, et à 1 ,700 millions de lieues la distance des composantes de la 61 e du Cygne.

Parmi les étoiles doubles, il faut citer ericore Sirius, dont le satellite avait été soupçonné avant que les instruments l’eussent découvert. La théorie avait assigné à la révolution de ce soleil une durée de 50 années, qui paraît être en parfait accord avec les récentes observations du satellite. Quelques savants ont émis l’opinion que ce satellite n’est pas un soleil, mais une planète fort volumineuse éclairée par la lumière de $irius.

On ne connaît pas seulement des étoiles doubles, mais des étoiles triples, quadruples, etc., et jusqu’à des étoiles septuples : telle est la fameuse étoile 0 de la constellation d’Orion, qui, simple à l’œil nu, se décompose en quatre étoiles formant un trapèze lorsqu’on l’observe avec une lunette d’une suffisante puissance. Les grands télescopes ont montré d’abord deux, puis trois très-petites étoiles situées dans les limites du trapèze, ce qui porte à 7 le nombre des étoiles de ce groupe. Nous en avons parlé à propos d’Orion, p. 107.

La blanche lumière de notre soleil déverse ses rayons éclatants du haut de l’azur, et, grâce à l’atmosphère transparente dont les mille réflexions forment un véritable réservoir de lumière, tous les objets qui ornent ou peuplent la surface du globe sont enveloppés dans cette clarté. Cependant cette lumière blanche n’est pas simple. Elle renferme dans son rayon la puissance de toutes les couleurs possibles, et les corps, au lieu de nous paraître tous revêtus d’une blancheur uniforme, absorbentcertaines couleurs de ce rayon complexe et réfléchissent les autres. C’est cette réflexion qui constitue à nos yeux là coloration de ces corps. Elle dépend donc de l’agencement moléculaire de la surface réfléchissante, de sa disposition à recevoir certains rayons du spectre et à renvoyer les

autres. Mais la somme de toutes ces couleurs constitue le blanc originaire, source unique de ces apparences diverses.

11 est bonde se rappeler maintenant que cette théorie, applicable au monde organique, reçoit encore une importance- plus considérable lorsqu’on envisage le mode de coloration de substances organiques. La beauté des plantes, la diversité des prairies, l’or dessillons, la blancheur du lis, l’écarlate, l’orangé, l’azur, toutes les nuances ravissantes qui font la richesse des fleurs; leclat du plumage chez les petits oiseaux des tropiques, la neige des colombes, la fourrure fauve du lion du désert comme le rayonnement des blondes chevelures : c’est à la lumière blanche de notre soleil qu’il faut remonter pour l’explication de la beauté visible, c’est en elle que réside la source des nuances infinies qui décorent les formes de la nature.

Or, supposons un instant qu’au lieu de la blanche source de toute lumière qui nous inonde, nous ayons un soleil bleu foncé : quel changement à vue aussitôt s’opère dans lajnature ! Les nuages perdent leur blancheur argentée et l’or de leurs flocons pour étendre sous le ciel une voûte plus sombre ; la nature entière se couvre d’une pénombre colorée ; les plus belles étoiles restent dans le ciel du jour ; les fleurs assombrissent l’éclat de leur brillante parure ; les campagnes se succèdent dans la brume jusqu’à l’horizon invisible; un jour nouveau luit sous les cieux ; l’incarnat des joues fraîches efface son duvet naissant, les visages semblent vieillir, et l’humanité se demande, étonnée, l’explication d’une formation si étrange. Nous connaissons si peu le fond des choses, nous tenons tant aux apparences, que l’univers entier nous semble renouvelé par cette légère modification de la lumière solaire.

Que serait-ce si, au lieu d’un seul soleil indigo, suivant avec régularité son cours apparent, s’assurant les années

et les jours par son unique domination, un second soleil venait soudain s’unir à lui, un solçil d’un rouge écarlate disputant sans cesse à son partenaire l’empire du monde des couleurs? Imaginez-vous qu’à midi, au moment où notre soleil bleu étend sur la nature cette lumière pénombrable que nous décrivions tout à l’heure, l’incendie d’un foyer resplendissant allume à l’orient ses flammes. Des silhouettes verdâtres se dressent’ soudain à travers la lumière diffuse, et à l’opposite de chaque objet une traînée sombre vient couper la clarté bleue étendue sur le monde. Plus tard le soleil rouge monte tandis que l’autre descend, et les objets sont colorés, à l’orient des rayons du rouge, à l’occident des rayons du bleu. Plus tard encore, un nouveau midi luit sur la terre, tandis qu’au couchant s’évanouit le premier soleil, et dès lors la nature s’embrase d’un feu rouge écarlate. Si nous passons à la nuit, à peine l’occident voit-il pâlir comme de lointains feux de Bengale les derniers rayonnements de la pourpre solaire, qu’une aurore nouvelle fait apparaître à l’opposite les lueurs azurées du cyclope à l’œil bleu. L’imagination des poètes, le caprice des peintres, créeront-ils sur la palette de la fantaisie un monde de lumière plus hardi que celui-ci? La main folle de la chimère, jetant sur sa toile docile les éclats bizarres de sa volonté, édifiera-t-elle au hasard un édifice plus étonnant que celui-ci ? — Hegel a dit que « tout ce qui est réel est rationnel, » et que « tout ce qui est rationnel est réel. » Cette pensée hardie n’exprime pas encore toute la vérité. 11 y a bien des choses qui ne nous paraissent point rationnelles et qui néanmoins existent en réalité dans l’une des créations sans nombre de l’infini qui nous entoure.

Ce que nous venons de dire à propos d’une terre éclairée par deux soleils de diverses couleurs, dont l’un serait bleu foncé et l’autre rouge écarlate, n’a rien d’imaginaire. Par une belle nuit calme et pure, prenez votre lunette et

regardez dans Persée, ce héros sensible marchant en pleine Voie lactée et tenant en main la tête de Méduse ; regardez, dis-je, l’étoile ij : voilà au grand jour notre monde de tout à l’heure. La grande étoile est d’un beau rouge, l’autre est d’un bleu sombre. A quelle distance ce monde étrange est-il situé? C’est ce que nul ne peut dire. On peut seulement affirmer qu’à raison de 77,000 lieues par seconde, la lumière met plus de cent ans à nous venir de là.

Mais ce inonde n’est pas le seul de son genre. Celui de 7 d’Ophiucus lui ressemble à un tel point, qu’on pourrait facilement s’y tromper et les prendre l’un pour l’autre (à cette distance-là, ce serait, il est vrai, pardonnable). Seulement, dans le système d’Ophiucus, le soleil bleu n’est pas aussi foncé que dans l’autre. Une étoile du Dragon ressemble beaucoup aux précédentes ; mais chez elle le grand soleil est d’un rouge plus foncé; une autre du Taureau a son grand soleil rouge, son petit bleuâtre; une autre encore, u d’Argo, a son grand soleil bleu et son petit rouge sombre.

Ainsi voilà notre monde imaginaire réalisé en plusieurs endroits de l’espace. Et il y a, à n’en pas douter, des yeux humains qui là-bas contemplent chaque jour ces merveilles. Qui sait? — et la chose est très-probable — ils n’y font peut-être guère attention, et dès leur berceau habitués comme nous à la même vue, ils n’apprécient pas la valeur pittoresque de leur séjour. Ainsi sont faits les hommes : le nouveau, l’inattendu seul les touche; quant au naturel, il semble que c’est là un état éternel, nécessaire, fortuit, de l'aveugle nature, et qui ne mérite pas la peine d’être observé. Si les humains de là-bas venaient chez nous, tout en reconnaissant la simplicité de notre petit univers, ils ne manqueraient pas de l’observer avec surprise, et de s’étonner de notre indifférence.

C’est sans doute après avoir rêvé à ces étranges et loin-

Fig. 24. — Etoiles multiples colorées.

tains univers, que Victor Hugo écrivit les strophes suivantes :

S’il nous «tait donné de faire \#

Ce voyage démesuré.

Et de voler de sphère en sphère A ce grand soleil ignoré;

Si, par un archange qui l’aime,

I/homme aveugle , frémissant, blême,

Dans les profondeurs du problème,

Vivant, pouvait être introduit;

Si noiis pouvions fuir notre centre.

Et, forçant l'ombre où Dieu seul entre,

Aller voir de près dans leur antre Ces énormités de la nuit ;

Ce qui t’apparaîtrait te ferait trembler, ange !

Rien, pas de vision, pas de songe insensé.

Qui ne fût dépassé par ce spectacle étrange ;

Monde infernal, et d'un tel mystère tissé.

Que son rayon fondrait 110 s chairs, cire vivante.

Et qu’il ne resterait de nous dans l’épouvante Qu'un regard ébloui sous un front hérissé.

Tu verrais! — un soleil, autour de lui des mondes, Centres eux-méme, ayant des lunes autour d’eux ; Là, des fourmillement de sphères vagabondes ;

IJi des globes jumeaux qui tournent deux à deux.

Les soleils qui constituent ces systèmes multiples diffèrent donc encore du nôtre par leur coloration. Dans leur variété, parmi l’ensemble des astres, une nouvelle variété se manifeste encore. Les systèmes binaires colorés ne se composent pas unanimement des soleils rouges et bleus auxquels nous faisions allusion tout à l’heure; les moyens ne leur font pas défaut; il en est ici comme dans l’universalité des productions de la nature : c’est à une source intarissable qu’elle a puisé pour la richesse et le luxe dont elle a décoré ses œuvres.

Voici par exemple le beau système de y d’Andromède. Le grand soleil central est orangé, le petit qui gravite

alentour est vert émeraude. Que résulte-il du mariage de ces deux couleurs, l’orange et l’émeraude? N’est-ce pas là un assortiment plein de jeunesse, — si cette métaphore est permise, — un grand et magnifique soleil orange au milieu du ciel ; puis une émeraude brillante et qui gracieusement vient mariér à l’or ses reflets verts?

Voici encore, dans Hercule, deux soleils rouge et vert ; dans la Chevelure de Bérénice : l’un rouge pâle, l’autre d’un vert limpide ; dans Cassiopée, soleil rouge et soleil vert : nouvelle série de nuances tendres et ravissantes.

Changeons la vue; il suffit pour cela de considérer d’autres systèmes, il y a plus de variété parmi eux que dans tous les changements à vue que l’opticien peut produire sur l’écran d’une lanterne magique. Tels univers planétaires éclairés par deux soleils ont toute la série des couleurs renfermées au-dessous du bleu et ne connaissent point les nuances éclatantes de l’or et de la pourpre qui jettent tant de vivacité sur le monde. C’est dans cette catégorie que se trouvent placés certains systèmes situés dans les constellations d’Andromède, du Serpent, d’Opliiucus, de la Chevelure de Bérénice, etc. Tels ne connaissent que des soleils rouges, comme une étoile double du Lion par exemple. Tels autres systèmes sont voués au bleu et au jaune, ou du moins sont éclairés par un soleil bleu et un soleil jaune qui ne leur donnent qu’une série limitée de nuances comprises dans les combinaisons de ces couleurs primitives; tels sont des systèmes de la Baleine, de l’Éridan, dont Tune est couleur de paille et l’autre bleue, de la Girafe, d’Orion, de la Licorne, des Gémeaux , du Bouvier, la grande jaune , la petite bleu verdâtre, du Cygne, dont la petite est d’un bleu intense. Nous avons, d’un autre côté, les assortiments du rouge et du vert, comme on en voit dans Cassiopée, la Chevelure et Hercule/ /

D’autres systèmes stellaires se rapprochent davantage

du nôtre, en ce sens que l’un des soleils qui les illuminent a comme le nôtre une lumière blanche, source do toutes les couleurs, tandis que son voisin vient rejeter un îellet permanent sur toutes choses. Voici par exemple les mondes qui circulent autour du grand soleil da du Béliei , ce grand soleil est blanc, mais on voit constamment dans le ciel un autre soleil plus petit, dont le rellet bleu couvre comme d un voile les objets exposés à ses rayons. La 26* de la Baleine se trouve dans les mêmes conditions, et il en est de même d’un très-grand nombre d’étoiles, parmi les plus brillantes. Telle est l’étoile * du col du Cygne, qui est en outre l’une des variables les plus remarquables : dans une période de 404 jours, le grand soleil blanc diminue de la cinquième à la onzième grandeur et revient à son état primitif. Pour les mondes qui gravitent autour du soleil principal dans ces systèmes binaires, la lumière blanche originaire parait donner naissance aux variétés infinies que nous observons sur la terre, avec réserve d’un reflet bleu constamment issu de 1 autre soleil : niais pour les planètes qui gravitent autour de celui-ci, c est la coloration bleue qui domine tandis que 1 action du soleil blanc plus éloigné n’est que secondaire.

De même qu il y a des soleils blancs accompagnés de soleils bleus, de même il en est qui sont escortés de soleils rouges ou jaunes... Mais je ne m’arrêterais pas dans cette énumération, si je voulais passer en revue toute l’armée du ciel.

Quelle variété de clarté deux soleils, l’uti rouge, et l’autre vert, l'un jaune et l’autre bleu, doivent répandre sur une planète qui circule autour de l’un ou de l’autre ! a quels charmants contrastes, à quelles magnifiques alternatives doivent donner lieu un jour rouge et un jour vert, succédant tour à tour à un jour blanc et aux ténèbres ! Quelle nature est-ce là ! quelle inimaginable beauté

revêt d’une splendeur inconnue ces terres lointaines disséminées au fond des espaces sans fin ?

Si comme notre lune qui gravite autour du globe, comme celles de Jupiter, de Saturne, qui réunissent leurs miroirs sur l'hémisphère obscur de ces mondes, les planètes invisibles qui se balancent là-bas sont entourées de satellites qui sans cesse les accompagnent; quel doit être l’aspect de ces lunes éclairées par plusieurs soleils? Cette lune qui se lève des montagnes lointaines est divisée en quartiers diversement colorés, l’un rouge, l’autre bleu ; — cette autre n’offre qu’un croissant jaune ; celle-là est dans son plein, elle est verte et parait suspendue dans les cieux comme un immense fruit. Lune rubis, lune émeraude, lune opale : quels diamants célestes ! 0 nuit de la terre, qu’argente modestement notre lune solitaire, vous êtes bien belle, quand l’esprit calme et pensif vous contemple! Mais qu’êtes-vous à côté des nuils illuminées par ces lunes merveilleuses?

Et que sont les éclipses de soleil sur ces mondes? Soleils multiples, lunes multiples, à quels jeux infinis vos lumières mutuellement éclipsées ne donnent-elles pas naissance ! Le soleil bleu et le soleil jaune se rapprochent ; leur clarté combinée produit le vert sur les surfaces éclairées par tous deux, le jaune ou le bleu sur celles qui ne re- ♦ çoivent qu’une seule lumière, bientôt le jaune s’approche sous le bleu; déjà il entame son disque et le vert répandu sur le monde pâlit, pâlit, jusqu’au moment où il meurt, fondu dans l’or qui verse dans l’espace ses rayonnements cristallins. Une éclipse totale colore le monde en jaune. Une éclipse annulaire montre une bague bleue autour d’une pièce d’or. Peu à peu, insensiblement, le vert renaît et reprend son empire.

Ajoutons à ce phénomène celui qui se produirait si quelque lune venait au beau milieu de cette éclipse dorée couvrir le soleil jaune lui-même et plonger le monde

dans l’obscurité, puis suivant la relation existant entre son mouvement et celui du soleil, continuer de le cacher après sa sortie du disque bleu et laisser alors la nature retomber sous le rideau d’une nouvelle couche azurée. Ajoutons encore... mais non, c’est le trésor inépuisable de la nature : y plonger à pleines mains, c’est n’v rien prendre.

J’aime terminer ces descriptions par un chant gracieux, œuvre du poète américain Bryant, par le Chant (les étoiles. Ces strophes sont à leur place naturelle, après les harmonies de lumière et de ravissantes colorations que nous venons d’observer dans le monde de ces étoile lointaines.

« Lorsque le matin radieux de la création se leva, et que le monde s’éveilla dans le sourire de Dieu ; lorsque les royaumes déserts de l’obscurité et de la mort sentirent le souffle de sa puissance émouvoir leurs profondeurs, que les orbes splendides, que les sphères enflammées, de l'abîme dn vide s’élevèrent par myriades dans la joie de la jeunesse ; comme elles s’élancaient en avant pour jouer dans les profondeurs grandissantes de l'espace, leurs voix argentines s’unirent en chœur, — et voici le chant que chantait l’une des plus brillantes :

s En avant ! en avant ! parmi les vastes, les vastes cieux, parmi les beaux champs d’azur qui s’étendent devant vous. Voguez, soleils accompagnés des mondes qui roulent autour de vous et vous, planètes suspendues sur votre pôle tournant, avec vos îles de verdure, vos blancs nuages et vos ondes couchées , comme une lumière fluide.

« Car la source de la gloire dévoile sa face, et la lumière déborde l’espace sans bornes. Nous buvons en voguant les marées lumineuses dans notre air limpide et nos plaines fleuries. Ah! oui. Voguez au delà des vivantes splendeurs ! suivez en chantant notre chemin joyeux.

LES MEIt VAILLES CÉLESTES.

« Regardez ! regardez ! là-bas, à travers nos rangs étincelants, dans l’azur infini, étoile après étoile, comme ces astres brillent et fleurissent lorsqu’ils passent dans leur course rapide! comme la verdure court sur leur masse roulante, comme les vents légers marquent leur passage lorsque les petites vagues s’émeuvent et que se courbe la tète des jeunes bois !

« Voyez, le jour plus brillant verse ses rayons , comme l’arc-en-ciel se suspend dans l’onde de l’atmosphère éclairée ! Et les crépuscules du matin et du soir avec leurs richesses de nuances, lorsqu’ils descendent sur les brillantes planètes, y répandant leur rosée ! et entre eux, sur les régions fécondes, la nuit qui les couvre de son cône d’ombre.

« En avant ! en avant ! Dans nos bocages en fleurs, dans la douce brise enveloppant les sphères, dans les mers et les sources qui brillent avec l’aurore, voyez ! l’amour court, la vie naît, des myriades d’êtres respirent et se séparent de la nuit pour se réjouir comme nous dans le mouvement et dans la lumière.

« Glissez dans votre beauté, ô sphères pleines de jeunesse ! dominant la danse qui mesure les années ! glissez dans la gloire et dans la joie qui s’étend jusqu’aux plus lointaines frontières du firmament, source visible de Celui dont le front se cache sous un voile devant lequel pâlissent nos flambeaux. »

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