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qu’il so perdrait facilement en désirant aller au delà. De plus, on garde toujours, quoi qu’on fasse, un petit fond d’égoïsme, et l’on se réserve volontiers pour les personnes ou les choses qui nous touchent de plus près. Nous voici donc définitivement passés de l’astronomie sidérale à l’astronomie planétaire.
LE SOLEIL
Observez le soleil lui-même, s’élançant A l’orient sur ses ailes de gloire. Ange de lumière <|ui, depuis l’époque où les cietix ouvrirent leur marche sublime, a, le premier de tout le chœur étoilé, suivi la voie éclatante tracée par le Créateur.
Délicieuse puissance de la lumière, jour si doux et si tendre, quel baume, quelle vie répandent tes rayons! Te sentir est un bonheur si complet que si le monde n’avait d’autre joie que de s’asseoir dans ton rayonnement calme et pur, ce serait encore un monde trop exquis pour que l'homme ait le courage de le quitter pour les ténèbres , les profondeurs et l’ombre glaciale de la tombe.
Tuovas Moore, Lnlla liookh.
« L’astre resplendissant qui brille sur nos tètes occupe le centre du groupe de mondes auquel la Terre appartient. Notre système planétaire lui doit son existence et sa vie. 11 est véritablement le cœur de cet organisme gigantesque, comme l’exprimait jadis une heureuse métaphore de Théon de Smyrne, et ses battements vivificateurs en entretiennent la longue existence. Placé au milieu d’une famille dont il est le père, et sur laquelle il veille sans
cesse depuis les âges inconnus où les inondes sortirent de leur berceau, il la gouverne et la dirige, soit dans le maintien de son économie intérieure, soit dans le rôle individuel qu’elle remplit parmi l’universalité de la création sidérale. Sous l’impulsion des forces qui émanent de son essence ou dont il est le pivot, la Terre et les planètes, nos compagnes, gravitent autour de lui, puisant dans l'éternel cours qui les emporte les éléments de lumière, de chaleur, de magnétisme, qui renouvellent incessamment l’activité de leur vie. Cet astre magnifique esté la fois la main qui les soutient dans l’espace, le foyer qui les échauffe, le flambeau qui les éclaire, la source féconde qui déverse sur elles les trésors de l’existence. C’est lui qui permet à la Terre de planer dans les cieux, soutenue par l’invisible réseau des attractions planétaires; c’est lui qui la dirige dans sa voie, et qui lui distribue les années, les saisons et les jours. C’est lui qui prépare un vêtement nouveau pour la sphère encore glacée dans la nudité de l’hiver, et qui la revêt d’une luxuriante parure, lorsqu’elle incline vers lui son pôle chargé de neiges ; c’est lui qui dore les moissons dans les plaines et mûrit la grappe pesante sur les coteaux échauffés. C’est cet astre glorieux qui, le matin, vient répandre les splendeurs du jour dans l’atmosphère transparente, ou soulève de l’Océan endormi comme un duvet de ses eaux, qu’il transformera en rosée bienfaisante pour les plaines altérées ; c’est lui qui forme les vents dans les airs, la brise du crépuscule sur le rivage, les courants pélagiques qui traversent les mers. C’est encore lui qui entretient les principes vitaux des fluides que nous respirons, la circulation de la vie parmi les êtres organiques, en un mot, la stabilité régulière du monde. Enfin, c’est à lui que nous devons notre vie intellectuelle et la vie collective de l’humanité entière, l’aliment perpétuel de notre industrie ; plus que cela encore : l’activité du cerveau, qui nous permet de revêtir d’une forme nos pensées et de
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nous les transmettre mutuellement dans le brillant Commerce de l’intelligence. »
Quelle imagination serait assez puissante pour embrasser l’étendue de l’action du Soleil sur tous les corps soumis à son influence? Un million et demi de fois plus gros que la Terre, et sept cents fois plus volumineux à lui seul que toutes les planètes ensemble, il représente le système planétaire tout entier, et devant les étoiles ce système n’existe pas. Il l’entraîne dans les déserts du vide, et ces mondes le suivent à sou gré comme d’obscurs passagers emportés par un splendide navire sur la mer sans bornes. Il les fait rouler autour de lui, afin qu’ils viennent d’eux-mêmes puiser dans leur cours l’entretien de leur existence ; il les domine de sa royale puissance et gouverne leurs mouvements formidables. S’adressant à lui, le poète put lui dire sans flatterie :
Ta présence est le jour, la nuit est ton absence ;
La nature sans toi, c’est l'univers sans Dieu* I
De ces manifestations éclatantes do son pouvoir, descendons maintenant à ses actions cachées. Voyons sa lumière et sa chaleur agir sur l’organisme sensible des plantes qui le regardent avec amour et boivent à longs traits ses féconds rayonnements, sur l’électricité des minéraux et sur les variations diurnes de l’aiguille aimantée, sur la formation des nuées et la coloration des météores ; voyons-les, ces influences occultes de la lumière et de là chaleur , descendre a travers la pureté du jour sur notre âme elle-même, si éminemment accessible aux impressions extérieures, et lui communiquer la joie ou la tristesse; et peut-être commencerons-nous à nous former une idée de ce que c’est qu’un rayon de soleil, dans l’infiniment petit
1 Clicncdollé.
de la nature terrestre comme dans l’infmiment grand des phénomènes sidéraux.
Ce coin de soleil condense L’infini de volupté.
O charmante providence !
Quelle douce confidence D’amour, de paix, de beauté !
Dans un moment de tendresse,
Seigneur, on dirait qu’on sent Ta main douce, qui caresse Ce vert gazon qui redresse Son poil souple et frémissant.
Lamartine.
Mais quelle est la nature de cet astre puissant dont l’action est si universelle ? quel feu brûle dans ce vaste encensoir? quels sont les éléments qui constituent ce globe splendide? Porte-t-il en soi les conditions d’une durée infinie, ou bien la Terre est-elle destinée à voir un jour s’éteindre ce flambeau de sa vie et à rouler désormais dans les ténèbres d’un éternel hiver? Ces questions se posent devant notre curiosité légitime, et nous voulons qu’une solution satisfaisante vienne y répondre.
Lorsqu’on veut apprécier la nature et la grandeur d’un haut personnage, on ne cherche pas généralement à mettre en évidence ses défauts, à étudier les taches de son caractère : ce serait un singulier moyen de juger de sa valeur ; et lors même qu’il en serait ainsi, on le devrait à l’imperfection humaine, dont les plus grands d’entre nous ne sont pas affranchis. Mais s’il s’agit d’un être dont le caractère distinctif est précisément d’offrir, non-seulement une pureté magnifique, mais encore la source de toute lumière et de toute pureté, ce ne sont pas des taches que l’on devrait chercher en lui pour le connaître. Aussi le monde savant fut-il fort étonné, il y a 254 ans, lorsque le
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roi soleil, le dieu du jour, fut accusé par le télescope d’être constamment couvert de taches, et eut-on lieu d’être encore plus étonné depuis, lorsqu’on reconnut que ces tachas étaient justement le seul moyen que le soleil nous laissât de pénétrer sa nature. — On croirait presque, à ce propos, que l'orgueil est en raison inverse de la valeur. — Les savants ofliciels de ce temps, les théologiens et les disciples de l’école d’Aristote n’en voulaient rien croire. Le père provincial de l’ordre des jésuites ù Ingolstadt, répondit à Scheiner, le premier qui ait vu le Soleil et ses taches dans une lunette, qu’Aristote avait prouvé que tous les astres en général étaient incorruptibles, et que le Soleil en particulier était le (lambeau le plus pur qui fût au monde, conséquemment, que les prétendues taches du Soleil étaient dans les verres de ses lunettes ou dans ses yeux. Lorsque Galilée fit la même 'observation, messieurs les péripatéticiens s’exercèrent à lui démontrer, livres en main, que la pureté du Soleil était inattaquable et qu’il avait mal vu. Et en effet, qui se serait jamais douté d’une pareille chose? Des taches sur le Soleil ! ce devait être une erreur, c’est une illusion évidente. On avait bien vu dans le temps, en de graves circonstances, le disque du Soleil affaiblir son éclat, comme à la mort de Jules César:
Quand César expira, plaignant notre misère,
D’un nuage sanglant tu voilas ta lumière ;
Tu refusas le joui- à ce siècle pervers ;
L’ne éternelle nuit menaça l'univers.
C’est Virgile lui-même qui rapporte le fait, et l’auteur des Métamorphoses le confirme en un touchant témoignage :
Soleil, tu te voilas; et tes pâles rayons
S’affligèrent du deuil de la terre alarmée.
Des torches flamboyaient sous la nue enflammée,