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Le sang pleuvait des airs ; l’Aurore, à son réveil.

Vit des taches de sang rougir son teint vermeil,

Et du char de l’hébé la lumière argentée Couvrit ses feux éteints d’une ombre ensanglantée.

Mais c’était là line exception, et c’eût été une grande témérité d’en conclure pour cela que l’astre du jour était soumis à la corruption.

Fig. 30. — Les taches du Soleil.

Pourtant le Soleil a des taches, et le fait le plus curieux, c’est que ces taches nous ont mis sur la voie de connaître sa nature et sa constitution physique, tandis que sans elles nous n’aurions encore pu parvenir à acquérir la plus lé-

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"ère notion sur la disposition de ce grand corps. — Les idées récentes, basées sur l’analyse chimique de sa lumière, ne sont pas encore assez solidement fondées, en effet, pour qu’elles contrarient l’assertion précédente.

Voyons donc en quoi consistent les taches du Soleil.

En général, voilà l’aspect qu’elles nous présentent dans le champ du télescope (lig. 50).

On remarque en elles deux parties bien distinctes. Au centre, une région noire bien définie. Autour d’elle une région moins sombre, d’un éclat grisâtre, relativement à la surface du Soleil qui l’enveloppe. La partie centrale a reçu le nomd’omàre; quelquefois au centre de cette partie on remarque un point noir plus intense encore que l’on nomme noyau. La région extérieure de la tache a reçu le nom de pénombre. Lorsqu’on dit. que le centre des taches est noir, il faut entendre cette expression relativement à la surface générale du Soleil ; car ce centre, quelque sombre qu’il paraisse par contraste, a été trouvé d’une clarté égale à deux mille fois celle de la pleine lune.

On peut être porté à croire que ces taches, ordinairement invisibles à l’a il nu, sont des mouvements insignifiants opérés à la surface de l’astre, et d’une petite étendue. Il n’en est pas ainsi. Ce sont des phénomènes journaliers et très-importants. Quelques-uns ont été reconnus mesurer un diamètre de 30,000 lieues, c’est-à-dire qu’elles étaient dix fois plus larges que la Terre. Dans la plupart d’entre elles, notre globe, y tombant, s’y perdrait comme une pierre dans un puits. Outre cette étendue, elles sont encore le siège d’actions multiples et de phénomènes prodigieux. Elles ne se forment pas brusquement dans toute leur étendue, mais grandissent jusqu’à la limite qu’elles doivent atteindre et diminuent ensuite. Quelques-unes ne durent que quelques semaines, d’autres des mois et des années. Or, les mouvements dont elles sont animées, soit pour s’accroître ou pour diminuer, soit dans leur action

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interne, sont parfois d’une rapidité inouïe. Dernièrement on a suivi un météore éblouissant courant à travers un groupe de taches avec une vitesse de deux mille lieues par minute. D’autre part, on a suivi des tourbillons circulaires entraînant dans leurs tumultes des taches grosses comme la Terre et s’engloutissant dans des abîmes avec une vitesse effrayante. Quelquefois on aperçoit les crêtes

de vagues tumultueuses débordant aux environs de la pénombre et s’élevant sur la surface blanche du Soleil comme une substance plus blanche et plus éclatante en- ' core, rejetées sans doute dans leur bouillonnement par des forces intérieures. Ailleurs on a vu des ponts immenses de substance enflammée jetés soudain sur une tache noire, la traverser d’un bout à l’autre comme une arche de stries lumineuses, et parfois se dissoudre et s’écrouler dans les abîmes des tourbillonnements intérieurs. Cet astre, qui déverse chaque jour sur nos têtes une lumière si

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Fig. 32.— Segmentation d'une tache solaire. (Observation de Flammarion.)

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calme cl si pure, est le siège d’actions puissantes, de mouvements prodigieux dont nos tempêtes, nos ouragans et nos trombes ne nous donnent qu’une faible idée, car ces perturbations gigantesques ne s’exécutent plus, comme ici, dans une atmosphère de quelques lieues d’épaisseur et sur une longueur de quelques lieues, mais dans des proportions bien autrement vastes, puisque son atmosphère s’élève à des milliers de lieues au-dessus de sa surface, et que son volume surpasse de 1 million 450 mille fois celui de notre globe.

Parfois aussi ces taches immenses, dont la nature reste encore mystérieuse pour nous, se divisent, se séparent en deux parties, dont l’une se fond insensiblement pour s’évanouir dans la masse incandescente de la surface apparente du Soleil. Tel est le phénomène que j’ai observé, suivi et dessiné pendant les journées du 1 0au22 mai 1868', et dont la figure 52 reproduit les phases principales. Cette tache était environ trois fois plus large que la Terre. Une première ombre se forma vers la gauche de l’ombre de cette grande tache. Le lendemain, ce foyer secondaire, emportant une partie de la pénombre, se séparait en partie de la tache, à laquelle il restait attaché par une sorte de charnière. Le soir du môme jour, cette segmentation s’était reformée; mais le lendemain elle reparut de nouveau pour s’accentuer désormais de plus en plus, s’opérer entièrement et montrer au télescope deux taches bien séparées au lieu d’une. Mais cette branche ne s’était séparée de sa mère que pour s’évanouir bientôt, absorbée dans la surface incandescente.

L’un des premiers résultats de l’observation des taches solaires, ce fut de reconnaître que cet astre tourne sur lui-même en 25 de nos jours environ.

En effet, si l’on suit pendant plusieurs jours consécutifs

* \oy. Comptes rendus de l'Académie des sciences et nos Études et Lectures sur l'astronomie.

une tache quelconque décolles qui noircissent la surface solaire, ou un groupe de taches, ou encore l’ensemble, on ne tarde pas i\ remarquer qu'elles sont animées d’un même mouvement d’un bord à l’autre du disque solaire. Si, par exemple, on commence à suivre une tache dès son apparition au bord oriental, on observe quelle s’avance lentement vers le milieu de l’astre, qu’elle atteint sept jours environ après son apparition ; puis elle le dépasse et continue sa marche vers l’occident, et sept jours après elle arrive à la limite et disparait. Après une période de quatorze jours, employés à tourner dans l’hémisphère opposé, elle reparaît au même endroit et poursuit semblablement la marche précédemment remarquée. Cette observation a établi, et montre encore avec évidence, que le Soleil tourne sur lui-même. Cette rotation du Soleil montre ses taches avec l'aspect représenté par la fig. 33.

Si la période de réapparition des taches mesure 27 à 28 jours, cette apparence, n’infirme pas le chiffre de 25 jours rapporté plus haut. La différence provient de ce que la Terre ne reste pas immobile dans l’espace, mais tourne autour du Soleil. Pour que nous puissions observer directement la durée de rotation, il faudrait évidemment, pour première condition, que nous restassions à la même place, car autrement, si nous marchons autour de l’astre dans le sens de son mouvement, nous verrons encore des taches après le moment où elles auront disparu pour le point où nous nous trouvions d’abord ; et si nous allons en sens contraire, nous cesserons de les voir avant qu’elles cessent d'être visibles pour le point fixe. Or, dans son mouvement de translation autour du Soleil, la Terre, s’avançant dans le sens de sa rotation, voit encore les taches deux jours et demi après quelles ont disparu pour le point où elle se trouvait au commencement de l’observation.

Ce mouvement de rotation s’exécute de l’ouest à l’est.

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comme celui de la Terre et celui de toutes les planètes du système. Ainsi, par l’e\araen télescopique, cet astre, déclaré fixe et incorruptible par l'antiquité, se vit à la fois dépouillé de ses deux qualités distinctives. La rotation diurne du Soleil est vingt-cinq fois plus longue que celle de la Terre, mais elle en diffère essentiellement dans ses conséquences immédiates, puisqu’elles ne produisent point à sa surface les alternatives de jour et de nuit qui dérivent chez nous de ce mouvement. On ne peut donc dire que ce soit là la durée du jour solaire, car elle n’est ••

pas l'indice d’une succession de lumière et d’ombre : le jour du Soleil ne s’éteint pas et le crépuscule du soir ne vient pas l’affaiblir. Ce monde demeure dans une lumière permanente.

Il ne connaît pas non plus nos saisons ni nos années, et les éléments de notre calendrier ne s'appliquent point à son rôle astronomique. Il semble que la succession rapide des choses qui constitue notre temps, et la série changeante des phénomènes comme des êtres, ne soient pas le partage de sa grandeur, que la permanence et la durée sans mesure soient son apanage, et qu’il soit affranchi de compter pour sa vie personnelle ces âges successifs qui mesurent la vie et l’étouffent sous leur nombre. Une grande diversité de nature l’isole du rang des mondes planétaires, et ce serait un profond sujet d’étonnement pour l’habitant de la Terre s’il lui était donné de visiter un pays si essen tiellement distinct du nôtre, et de pouvoir établir une comparaison, si toutefois elle est possible, entre ce monde étrange et sa patrie, ,

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