‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 15 sur 32 · ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ÉTEINTES OU SUBITEMENT APPARUES · texte numérisé non relu

ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ÉTEINTES OU SUBITEMENT APPARUES

« J'étais seul près des flots par une nuit d'étoiles. Pas un nuage aux deux, sur les mers pas de voiles. Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réeL Et les bois et les monts, et toute Ja nature, Semblaient interroger dans un confus murmure

Les flots des mers, les feux du cieL « Et les étoiles d*or, légions infinies, A Toix haute, i voix basse, avec mille harmonies, Disaient en inclinant leurs couronnes de feu. Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête. Disaient en recourbant Técum* de leur crête:

— C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu ! n

Victor Hugo, Orientales.

De toutes les merveilles que le télescope a mises au jour en cultivant les champs de l'espace, aucune n'eut peut-être plus de droits à l'étonnement des mortels que l'existence di'étoiles changeautés, périodiquement variables, dont la lumière et la couleur sont soumises à une périodicité d^éclat; du moins,aucune révélation télescopique n'a plus surpris les observateurs. Des étoiles qui, loin de rester

fixes dans une lumière inaltérable , voient leur clarté s'affaiblir et se raviver périodiquement! des étoiles qui brillant aujourd'hui d'un éclat splendide seront invisibles demain, et ressuscitéesaprèsdemainl l'imagination la plus téméraire n'eût jamais osé inventer de telles créatures; et c'est à peine si, maintenant que leur existence est bien constatée, l'esprit peut s'accoutumer à la concevoir.

Il y a des étoiles dont l'éclat subit une variation périodique le ramenant tour à tour à son maximum et à son minimum d'intensité. Pour bien nous figurer en quoi consiste ce changement singulier, représentons-nous notre Soleil, et supposons qu'il soit soumis à ces variations. Aujourd'hui le voici qui rayonne de ses flammes les plus éclatantes et déverse dans l'atmosphère échauffée des flots d'une éblouissante lumière; pendant quelques jours il garde cette même intensité; mais .voilà que, le ciel restant pur comme précédemment, l'éclat du soleil s'aflfaiblit de jour en jour; au bout d'une semaine, il a perdu la moitié de sa lumière ; au bout de quinze jours on peut le fixer en face; et puis il s'affaiblit encore, devient pâle et morne, n'envoyant plus qu'une clarté blafarde à la Terre. Nous craignons pour ses jours, et nous nous demandons avec le traducteur de Plutarque :

Le Dieu qui du néant vient de tirer le monde Va-t-il le replonger dans une nuit profonde ? Le soleil, ce flambeau de la terre et des cieux, A-t-il vu pour jamais anéantir ses feux ?

Mais il renaft, et respérance avec lui. On remarque unpremier progrès dans sa lumière éteinte ; elle devient plus blanche, pins éclatante. Son flambeau se rallume et augmente de jour en jour; une semaine après son minimum d'intensité il verse déjà une lumière et une chaleur qui rappellent le foyer solaire. Son accroissement continue. Et lorsqu'une période égale à celle de son déclin sera passée, le soleil étincelant aura repris toute sa force, toute sa grandeur. La Terre est inondée des rayons de sa lumière éblouissante et de sa chaleur féconde.... Mais elle ne se réjouit pas longtemps dans cette splendeur, car déjà le soleil commence à reprendre sa voie descendante. Et ainsi de suite, toujours. La nature de ce nouveau soleil est d'être périodique comme la vertu de notre précédent soleil était de garder une lumière et une chaleur permanentes. .

On. conçoit que ces variations d'éclat étonnent l'œil observateur qui les contemple dans le champ de la vision télescopique. Ces périodes sont de toutes les durées. Pour certaines étoiles, par exemple pour la trentième de l'Hydre d'Hévéliùs, la période est de plus d'un an : de 494 jours. Elle varie entre le quatrième grandeur et la disparition complète. L'étoile X du col du Cygne varie de la cinquième à la onzième grandeur dans une période de 404 jours. Une autre étoile dont nous avons déjà parlé au chapitre des constellations, ode la Baleine, appelée aussi la merveilleuse (Mira ceti) varie en 334 jours entre la deuxième grandeur et la dispa-

rîtion entière. D'autres astres sont gouvernés par des variations plus rapides. L'étoile qui passe le plus rapidement de son maximum à son minimum est Algol de la tête de Méduse, que nous connaissons déjà (p de Persée). En l jour, 10 heures, 24 minutes elle a terminé son déclin ; dans le même laps de temps elle est revenue à son maximum; sa période n'est donc que de 2 jours, 20 heures, 48 minutes. L'étoile B de Céphée varie dans une période de ô joifrs, 8 heures, 37 minutes de la troisième k la cinquième grandeur, etc.

On voit que ces variations sont elles-mêmes trèsdiverses, et qu'il est des soleils qui passent avec une étrange rapidité de leur plus grand à leur plus petit éclat. Quelles sont les forces prodigieuses qui régissent ces gigantesques changements? C'est ce que la science n'a pu encore déterminer. Maupertuis disait que les étoiles changeantes avaient la forme de lentilles, qu'elles tournaient perpendiculairement sur ellesj-mêmes, et qu'elles nous présentaient successivement leur tranche et leur face. A l'époque où elles ne présentaient que la tranche, c'était le minimum de leur éclat; à l'époque où elles présentaient leur face entière, c'était leur maximum. Mais existe-t-il des soleils faits en lentille? Si la chose est possible, elle n'est pas prouvée.

Non-seulement il y a des étoiles dont la lumière change périodiquement, diminuant parfois jusqu'à nous devenir complètement invisible, quoique en réalité elles ne s'éteignent pas tout à fait ; il en est d'autres dont l'éclat s'est affaibli pour ne plus se

réveiller et qui sont à jamais disparues du Ciel. Ge sont les étoiles éteintes, dont la liste est assez nombreuse. L'astronome Ulugh-Beigh disait en Tannée 1437, qu'une étoile du Cocher, que la onzième du Loup, que six étoiles, parmi lesquelles quatre de troisième grandeur voisines du Poisson austral, toutes marquées dans les catalogues de Ptolémée et d'Abdurrahman-Suphi, ne se voyaient plus desçn temps. Au dix-septième siècle J. D. Gassini, et à la fin du dix-huitième W. Herschel, signalèrent un grand nombre d'autres étoiles complètement disparues. Ge sont des systèmes pour lesquels l'heure de la fin du monde a sonné.

En parlant de fin du monde, cette crainte s'est réveillée chez les habitants de la Terre , non pas lorsque des étoiles disparaissaient du firmament, car cette disparition n'était tout au plus remarquée que des astronomes, mais bien lorsqu'un astre nouveau s'allumait soudain dans le ciel. Il y a en efiet des étoiles subitement apparues. L'année même du massacre de la Saint-Barthélemy, le 1 1 novembre 1572, une magnifique étoile de première grandeur apparut subitement dans la constellation de Giassiopée, effaçant par son éclat les plus belles étoiles du ciel. Elle resta pendant dix-huit mois et disparut pour ne plus revenir. Les astrologues avaient vu que cette apparition était la même que celle deâ Mages à la naissance de Jésus-Ghrist, et en avaient conclu que le jugement dernier approchait. Trente-deux ans plus tard, une autre étoile nouvelle apparaissait encore, dans la constellation

du Serpentaire. Dès le jour de son apparition , dit Àrago Je 10 octobre 1604, elle était blanche; elle surpassait en éclat les étoiles de première grandeur, et aussi Mars, Jupiter , et Saturne, dont elle setrouyaityoisine.PlusieurslacomparaientàYénus. Ceux qui avaient vu l'étoile de 1572 trouvaient que la nouvelle la surpassait en éclat. Elle ne parut éprouver aucun affaiblissement dans la seconde ^ moitié du mois d'octobre ; le 9 novembre , la lumière crépusculaire qui effaçait Jupiter n'empochait pas de voir l'étoile. Le 16 novembre, Kepler l'aperçut pour la dernière fois; mais à Turin , lorsqu'elle reparut à l'orient, à la fin de décembre et au commencement de janvier, sa lumière s'était affaiblie ; elle surpassait certainement Antarès, mais n'égalait pas Arcturus. Le 20 mars 1605, plus petite en apparence que Saturne, elle surpassait notamment les étoiles de troisième grandeur d'Ophiuchus. Le 21 avril, elle parut égale à l'étoile luisante du genou d'Ophiuchus , de troisième grandeur.. . . Elle diminua insensiblement. ... le 8 octobre elle était encore visible, mais difficilement , à cause de la lumière crépusculaire. En mars 1606, elle était devenue complètement invisible.

Ces apparitions , aussi bien que tous les phénomènes extraordinaires , avaient le don de répandre la terreur et de réveiller les idées peu assoupies de l'embrasement du monde, de la chute des étoiles, de la fin des temps. L'une des plus mémorables prédictions est celle de 1588 , annoncée en vers latins emphatiques, dont voici la traduction : « Après

mille cinq cents ans révolus , à dater de la conception de la Vierge, la quatre-vingt huitième année sera étrange et pleine d'épouvante ; elle amènera av^c elle de tristes destinées. Si dans cette terrible année le monde pervers ne tombe pas en poussière, si la terre et les mers ne sont pas anéanties, tous les empires du monde seront bouleversés et Taffliction pèsera sur le genre humain. » Cette prédiction fut plus tard reprise en faveur , ou plutôt en défaveur du dix-septième siècle , et le Mercure de France annonça pour Tannée 1788 la plus grande des révolutions. Elle passait alors pour avoir été trouvée dans le tombeau de Régiomontanus. Les auteurs ne croyaient pas dire si vrai en inscrivant cette époque mémorable sous le titre de révolu-tion.

Mais en songeant à ces prédictions, dont la liste serait beaucoup plus longue qu'on ne peut le penser au premier abord, je ne puis m'empêcher de vous rapporter les curieuses mystifications opérées en 1524 par l'astrologue allemand Stoffler. Suivant lui, le 2Q février de cette année , la conjonction des planètes sur les Poissons devait produire un déluge universel. Les astrologues y ajoutaient foi comme le commun des martyrs : la sinistre nouvelle parcourut bientôt le monde, et Ton s'apprêta à voir l'univers trépasser du temps dans l'éternité. «Toutes les provinces des Gaules, dit un auteur du temps, furent en une merveilleuse crainte et doute d'universel e inondation d'eau et telle que nos pères n'avaient vue, ni sue par les historiens, ni

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autrement. Au moyen de quoi hommes et femmes furent en grand doute. Et plusieurs deslogèrent de leurs basses demeurances, cherchèrent hauts lieux, firent provision de farines et d'autres cas , et se firent processions et oraisons générales et publiques, à ce qu'il plût à Dieu avoir pitié de son peuple. » On vit alors la crainte s'emparer d'une bonne partie des esprits. Ceux qui habitaient près de la mer, des fleuves ou des rivières, abandonnèrent leurs demeures et vendirent à grosses pertes, sans doute aux incrédules, leurs propriétés et leurs meubles. A Toulouse , un nouveau Noé iit construire un bateau pour servir d'arche à sa famille et à ses amis, — et probablement aussi à quelques couples de bétes. Ce n'est pas le seul , au rapport de l'historiographe^ . Bodin : « Il se trouva plusieurs mécréants qui firent des arches pour se sauver, quoiqu'on leur prêchât la promesse de Dieu et son serment de ne çlus faire périr les hommes par le déluge. »

Maintes et maintes fois cette prédiction fut renouvelée et, triste remarque, elle trouva toujours le même nombre de crédules, quoique chaque fois l'événement lui eût donné un démenti formel. En 1584, la frayeur causée par une annonce de cette sorte fut si grande que les églises ne purent contenir ceux qui y cherchaient un refuge, qu'un grand nombre firent leur testament sans réfléchir que c'était une chose inutile si tout le monde devait périr , et que d'autres donnèrent leurs biens aux ecclésiastiques, dans l'espoir que leurs prières retarderaient le jour du jugement. Je crois qu'aussi

longtemps que le inonde vivra, il craindra de mourir.

Elles se doutent bien peu des terreurs qu'elles font nattre si innocemment parmi les hommes, ces étoiles singulières qui s*allument subitement dans les deux pour s'éteindre bientôt après , ces soleils variables qui passent par tous les degrés de la lumière et semblent, comme Castor et Pollux, avoir reçu pour destinée un éternel mouvement de transition de la vie à la mort, et de la mort à la vie. Quelle puissance inconnue préside à ces variations de lumière et de chaleur , dont l'influence sur les mondes planétaires qui circulent autour de ces astres , doit être d'une étrange nature î Quelle pensée régit ces mouvements et quelle main construisit les êtres nés pour vivre en harmonie avec de tels systèmes? Quelle distance sépare la nature terrestre , où les années se suivent par une loi permanente et ramènent successivement les mêmes phénomènes , de ces mondes où régnent des variations si prodigieuses? L'esprit s'étonne dans cetie contemplation et demeure dans l'inconnu.... Vers la fin de la nuit, comme l'aurore commençait à faire pâlir les étoiles, le poëte anglais Kirke-White exprimait son étonnement en ces termes :

« vous, étoiles scintillantes, qui occupez encore vos places brillantes sur la voûte sombre du domaine de la nuiti Planètes et sphères centrales d'autres systèmes, vastes comme le foyer brûlant qui rayonne sur ce bas monde quoique à nos yeux vous paraissez aussi faibles que l'étincelle du ver

luisant! — Vers vous j'élève mon humble prière, tandis qu'émerveillé mon regard voyage à travers votre armée céleste. Spectacle trop immense, trop illimité pour notre étroite pensée, qui rapetisse toutes choses dans ses vils préjugés et ne peut vous approfondir ni vous comprendre. De là prenant un essor plus élevé, à travers vous j'élève mes pensées solennelles jusqu'au puissant fondateur de cette merveilleuse immensité, le grand Créateur qui réside enveloppé dans la solitaire grandeur d'un espace sans bornes, sur son trône silencieux qui domine les sphères.

«Mortel orgueilleux, lève les regards vers la voûte étoilée, contemple les brillants innombrables qui parsèment richement le char impérial de la nuitl Les télescopes te montreront les myriades plus serrées que les sables des mers. Chacun de ces petits flambeaux est la grande source de lumière, le soleil central autour duquel une famille de planètes voyage fraternellement; chaque monde est peuplé d'êtres vivants semblables à toi. Maintenant, mortel orgueilleux, où est ta grandeur passée? qui es- tu sur l'amphithéâtre de l'univers? Moins que rien, en vérité ! Pourtant, le Dieu qui éleva ce merveilleux édiGce des mondes, a soin de toi, aussi bien que du mendiant qui demande les restes de ta table. »

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